Perfusions usagées, seringues, gants et autres déchets issus des soins sont parfois abandonnés dans les poubelles ordinaires ou à proximité des habitations à Maroua. Une pratique préoccupante, notamment dans certains quartiers où des personnes sans formation médicale proposent des soins à domicile ou dans de petits cabinets improvisés.
Dans plusieurs quartiers de Maroua, le constat est devenu préoccupant. Au détour d’une ruelle, derrière une concession ou à proximité d’un point de collecte d’ordures, il n’est pas rare de retrouver des déchets issus des soins médicaux. Des poches de perfusion déjà utilisées, des tubulures, des seringues, des compresses, des gants ou encore des flacons ayant servi à administrer des produits médicaux sont parfois jetés avec les déchets ménagers.
Cette situation est particulièrement visible dans les zones où se développent des activités de soins pratiquées en dehors des circuits sanitaires conventionnels. Des personnes, parfois sans qualification ni formation dans le domaine de la santé, se présentent comme des « infirmiers » ou des « agents de santé » et proposent des injections, des perfusions ou d’autres soins à domicile.
Une fois les actes terminés, la question de l’élimination du matériel utilisé semble souvent reléguée au second plan. Certains déchets sont déposés dans des sacs ordinaires, tandis que d’autres sont directement abandonnés dans la nature. Une pratique qui expose aussi bien les habitants que les enfants qui jouent dans ces espaces.
« On voit parfois des seringues et des poches de perfusion dans les tas d’ordures. Les enfants peuvent facilement les toucher sans savoir qu’elles ont déjà servi. C’est vraiment inquiétant », témoigne Aïssatou, habitante de Maroua. Pour elle, les personnes qui pratiquent les soins doivent également être sensibilisées à la manière de gérer les déchets produits après chaque intervention.
Même constat chez Moussa, commerçant dans un quartier populaire de la ville. « Certaines personnes viennent faire des injections ou poser des perfusions à domicile. Après leur départ, le matériel reste parfois dans les poubelles ou dans les environs. Nous ne savons même pas où ces déchets doivent être déposés », déplore-t-il.
Au-delà de l’aspect visuel et environnemental, ces déchets présentent un véritable risque sanitaire. Une seringue ou un dispositif de perfusion ayant servi à un patient ne doit pas être traité comme un déchet domestique ordinaire. Leur manipulation par des personnes non protégées peut entraîner des blessures et favoriser l’exposition à différents agents infectieux.
Mana, pharmacien, rappelle que les déchets médicaux nécessitent une gestion particulière. « Une seringue utilisée, une perfusion ou tout autre matériel ayant été en contact avec le sang ou les liquides biologiques ne doit pas être jeté n’importe où. Ce sont des déchets dangereux qui doivent être collectés, stockés et éliminés
selon des procédures adaptées », explique-t-il.
Pour le pharmacien, la solution passe notamment par des circuits spécifiques d’élimination. « La bonne manière est de les traiter dans un endroit adapté, notamment par incinération dans des installations appropriées et sécurisées. Il ne faut surtout pas les mélanger avec les ordures ménagères », précise Mana.
Le problème met également en lumière une autre réalité : la multiplication des personnes qui proposent des soins sans formation sanitaire reconnue. Dans certains quartiers, la recherche de soins moins coûteux ou la proximité de ces prestataires pousse des familles à leur faire confiance. Mais derrière cette accessibilité se cachent parfois des pratiques dangereuses, aussi bien dans l’administration des soins que dans la gestion du matériel utilisé.
Pour les professionnels de santé, la lutte contre cette mauvaise gestion passe donc par un double impératif : renforcer le contrôle des activités de soins exercées par des personnes non qualifiées et sensibiliser les populations sur les risques liés à l’utilisation de prestataires clandestins.















