Du diplôme d’infirmier obtenu en 1998 à la consécration doctorale en 2023, la trajectoire du Pr NDE Azer Flavien est une leçon de résilience.
Anesthésiste, anthropologue, expert en santé communautaire : le Pr NDE Azer Flavien cumule trois compétences rares. Fils de pasteur, ancien infirmier de brousse, il a décroché un PhD avec mention « Très honorable » et une chaire aux États‑Unis, sans jamais délocaliser son cœur. Rencontre avec un médecin qui soigne avec la tête, les traditions et la foi.Il a tenu des seringues dans des salles d’urgence délabrées, veillé des mères en détresse obstétricale sans plateau technique, et ausculté des asthmatiques sous des tôles rouillées. Aujourd’hui, il est Professeur Maître de Conférences aux États-Unis. Mais Pr NDE Azer Flavien n’a jamais quitté Tocket, ce quartier modeste de Bafoussam où il a posé ses valises et son cœur. Lui, l’enfant né un 6 avril 1968, fils de pasteur, ancien moniteur de culte d’enfants, a choisi de revenir soigner les siens. Voici le portrait d’un homme qui prouve que l’excellence n’a pas de frontières, mais que l’ancrage local est la plus belle des reconnaissances.Son histoire commence dans une petite école de Bafoussam, le CEBEC de Banengo, où il obtient son CEPE en 1982. Fils de pasteur, il grandit dans la foi et la rigueur. Mais très tôt, un désir le taraude : soulager, panser, réanimer. Après le BEPC, le probatoire, puis le baccalauréat D au Collège Mongo Béti de Yaoundé (1992), il entre à l’École d’Infirmiers de Bafoussam. Diplôme d’État d’infirmier en poche en 1998, il plonge dans le terrain : Clinique de la Solidarité à Bafoussam, puis Centre de Santé de la Miséricorde à Tocket. À 32 ans, il est superviseur général. Mais il sent que pour mieux servir, il faut apprendre encore.Direction l’UCAC. Là, il enchaîne : Licence en Sciences de la Santé (2010), Master I puis Master II en Anesthésie-Réanimation (2012). Pendant des années, il jongle entre gardes de nuit, blocs opératoires et bancs de l’université. Un soir d’urgence obstétricale, alors qu’il combat une hypovolémie chez une patiente choquée, il comprend que la technique seule ne suffit pas : il faut comprendre l’homme, sa culture, ses peurs. Seconde conversion : l’anthropologie médicale. Master I à l’Université de Yaoundé I en 2017. Puis troisième Master en Santé publique, option Santé communautaire, à l’UCAC en 2019. En novembre 2023, il soutient son Doctorat PhD en Santé publique avec la mention « Très honorable ». Son sujet ? La prise en soin communautaire de l’asthme dans l’aire de santé de Tocket. Une thèse de terrain, ancrée dans les cases et les marchés de Bafoussam.L’homme aux trois casquettes : anesthésiste, anthropologue, communautaire Ce qui frappe chez Pr NDE, c’est cette triple compétence, rare et précieuse. Comme anesthésiste-réanimateur, il lutte chaque jour contre « le 3ème secteur » : ces patients qui arrivent trop tard, en état de choc avancé, faute de moyens ou d’information. Il écrit plusieurs articles sur l’hypovolémie, le jeûne préopératoire chez l’enfant, les infections nosocomiales. Comme anthropologue, il explore les représentations socioculturelles : pourquoi le « Nkui », cette boisson traditionnelle des Grassfield, est-il conseillé aux accouchées ? Comment la vernonia (feuille amère) peut-elle prévenir les pieds diabétiques ? Ses publications dans la revue Africaniste Interdisciplinaire font autorité. Comme expert en santé communautaire, il s’attaque aux inégalités : mutuelles de santé, asthme, soins palliatifs. Depuis 2024, il siège à la Conférence camerounaise d’accompagnement et des soins palliatifs.Un professeur qui enseigne sans quitter son villageEn janvier 2026, il est nommé Professeur Maître de Conférences à Prowess University Delaware (USA). Une reconnaissance internationale. Pourtant, il refuse l’exil. Il reste à Bafoussam, au Centre Médical de la Miséricorde, cette structure qu’il a créée et qu’il supervise. Le matin, il donne des cours en visioconférence pour l’Amérique ; l’après-midi, il reçoit des mères asthmatiques dans son dispensaire. Il enseigne aussi à l’École Tchuenté de Bafoussam et à l’École de Santé de Bangangté. Ses matières : méthodologie, santé communautaire, anthropologie médicale, anesthésie. À 58 ans, il a formé des centaines d’infirmiers et de jeunes chercheurs.Un militant de la synergie thérapeutique Sa grande bataille : convaincre le Ministère de la Santé Publique et l’OMS que la médecine traditionnelle et la biomédecine peuvent marcher main dans la main. « Nos grands-mères savaient, dit-il. Pourquoi opposer ? » Il plaide pour un pluralisme thérapeutique encadré, pour des protocoles intégrant les plantes médicinales validées. Ses articles sur l’alimentation traditionnelle africaine aux multiples vertus thérapeutiques font école.L’homme de foi et de communautéFils de pasteur, il reste conseiller paroissial à l’EEC de Balafie, à Bafoussam III. Il préside l’ARFOSADISMI (association des responsables de formations sanitaires du District de la Mifi) et veille sur la mutuelle du personnel. Il est aussi président d’honneur de la Réunion Solidarité Tchouwong I. Marié, père de plusieurs enfants, il les élève dans la rigueur et la compassion.Sa devise : « contextuer pour mieux soigner » Quand on lui demande la clé de son parcours, il répond : « On n’importe pas des solutions. On les invente avec les gens. » Chaque article, chaque intervention – sur le diabète, l’asthme, les soins palliatifs – part d’une observation locale. En 2024, il suit un symposium à l’Université de Dschang sur la recherche documentaire. En octobre 2024, il participe à la conférence sur les soins palliatifs à Bafoussam. Jamais en retard sur l’actualité scientifique, jamais déconnecté de son terrain. Pr NDE Azer Flavien incarne cette génération rare d’intellectuels africains qui refusent l’exode, qui bâtissent des ponts entre les savoirs, qui soignent avec leur tête et leur cœur. De l’infirmier de brousse des années 1990 au professeur reconnu outre-Atlantique, il n’a cessé de prouver que l’excellence se vit au quotidien, dans un dispensaire de quartier, au chevet d’un enfant asthmatique ou d’une mère en couches. Il est la preuve vivante qu’on peut être anthropologue sans cesser de poser des actes techniques, et professeur sans jamais regarder les patients de haut. Sa vie est une leçon : la santé communautaire, c’est d’abord une histoire de présence.















