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Choléra : Quand la honte tue

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Dans les régions septentrionales du pays, la lutte contre le choléra se heurte encore à la stigmatisation et retarde l’accès aux soins.

Le choléra ne fait pas seulement des victimes à cause de la maladie elle-même. Dans certaines communautés, les préjugés qui l’entourent peuvent également aggraver ses conséquences. Dans le septentrion, alors que la vigilance est de mise

face à la circulation de cette maladie, certaines familles continuent de considérer le choléra comme une affection honteuse qu’il faudrait dissimuler aux regards. Une perception qui peut avoir de lourdes conséquences sur la santé des personnes infectées et sur la protection de l’ensemble de la communauté.

Dans plusieurs localités, l’annonce d’un cas de choléra suscite encore la peur et parfois la méfiance. La maladie est souvent associée à la saleté, à la pauvreté ou à un défaut d’hygiène. Cette représentation conduit certaines familles à craindre davantage le regard des autres que la maladie elle-même. Lorsqu’un proche présente des signes évocateurs, notamment une diarrhée aiguë et abondante ou des vomissements, le premier réflexe n’est donc pas toujours de se rendre dans une formation sanitaire.

Lorsqu’un membre de la famille tombe malade, certaines personnes préfèrent garder la situation secrète. Le malade peut être isolé à domicile, loin des regards du voisinage. Pour les familles les plus soucieuses de préserver leur réputation, le recours à l’hôpital se fait parfois discrètement, presque en cachette. Et même lorsque le diagnostic est posé, l’annonce de la maladie peut provoquer une nouvelle hésitation. Cette attitude s’explique en partie par la peur d’être montré du doigt.

Le choléra est en effet une maladie qui peut évoluer rapidement. En l’absence d’une prise en charge appropriée, les pertes importantes d’eau et de sels minéraux provoquées par les diarrhées et les vomissements peuvent entraîner une déshydratation sévère. Dans les formes graves, le pronostic vital peut être engagé.

Cette problématique prend une importance particulière dans les régions septentrionales, où la circulation du choléra impose une vigilance accrue. La région de l’Extrême-Nord est particulièrement touchée par la maladie, tandis que la proximité géographique avec cette région expose davantage certaines localités de la région du Nord. Les districts de santé de Golombé, Figuil et Guider sont notamment placés en alerte maximale en raison de leur proximité avec la région voisine.

Interview : « Avoir le choléra n’est donc pas une honte et ne signifie pas qu’une personne est sale »

Douka Sébastien Ledoux, Coordonnateur du centre régional de prévention et de lutte contre les épidemies à la DRSP du Nord

Qu’est-ce qui pourrait expliquer le fait que certaines familles, notamment dans le septentrion, considèrent le choléra comme une maladie de la honte ?

Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette perception. Vous savez que le choléra est souvent associé à tort, à un manque d’hygiène et de propreté de la personne ou de la famille. Ce qui peut entraîner un sentiment de honte et la peur d’être jugée par sa communauté. Il faut également reconnaître que la stigmatisation et la peur de l’isolement social peuvent pousser certaines familles à cacher la maladie ou à retarder le recours aux soins. Pourtant, le choléra est avant tout une maladie infectieuse qui peut toucher toute personne exposée à une eau ou à des aliments contaminés. Avoir le choléra n’est donc pas une honte et ne signifie pas qu’une personne est sale. La meilleure attitude est de chercher rapidement des soins et de protéger son entourage.

Quels sont les risques pour le malade et son entourage lorsque la famille refuse ou retarde son admission dans une formation sanitaire pour recevoir le traitement approprié ?

Le principal risque pour le malade est une aggravation très rapide de son état de santé. Vous savez que quand vous êtes atteint du choléra, cela provoque des diarrhées et parfois des vomissements importants qui peuvent entraîner une perte massive d’eau, c’est-à-dire une déshydratation. Donc, sans prise en charge rapide,

cette déshydratation peut provoquer un état de choc et, dans les formes sévères, entraîner le décès en quelques heures seulement. Pour l’entourage, le retard dans la prise en charge augmente également le risque de transmission de la maladie. Plus vous passez de temps dans le domicile, plus vous allez transmettre la maladie à travers les sels à répétition que vous allez faire ou les vomissures qui sont déjà contaminées.

Quel message souhaitez-vous adresser aux populations, notamment dans les communautés où les préjugés persistent, pour les encourager à accepter rapidement le traitement et signaler les cas suspects ?

Nous l’avons dit plus haut, le choléra n’est pas une maladie de la honte. C’est une maladie qui se soigne et pour laquelle une prise en charge rapide peut sauver une vie. Nous demandons donc aux familles de la région du Nord de ne pas avoir peur du regard des autres et surtout de ne pas cacher les cas suspects. Lorsqu’une personne présente une diarrhée aqueuse importante, c’est-à-dire des sels plusieurs fois liquides, avec ou sans vomissement, il faut l’amener immédiatement dans une formation sanitaire et suivre les conseils du personnel de santé. Signaler rapidement un cas suspect ne signifie pas accuser ou stigmatiser une famille. C’est un geste de protection pour le malade, pour sa famille et pour toute la communauté. Notre message est donc simple. Ne cachons pas la maladie. Ne perdons pas de temps. Consultons rapidement et respectons les mesures d’hygiène. Ensemble, nous pouvons prévenir les décès et limiter la propagation du choléra dans la région du Nord.

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Marcus DARE

Journaliste Reporter d'Images

Marcus DARE, Journaliste Reporter d'Images, exerçant dans la ville de Garoua dans le Nord Cameroun. Passionné des questions de santé, il mène des recherches et réalise des interview avec les professionnels du secteur afin d'éclairer les populations sur l'éducation à la santé. En plus d'être journaliste, Marcus DARE est juriste.

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