Dr Maurice Mbwe Mpoh : « Le pharmacien est un maillon à impliquer dans tout le processus de mise en place de la couverture sanitaire universelle »

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Le pharma-économiste et par ailleurs conseiller en renforcement pharmaceutique et pharmacovigilance explique les principaux rôles que le pharmacien a à jouer pour la réussite de la Csu.

Vous venez de faire un exposé sur « la place de la pharmacie dans la mise en place de la couverture sanitaire universelle. Quel était le message à retenir ?

Effectivement, on s’est rendu compte que depuis la mouvance des pays africains dans le cadre de la mise en place de la Csu, il y a un principal manquement qui est le fait que, le secteur pharmaceutique qui est un secteur pionné et indispensable dans la mise en place de cette Csu, n’est pas toujours appelé à jour son rôle comme il faut. Il y a des insuffisances. Le but aujourd’hui est de partager cette présentation pour revenir sur les principaux rôles que doit jouer la pharmacie.

Quels sont ces principaux rôles dont vous faites mention ?

La première chose qu’il faut dire est qu’il faut tuer l’image. L’image que la plupart des politiques de santé ont dans les pays en voie de développement. Quand on parle de disponibilité de médicaments, les gens croient qu’il faut juste identifier le besoin, passer la commande et le médicament sera disponible. Non, il y a tout un long processus. Et le pharmacien est impliqué dans tout ce processus. Dans le cadre de la Csu par exemple, il va falloir sélectionner. Chaque pays doit sélectionner les médicaments remboursables. Et cette sélection se faire sur la base de plusieurs critères et dimension : la dimension épidémiologique à travers laquelle il faut regarder quelles sont les maladies courantes dans le pays et il y a une dimension programmatique qui permet de savoir quel est le paquet de soins que la Csu peut couvrir pour savoir s’il y a des diabétiques qui sont pris en charge, les hypertendus etc.. Il y a une dimension économique qui est l’aspect coût. Quel est l’intérêt que j’ai à prendre les médicaments par rapport à l’autre. Et enfin, il y a la dimension pharmacologique qui est donc l’aspect efficacité et sécurité du médicament. D’où l’importance de la pharmaco-économie dans cette approche où, il sera question de passer en revue toutes les alternatives pharmacologiques pour pouvoir choisir les bons médicaments.

La prochaine étape est ce qu’on appelle la prévision et la quantification. Il faut prévoir ce que le pays aura besoin dans le cadre de la  Csu. Et là, il faut tenir compte du pourcentage de personnes qui vont adhérer à la Csu, il faut tenir compte de la liste de médicaments remboursables qu’on a élaboré. Il y a un autre élément important à prendre en compte : il faut garantir un financement sûr et Perrin. Généralement, on détermine le besoin, on commande et on regarde s’il y a de l’argent. Or, la Csu ne pourra pas marcher dans cette approche-là. Pour assurer ce que j’appelle la couverture médicament universelle, il faut absolument garantir un financement pour la Csu. C’est à partir de là qu’on aura les médicaments en tous lieux et coins du pays et à de coût abordables. Après la prévision et la quantification, il y a cet approvisionnement en médicament. Il faut que le pays puisse s’approvisionner en médicaments. Il faut que le pays dispose d’un central d’approvisionnement en médicaments. La pharmaco-économie est importante parce que si on rate cette étape, on risque de payer des médicaments qui ne sont pas efficace. Au lieu de prendre un paracétamol, on va se retrouver en train de prendre 10, et cela va exploser le panier budgétaire de la Csu.

Comment faire pour assurer l’accessibilité aux médicaments dans le cadre la Csu ?

Il peut être intéressant d’associer les structures privées. D’où l’importance d’une bonne coopération publique-privée. Et cela passe évidemment par la signature des conventions, partenariats etc.. Que ce soit dans les hôpitaux, pharmacies, il faut mettre le pharmacien au cœur du processus. Il y a parfois le pharmacien est exclu de la chaine et les médicaments sont gérés par des personnes qui ne maitrisent pas. Ce qui entraine de mauvaises utilisations. C’est donc l’aspect d’usage rationnel de médicaments. Parce que s’il faut un médicament et le patient en prend trois, on aura perdu deux médicaments. Dans tous ces processus, le pharmacien est impliqué : dans l’élaboration des politiques, la stratégie … le pharmacien ne doit pas être le maillon qu’on prend à la fin pour dire qu’on a élaboré les politiques et stratégies venez acheter les médicaments. Ça serait un échec total dans tous les pays. Le pharmacien est un véritable de la Csu. Le coût du médicament à lui seul, dans tous les programmes de santé en général comme l’Oms l’a indiqué est de 30 à 50%.

Vous parlez de la couverture médicaments sanitaires. Cela renvoie à quoi exactement ?

Pour les pharmaciens, cela renvoie tout simplement à la disponibilité dans tous les coins du pays, à des coûts abordables, des médicaments de qualité sûrs et efficace. C’est-à-dire, partout où on se retrouve, n’importe qui soit sûr qu’il est en mesure de s’approvisionner en médicaments qui va lui permettre de soigner une pathologie.

 Entretien réalisé par Emmanuel Eboua

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