Alors que les suspensions et les coupes brutales dans l’aide publique au développement (APD) se multiplient, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) tire la sonnette d’alarme. Selon une évaluation rapide menée du 7 mars au 2 avril 2025, les systèmes de santé de nombreux pays, notamment à revenu faible et intermédiaire, sont déjà fortement perturbés, au risque d’entraîner une crise sanitaire mondiale silencieuse.
D’après ce bilan, 70 % des bureaux de pays de l’OMS signalent des perturbations directes des services de santé suite à la baisse soudaine des financements extérieurs. Ces perturbations touchent en priorité la préparation et la riposte aux urgences sanitaires, la surveillance épidémiologique, la prestation de soins et l’aide humanitaire.
Le constat est inquiétant. Pour plusieurs pays interrogés, l’ampleur des perturbations actuelles est comparable aux blocages rencontrés au plus fort de la pandémie de COVID-19. Certains systèmes de santé peinent désormais à assurer la continuité des services essentiels, notamment en matière de dépistage et de lutte contre le paludisme, le VIH, la tuberculose, la santé maternelle et infantile ou encore la planification familiale.
Un tiers des pays font face à des pénuries graves de médicaments et de produits de santé de base. Parallèlement, les systèmes d’information sanitaire sont désorganisés : collecte de données épidémiologiques, surveillance des maladies, suivi en laboratoire ou encore enquêtes de terrain sont affectés dans plus de 40 % des cas.
Les premières victimes de cette crise financière mondiale sont sans surprise les populations les plus fragiles. Dans près d’un quart des pays, les coupes budgétaires se traduisent déjà par une augmentation directe des coûts des soins pour les patients. Un facteur de risque supplémentaire pour les foyers à faibles revenus, qui peinent à accéder aux soins dans des contextes déjà marqués par l’instabilité ou la pauvreté.
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« Ces résultats brossent un tableau inquiétant de l’impact des coupes soudaines et imprévues dans l’aide sur la santé de millions de personnes », a déclaré le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, Directeur général de l’OMS. Le chef de l’agence onusienne souligne toutefois que cette crise pourrait aussi accélérer la réflexion vers une autonomie plus durable des systèmes de santé nationaux, moins dépendants de l’aide extérieure.
Face à cette situation préoccupante, 81 bureaux de pays de l’OMS ont d’ores et déjà exprimé un besoin urgent d’appui technique, financier et organisationnel pour tenter d’amortir les effets de cette crise sur les services de santé essentiels. L’OMS appelle la communauté internationale à agir sans délai afin d’éviter une catastrophe sanitaire silencieuse, en renforçant la solidarité mondiale et en imaginant de nouvelles sources de financement innovantes.
L’organisation prévoit de suivre de près l’évolution de la situation dans les mois à venir, et d’accompagner les États dans l’adaptation de leurs stratégies afin de limiter les répercussions immédiates et de consolider des bases solides pour une résilience sanitaire à long terme.
Charone Dongmo, Stg















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