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Extrême-Nord : Les flammes, la faim… et la fièvre !

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Pénurie de soins, violence extrême, malnutrition aiguë : dans le Grand Nord, le quotidien se résume à survivre. Plus de 2 500 enfants en danger vital, des vaccins volés, et des centres de santé à genoux. Selon OCHA.

Dans la région de l’extrême-nord, les urgences humanitaires s’enchaînent et s’aggravent. Le Rapport de situation No 55 publié par OCHA et ses partenaires pour le mois d’avril 2025 dresse un tableau : plus de 2 500 enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère ont été pris en charge, et près de 10 000 personnes touchées par les inondations ont pu bénéficier de soins de santé via des cliniques mobiles. Dans un contexte de violence persistante, de déplacements massifs de populations et d’accès humanitaire compromis, la santé reste un enjeu vital et central.

Soigner dans l’urgence : des cliniques mobiles à la rescousse

Les inondations successives, aggravées par la dégradation des infrastructures et l’insécurité, ont fragilisé davantage le tissu sanitaire de la région. Dans ce chaos, les équipes médicales mobiles apparaissent comme une bouée de sauvetage pour des milliers de personnes isolées. En avril, 9 848 sinistrés ont pu recevoir des soins de santé essentiels grâce à ces dispositifs, notamment dans les zones inaccessibles ou temporairement abandonnées par les services publics.

Par ailleurs, dans une région où la majorité des centres de santé sont sous-équipés, parfois sans électricité ou sans personnel, ces cliniques mobiles permettent également de réaliser des consultations prénatales, des dépistages de maladies infantiles et des vaccinations, limitant ainsi les risques d’épidémies.

 La malnutrition sévère : fléau silencieux

Les données publiées par les acteurs humanitaires sont sans appel : 2 507 enfants ont été admis en traitement pour malnutrition aiguë sévère en avril. Dans un contexte où la flambée des prix, les conflits armés et les chocs climatiques entravent l’accès à une alimentation équilibrée, la situation nutritionnelle des enfants devient critique.

Les familles déplacées internes, souvent contraintes de fuir sans provisions, s’installent dans des abris précaires où l’eau potable, les latrines et la nourriture sont rares. La malnutrition devient alors le symptôme le plus visible d’un effondrement global du système de survie.

Hôpitaux vulnérables, personnel médical en danger

La détérioration sécuritaire affecte également les structures de santé. À Mtseukar, dans le département du Mayo-Tsanaga, le centre de santé local a été cambriolé. Des panneaux solaires, des vaccins et des intrants médicaux ont été emportés. Une perte dramatique, non seulement en termes d’équipements, mais aussi pour la continuité des soins dans cette zone déjà en souffrance.

Ces attaques répétées, combinées à la peur des enlèvements, poussent de nombreux professionnels de santé à quitter les zones à risque, ce qui compromet davantage la couverture médicale dans des départements tels que le Logone-et-Chari, le Mayo-Tsanaga et le Mayo-Sava.

Eau, hygiène et prévention : l’autre front sanitaire

La réhabilitation de 40 points d’eau par les partenaires a permis à 14 086 personnes d’accéder à une eau potable sécurisée, réduisant les risques de maladies hydriques comme la diarrhée ou le choléra. Des efforts de sensibilisation à l’hygiène, notamment à travers la distribution de kits d’hygiène intime aux femmes déplacées, ont également été menés dans les sites touchés par les incendies.

Mais face à l’ampleur des besoins et à l’augmentation des sites informels d’accueil, ces actions restent insuffisantes. La promiscuité, le manque de latrines et l’eau stagnante favorisent la propagation des maladies infectieuses, rendant la situation sanitaire extrêmement précaire.

A lire aussi: Cameroun : Des enfants meurent encore de fièvre, de diarrhée et de faim en 2025 !

Un accès humanitaire fragilisé

L’aide médicale et nutritionnelle peine à atteindre certaines zones, notamment celles situées près du lac Tchad ou à la frontière avec le Nigéria, en raison des affrontements entre groupes armés non étatiques (GANE) et forces de défense, de la présence d’engins explosifs et du risque d’enlèvements. Certaines ONG ont dû suspendre temporairement leurs activités à Fotokol, exposant encore davantage les populations locales à des risques sanitaires majeurs.

Plaidoyer pour un financement durgence

La réduction continue des financements pour la réponse humanitaire compromet sérieusement la capacité des acteurs à fournir des soins de santé d’urgence, lutter contre la malnutrition et prévenir les épidémies. Alors que des milliers de familles déplacées vivent sans couverture sanitaire adéquate, l’appel à la solidarité internationale est plus que jamais nécessaire.

L’Extrême-Nord du Cameroun est confronté à une triple crise : humanitaire, sanitaire et sécuritaire. Dans ce contexte, la santé publique n’est plus seulement un droit, c’est une urgence de survie. Sauver des vies passe aujourd’hui par un engagement collectif, un renforcement immédiat des services médicaux de première ligne, et une réponse internationale soutenue et coordonnée.

Mireille Siapje

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