Dans cet entretien, le praticien de médecine traditionnelle africaine, par ailleurs promoteur d’Harmonie Verte, une structure qui œuvre dans le domaine de la santé naturelle, de la phytothérapie et de la valorisation des savoirs thérapeutiques endogènes africains, s’exprime sur les pratiques de resserrement de vagin pratiquées au Cameroun par les femmes.
Le vagin est un organe élastique qui s’auto-nettoie. Est-il médicalement possible qu’une plante ou une écorce le « resserre » de façon permanente, ou s’agit-il seulement d’une irritation temporaire ?
Il faut commencer par corriger une confusion fréquente : le vagin n’est pas simplement un muscle que l’on pourrait contracter ou rétrécir avec une plante. C’est un conduit fibromusculaire souple, élastique et extensible, soutenu par les muscles du plancher pelvien. Sa tonicité dépend principalement de ces muscles, de la qualité des tissus conjonctifs, de l’âge, des hormones, des accouchements, du poids corporel et de l’état général de la femme. À ma connaissance, aucune plante, aucune écorce et aucune préparation traditionnelle n’a démontré la capacité de resserrer anatomiquement et définitivement le vagin. Lorsqu’une femme ressent un effet de « resserrement » après l’application d’une écorce, d’une poudre ou d’un produit astringent, il s’agit généralement d’un phénomène temporaire : assèchement de la muqueuse, contraction superficielle des tissus, diminution des sécrétions ou irritation locale. Certaines plantes riches en tanins sont dites astringentes dans les pharmacopées traditionnelles. Les tanins peuvent provoquer une précipitation superficielle des protéines et donner momentanément une sensation de tissu plus sec ou plus ferme. Mais cet effet ne renforce pas les muscles profonds, ne reconstruit pas le périnée et ne réduit pas durablement le calibre vaginal. Confondre cette sensation d’assèchement avec une véritable tonification musculaire est donc une erreur. Dans une approche holistique sérieuse, nous devons respecter les savoirs endogènes tout en distinguant trois choses : la tradition d’usage, l’effet ressenti et l’efficacité anatomique réellement démontrée. Une pratique ancienne n’est pas automatiquement sans danger, surtout lorsqu’elle consiste à introduire une substance concentrée dans une muqueuse aussi sensible. Le vagin possède par ailleurs un mécanisme naturel d’auto-entretien fondé sur ses sécrétions, son acidité et sa flore protectrice. Les spécialistes en santé gynécologique déconseillent les lavages internes et les produits introduits sans indication médicale, car ils peuvent perturber cet équilibre naturel. Ma position est donc claire : une plante ne “resserre” pas définitivement le vagin. Elle peut au mieux provoquer une sensation passagère d’assèchement ou d’astringence et, au pire, entraîner irritation, inflammation, brûlure chimique, déséquilibre de la flore ou
microlésions. La véritable tonification passe par le travail du plancher pelvien, la rééducation périnéale et la prise en charge des facteurs qui fragilisent les tissus. « Assécher n’est pas tonifier. Irriter n’est pas resserrer. Une sensation temporaire de sécheresse ne doit jamais être présentée comme une reconstruction durable du périnée. »
Quels sont les dangers des douches vaginales traditionnelles et de l’insertion de produits comme la pierre d’alun, le kaolin, les écorces ou la naphtaline ?
Dans nos sociétés africaines, les soins intimes féminins reposent sur des savoirs transmis depuis plusieurs générations. On retrouve notamment des bains de siège, des toilettes intimes à base de plantes, certaines fumigations ou bains de vapeur, ainsi que l’utilisation traditionnelle de préparations végétales considérées comme assainissantes ou astringentes. Je pense cependant qu’il faut établir une distinction fondamentale entre prendre soin de la région génitale externe et introduire volontairement des substances à l’intérieur du vagin. Le vagin possède son propre écosystème. Il produit des sécrétions et abrite une flore microbienne protectrice qui participe au maintien d’un environnement vaginal équilibré. Une toilette interne répétée ou l’introduction de substances agressives peut bouleverser cet équilibre. Le premier risque des douches vaginales est donc de vouloir « nettoyer » excessivement un milieu qui dispose déjà de mécanismes naturels d’autorégulation. À force de lavages internes, notamment avec des préparations concentrées, antiseptiques, très acides, alcalines ou fortement astringentes, on peut perturber le pH et la flore vaginale. Cela peut favoriser irritations, mauvaises odeurs, pertes anormales et certaines infections ou dysbioses. Concernant les écorces et autres plantes astringentes, il faut également être prudent. Certaines sont effectivement riches en tanins et occupent une place importante dans les pharmacopées africaines. Mais une plante médicinale possède des principes actifs : son innocuité dépend de l’espèce botanique exacte, de la partie utilisée, de la préparation, de la concentration, de la fréquence d’utilisation et surtout de la voie d’administration. Une décoction traditionnellement destinée à un bain externe ne doit pas automatiquement devenir un produit à introduire dans le vagin. La pierre d’alun mérite la même prudence. Son caractère astringent peut donner une impression de sécheresse et de resserrement, mais rechercher systématiquement cet assèchement n’est pas nécessairement bénéfique. Une muqueuse vaginale saine doit conserver une lubrification suffisante. Concernant le kaolin ou certaines argiles, je déconseille leur introduction dans le vagin. Même lorsqu’une argile possède des propriétés intéressantes pour certains usages externes, cela ne signifie pas qu’elle soit adaptée
à une utilisation intravaginale. La pureté microbiologique et chimique du produit constitue également une question importante.
Je suis encore plus catégorique concernant la naphtaline. La naphtaline n’est ni une plante médicinale ni un produit traditionnel que je considère comme acceptable pour les soins vaginaux. C’est une substance chimique toxique destinée notamment à des usages insecticides. Son introduction dans le vagin n’a aucune justification thérapeutique sérieuse et doit être déconseillée. Mon approche des savoirs ancestraux n’est donc ni leur rejet systématique ni leur idéalisation. Elle consiste à conserver ce qui est raisonnablement sûr et utile, à améliorer les pratiques lorsque cela est nécessaire et à abandonner celles qui exposent inutilement les femmes à des risques. Enfin, lorsqu’une femme présente des pertes inhabituelles, une odeur persistante, des démangeaisons, des brûlures, des douleurs pelviennes, des saignements anormaux ou des douleurs pendant les rapports sexuels, je déconseille de multiplier les produits traditionnels pour masquer les symptômes. Il faut d’abord rechercher la cause. La santé intime ne consiste pas à rendre le vagin stérile, sec ou fortement parfumé. Elle consiste avant tout à préserver son équilibre physiologique. « Tout ce qui est naturel n’est pas automatiquement adapté au vagin, et tout ce qui est ancestral n’est pas automatiquement dépourvu de risques. La véritable médecine traditionnelle doit aussi savoir évoluer lorsqu’une pratique se révèle nuisible. »
L’assèchement vaginal augmente-t-il le risque de micro-déchirures et de transmission du VIH ou d’autres infections ?
Oui, l’assèchement excessif du vagin peut créer des conditions favorables aux irritations, aux microtraumatismes et aux petites fissures de la muqueuse, particulièrement lors des rapports sexuels avec pénétration. Mais il faut être précis : cela ne signifie pas que toute sécheresse vaginale entraîne automatiquement une infection ou une transmission du VIH. Dans certaines pratiques traditionnelles, la sensation de sécheresse, de chaleur ou de « resserrement » est recherchée parce qu’elle est culturellement associée à la propreté intime, à la virginité, à la fidélité ou à une augmentation supposée du plaisir du partenaire. Or, sur le plan physiologique, une muqueuse vaginale saine n’est pas destinée à être complètement sèche. La lubrification joue notamment un rôle mécanique de protection en réduisant les frottements pendant les rapports sexuels. Lorsqu’on introduit de façon répétée des substances très astringentes, irritantes ou desséchantes certaines écorces fortement concentrées, poudres, pierre d’alun ou autres préparations on peut diminuer cette lubrification et provoquer une irritation de la muqueuse. Lors d’un rapport sexuel, l’augmentation des frottements peut alors favoriser des
abrasions ou micro-déchirures parfois invisibles à l’œil nu. C’est ici que la question du VIH et des autres infections sexuellement transmissibles devient importante. Une muqueuse intacte constitue une meilleure barrière qu’une muqueuse inflammatoire ou lésée. Les lésions génitales et certaines infections ou inflammations génitales peuvent augmenter la vulnérabilité à l’acquisition du VIH lorsqu’il y a exposition au virus. Il serait cependant scientifiquement excessif d’affirmer qu’une plante donnée « donne le VIH » : le VIH nécessite une exposition au virus. Le problème est que certaines pratiques peuvent fragiliser les barrières naturelles qui contribuent à protéger les tissus. Dans une conception holistique sérieuse, les sécrétions vaginales normales ne doivent donc pas être considérées comme de la saleté qu’il faudrait éliminer à tout prix. Le corps féminin possède ses propres mécanismes de protection. Chercher continuellement à assécher, décaper ou désinfecter l’intérieur du vagin peut finalement produire l’effet contraire de celui recherché. Je déconseille donc fortement l’utilisation intravaginale de substances destinées principalement à provoquer une sécheresse intense ou une sensation artificielle de resserrement. Et je suis catégorique concernant la naphtaline : elle n’a aucune place dans un soin intime. Pour les rapports sexuels, lorsqu’il existe une sécheresse vaginale, il vaut mieux en rechercher la cause et utiliser, lorsque nécessaire, un lubrifiant compatible avec les préservatifs plutôt que de rechercher davantage d’assèchement. En santé intime, l’objectif ne doit pas être d’obtenir un vagin sec. L’objectif est de conserver une muqueuse saine, souple, correctement lubrifiée et un écosystème vaginal équilibré. « Dans l’intimité féminine, la sécheresse n’est pas synonyme de propreté. Une muqueuse que l’on assèche et irrite excessivement peut devenir une muqueuse fragilisée. »
Quelles méthodes scientifiques et sans danger permettent de tonifier efficacement les muscles vaginaux ?
Lorsqu’une femme me dit qu’elle souhaite « resserrer son vagin », ma première démarche consiste à comprendre ce qu’elle exprime réellement. Cherche-t-elle à retrouver davantage de sensations sexuelles ? Ressent-elle une diminution de tonicité après un accouchement ? Présente-t-elle des fuites urinaires, une sensation de pesanteur pelvienne, une sécheresse, un prolapsus ou simplement une inquiétude concernant son anatomie ? Car toutes ces situations sont différentes et ne se traitent pas avec une même plante. La méthode de référence pour améliorer naturellement la tonicité est le renforcement des muscles du plancher pelvien, notamment par les exercices périnéaux communément appelés exercices de Kegel. Le principe consiste à identifier les muscles qui entourent et soutiennent notamment le vagin, l’urètre et le rectum, puis à apprendre à les contracter et à les
relâcher correctement. On peut commencer, par exemple, par des contractions douces de quelques secondes suivies d’un relâchement complet, répétées plusieurs fois. Avec une pratique régulière et correctement exécutée pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois, le contrôle et la force du plancher pelvien peuvent s’améliorer. Mais il existe une précaution importante : toutes les femmes n’ont pas besoin de renforcer davantage leur périnée. Certaines présentent au contraire un plancher pelvien excessivement contracté ou douloureux. Faire beaucoup de Kegel sans évaluation peut alors aggraver douleurs ou inconfort. C’est pourquoi, lorsqu’il existe des symptômes, une évaluation par un professionnel formé à la rééducation périnéale est préférable. Dans mon approche holistique, j’ajoute également le travail respiratoire et postural. Le diaphragme, les muscles abdominaux profonds et le plancher pelvien fonctionnent ensemble. Une bonne respiration diaphragmatique, une posture correcte, une activité physique adaptée et une bonne gestion des pressions abdominales participent donc à la santé périnéale. Il faut également agir sur les facteurs qui sollicitent continuellement le périnée : constipation chronique avec efforts de poussée, toux chronique, port répété de charges lourdes, surpoids important ou mauvaises habitudes respiratoires pendant l’effort.
Après un accouchement, notamment lorsqu’il y a eu déchirure, épisiotomie, douleurs persistantes, incontinence ou sensation de descente d’organes, la priorité devrait être l’évaluation et la rééducation périnéales plutôt que l’application de substances astringentes. Les plantes peuvent conserver une place dans une approche globale de la santé féminine lorsqu’elles répondent à une indication précise et que leur sécurité est connue. Mais je refuse de leur attribuer une propriété qu’elles n’ont pas démontrée : une plante astringente ne remplace pas l’entraînement d’un muscle. Enfin, je rappelle aux femmes qu’un vagin naturellement souple et extensible n’est pas un vagin « abîmé ». Sa capacité à s’adapter fait partie de sa physiologie. La recherche d’un vagin extrêmement serré ou sec ne doit donc pas devenir un objectif de santé. La bonne question n’est finalement pas : “Comment rétrécir mon vagin ?”, mais plutôt : “Comment préserver ou restaurer la santé, la force, la coordination et la fonction de mon plancher pelvien ?” « Un muscle se tonifie par un travail musculaire adapté, pas en brûlant, en asséchant ou en irritant la muqueuse qui le recouvre. »
Quels sont les ingrédients et les plantes habituellement utilisés par les femmes au Cameroun ?
Au Cameroun, comme dans plusieurs pays d’Afrique centrale et occidentale, les pratiques de soins intimes féminins sont très diverses. Elles varient selon les régions, les communautés, les familles et les personnes qui transmettent ces savoirs.
Il serait donc scientifiquement incorrect de parler d’une seule « recette camerounaise ». Il est important de répondre avec prudence. Il n’existe pas une recette camerounaise unique, standardisée ou représentative de toutes les femmes. Les pratiques varient selon les régions, les groupes culturels, les familles, les vendeuses, les tradipraticiens et les circuits commerciaux. Les produits rapportés dans les témoignages, les enquêtes locales ou les observations de terrain comprennent notamment : la pierre d’alun, parfois appelée « pierre blanche » ; le kaolin ou certaines argiles ; l’eau chaude ou tiède ; l’eau salée ; le savon ou les solutions savonneuses ; des antiseptiques détournés de leur usage ; le citron, le vinaigre ou d’autres substances acides ; des poudres, feuilles, racines ou écorces non précisément identifiées ; des mélanges de plantes vendus comme produits de toilette intime ; des préparations appelées selon les milieux « secrets de femmes », « remontants », « resserrants » ou « produits de toilette » ; plus dangereusement, des produits chimiques comme la naphtaline.
Conseillez-vous souvent à ces femmes des astuces ? Si oui, lesquelles ?
Oui, je donne des conseils aux femmes qui viennent me consulter pour des préoccupations liées à leur intimité. C’est d’ailleurs pour cette raison que j’ai mis sur pied deux produits d’entretien vaginal. Mais je commence toujours par identifier leur véritable besoin. Quand une femme demande une astuce pour « resserrer son vagin », je cherche d’abord à comprendre pourquoi. Ma première recommandation est donc de respecter l’écosystème vaginal. Je déconseille les toilettes internes répétées, le décapage de la muqueuse et l’introduction de substances agressives simplement pour rechercher une sensation de sécheresse ou de resserrement. Pour l’hygiène quotidienne, je privilégie la simplicité : prendre soin principalement de la vulve, c’est-à-dire de la partie externe, avec une hygiène douce et sans chercher à laver profondément l’intérieur du vagin. Ma deuxième recommandation concerne le périnée. Lorsqu’il existe réellement une diminution de tonicité, je privilégie les exercices du plancher pelvien et, lorsque cela est nécessaire, la rééducation périnéale. Je conseille aux femmes de respecter leur lubrification naturelle. Lorsqu’une sécheresse apparaît, notamment après un accouchement, pendant l’allaitement, autour de la ménopause ou dans certaines autres situations, il faut rechercher sa cause plutôt que chercher à assécher davantage le vagin. Concernant les plantes médicinales, je ne suis pas opposé à leur utilisation. Je suis phytothérapeute : elles font partie de mon champ de travail. Mais une plante doit répondre à une indication précise. Je peux envisager certaines préparations végétales dans une démarche de confort ou d’hygiène externe lorsqu’elles sont correctement identifiées et préparées. En revanche, je déconseille
de placer dans le vagin des poudres, écorces, pierres, substances corrosives ou préparations dont la composition, la concentration et l’innocuité ne sont pas maîtrisées. « En phytothérapie, notre responsabilité n’est pas seulement de savoir quelles plantes nos ancêtres utilisaient ; c’est aussi de savoir lesquelles conserver, lesquelles mieux encadrer et lesquelles abandonner lorsque leur usage devient dangereux. »
Autres ajouts ?
Oui. J’aimerais ajouter que derrière la question du « resserrement vaginal », il existe un sujet beaucoup plus profond que celui des plantes : celui de la représentation que notre société se fait du corps et de la sexualité de la femme. Dans certaines communautés africaines, une femme peut être amenée à penser qu’elle doit avoir un vagin extrêmement serré, sec ou chaud pour être considérée comme sexuellement désirable. Certaines pratiques intimes sont alors transmises entre femmes, parfois de mère en fille, de tante à nièce ou entre amies, avec l’objectif de préserver le couple ou d’augmenter le plaisir du partenaire. Je pense que nous devons pouvoir discuter de ces traditions sans mépris, mais également sans complaisance.








