Niché au pied des amphithéâtres de la Faculté de Médecine de Dschang, l’Hôpital Régional Annexe, sous la houlette du Professeur Noubom Michel, trace une voie inédite entre mémoire centenaire et exigence d’excellence.
À l’ombre des amphithéâtres de la Faculté de Médecine et des Sciences Pharmaceutiques de l’Université de Dschang, bat le cœur d’un laboratoire à ciel ouvert performant. L’Hôpital Régional Annexe de Dschang n’est plus ce dispensaire colonial poussiéreux ni ce simple hôpital de district que le temps semblait avoir oublié sur les hauteurs de la Menoua. En s’imposant comme la vitrine clinique d’une élite académique en plein essor, cette formation sanitaire a brisé le plafond de verre de la précarité médicale pour devenir le pivot des urgences de l’Ouest-Cameroun. Une métamorphose radicale, propulsée par un partenariat viscéral entre l’élite scientifique locale et une diaspora déterminée à tordre le cou à la fatalité. Le passage officiel au statut d’Hôpital Régional Annexe, acté le dix octobre deux mille vingt-deux par le ministère de la Santé Publique, a radicalement redéfini la feuille de route de cette institution. Sous la conduite dynamique du Professeur Noubom Michel, ce vaisseau amiral de la santé dans la région de l’Ouest tente de tracer sa route, entre modernisation et réalité du terrain. L’aventure de
cette formation sanitaire débute bien avant l’indépendance du Cameroun. Dès 1903, sous l’administration allemande, l’établissement voit le jour en tant qu’hôpital de subdivision administrative. Une période marquée par les premiers médecins coloniaux. Puis, en 1916, le territoire passe sous administration anglo-française, amorçant une ère de médecins occidentaux qui dirigeront l’établissement jusqu’aux portes de l’indépendance. Leur passage a vu l’hôpital se transformer d’un simple dispensaire en hôpital régional, puis en hôpital départemental de la Menoua en 1962. Un véritable témoin de l’évolution du système de santé camerounais, une mémoire vivante que le Professeur Noubom Michel aime à rappeler lors de ses visites guidées.
Sous la conduite du Professeur Noubom, une visite guidée entre mémoire et modernité
C’est en effet sous la houlette du Professeur Noubom Michel, Maître de conférences et médecin biologiste, que nous avons eu le privilège de pénétrer dans les couloirs de cet hôpital centenaire. Dès l’entrée, l’histoire est palpable, mais le directeur insiste sur la dynamique actuelle. « Nous sommes le trait d’union entre une tradition de soins et l’excellence académique », déclare-t-il en désignant l’organigramme hiérarchique et fonctionnel qui structure l’établissement. Il rappelle que l’hôpital a été officiellement reclassé en Hôpital Régional Annexe le 10 octobre 2022, une étape majeure pour moderniser le plateau technique et répondre à la demande croissante.
En parcourant les services, le professeur s’arrête longuement au bloc opératoire d’ophtalmologie, une fierté de l’établissement. « Cette salle, c’est un peu l’âme de notre modernité », confie-t-il en présentant le microscope opératoire et la machine FACO, une nouvelle technologie pour la chirurgie de la cataracte. L’anecdote est belle : ces équipements, d’une valeur inestimable, ont été offerts par la diaspora de la Menoua en 2024 et 2026. « Lors de la campagne de 2024, nous avons déjà opéré près de 11 patients atteints de cataracte avec ce matériel », précise-t-il avec une fierté non dissimulée. Une preuve que la solidarité peut concrètement améliorer l’offre de soins.
Poursuivant la visite, il nous guide vers les services de maternité et de pédiatrie, où l’activité ne faiblit jamais. Il évoque les accouchements, les consultations prénatales, et l’importance du suivi nutritionnel des enfants. « Ici, le mot d’ordre est l’accueil, quel que soit le statut du patient », nous confie le directeur. Une philosophie partagée par NGUENA Thérèse, Surveillant Général Adjoint, qui veille à l’organisation des services de soins. Elle nous explique que « tout malade arrivant est reçu, avec ou sans argent. On l’installe, on prend ses paramètres. » L’argent n’est qu’une question secondaire.
Un pôle d’excellence académique au service de la cité
La relation entre l’Hôpital Régional Annexe de Dschang et la Faculté de Médecine
est bien plus qu’un simple partenariat. C’est une symbiose, une nécessité vitale pour les deux institutions. Depuis le 24 novembre 2017, cette collaboration a permis de transformer l’hôpital en un véritable centre de formation clinique. Le Pr Noubom Michel, en tant que directeur, joue un rôle clé en faisant intervenir les enseignants de la faculté pour encadrer les étudiants, et ce faisant, les patients bénéficient directement de l’expertise des professeurs. « Tous les enseignants de la Faculté de médecine viennent encadrer les étudiants à l’hôpital. En encadrant, ils encadrent les patients », souligne-t-il, résumant parfaitement cette circularité vertueuse.
Cette synergie a été officiellement saluée par le Ministère de la Santé Publique. Une lettre de félicitations, adressée au Directeur le 5 juillet 2023, a mis en lumière la « mise en place d’un mécanisme de bonne gouvernance, de gestion financière, de sécurisation des recettes ainsi que du maintien d’un climat social serein » au sein de l’établissement. Un satisfecit qui récompense les efforts pour améliorer les indicateurs de performance et l’accueil des patients, dans le cadre de l’agenda de transformation du système de santé.
Des services structurés pour une prise en charge complète
L’organigramme de l’hôpital est clair et fonctionnel. Le directeur est secondé par un conseiller médical, qui supervise les chefs de service, garants de la bonne tenue des unités. En médecine générale, cardiologie, chirurgie générale, ou encore au laboratoire d’analyses, chaque service fonctionne avec rigueur. L’hôpital dispose d’une pharmacie, d’une caisse pour la facturation, et d’un service social dédié à l’accompagnement des personnes vulnérables. L’accueil et l’orientation des patients sont assurés par des agents d’accueil, avant une prise en charge par le personnel soignant. Le service d’urgence, ouvert 24h/24 et 7j/7, est un pilier de l’établissement, équipé d’une salle de déchocage et d’une ambulance médicalisée. Ce dispositif s’avère d’autant plus stratégique que l’hôpital est situé dans une zone particulièrement accidentogène, marquée par la redoutable falaise de Dschang, un axe routier où les drames de la circulation exigent une réactivité médicale absolue. Le Professeur Noubom Michel a également tenu à souligner l’importance de la maintenance et de la propreté, des aspects souvent négligés mais essentiels à la qualité des soins. Il a rappelé l’existence du « jeudi propre », une règle d’or dans tous les services, et la présence d’agents spécialisés pour l’entretien des espaces verts, un petit plus qui contribue à l’humanisation de l’environnement de soins.
La rénovation emblématique du CERAC
L’histoire récente de l’hôpital est également marquée par un geste fort de la Première Dame du Cameroun. Le 21 novembre 2020, le Cercle des Amis du Cameroun (CERAC), sous la présidence de Madame Chantal Biya, a procédé à la rétrocession officielle à l’État camerounais de l’Hôpital de District de Dschang, entièrement rénové et équipé. Un geste d’une générosité qui a permis de redonner
un souffle nouveau à l’établissement, notamment le bloc cuisine, construit en 1924, qui a été réhabilité. Un symbole fort du soutien au système de santé public.
Des ombres au tableau : entre déficits et urgences
Malgré ces avancées significatives, l’hôpital n’est pas exempt de difficultés majeures. La visite auprès des patients et des soignants a révélé des critiques acerbes, notamment sur les réseaux sociaux, où l’établissement est parfois pointé du doigt pour son manque de plateau technique. L’absence d’un scanner est régulièrement dénoncée. Un commentaire, sous une publication Facebook, rapporte avec amertume : « Vraiment du grand n’importe quoi !!! Quel hôpital de référence sans véritable plateau technique. » Ou encore : « Un hôpital régional annexe sans plateau technique pour faire la radiothérapie. Le patient se trouve obligé d’aller à Bafoussam faire la radio avant de revenir interprété à DSCHANG. » Ce témoignage poignant d’un internaute ayant perdu son père faute de pouvoir réaliser un scanner d’urgence reflète une réalité douloureuse : l’Hôpital Régional Annexe de Dschang, bien que reclassé pour répondre à des besoins accrus, lutte encore contre l’obsolescence de certains équipements de diagnostic lourd. Le défi est immense pour le Professeur Noubom et son équipe, qui doivent composer avec un budget contraint et des attentes de plus en plus élevées.
Un futur prometteur sous le signe de la collaboration
L’Hôpital Régional Annexe de Dschang est à un carrefour de son histoire. Fort de ses racines centenaires, de son partenariat stratégique avec l’Université, et de la reconnaissance des plus hautes autorités, il est sur la voie de l’excellence. Les équipements offerts par la diaspora, la rigueur administrative saluée par le ministère, et la vision du Professeur Noubom Michel sont autant d’atouts pour surmonter les obstacles. L’établissement, qui a vu défiler des générations de médecins, incarne aujourd’hui l’espoir d’une santé publique de qualité dans l’Ouest. Un espoir qui repose sur la capacité à transformer ces difficultés en leviers de progrès. Car comme le souligne le professeur, l’objectif est clair : faire de son hôpital « une vitrine, un centre d’excellence dans cette catégorie de formation sanitaire ». Un défi que la cité universitaire de Dschang, avec sa faculté de médecine, est en mesure de relever, pour peu que les moyens suivent l’ambition. La route est encore longue, mais l’histoire de l’Hôpital Régional Annexe de Dschang est une histoire de résilience, une histoire de soins qui, depuis 1903, ne cesse de s’écrire. Et pour ses patients, comme pour ses étudiants, cette histoire mérite de s’écrire en lettres d’or, celles d’une excellence enfin pleinement accessible.
INTERVIEW : Pr Noubom Michel
« Nous sommes l’hôpital le plus propre de la région depuis quatre ans »

2200 patients par mois, 120 accouchements, un service d’urgence qui accueille jusqu’à 1 000 personnes, et surtout une règle d’or : ne jamais refuser un patient, même sans argent. L’Hôpital Régional Annexe de Dschang, sanctuaire clinique de la Faculté de Médecine, affiche des résultats qui forcent le respect. Dans cet entretien, le Professeur Noubom Michel, Maître de conférences et médecin biologiste, revient sur les atouts de son établissement, de la cardio-pédiatrie à la Couverture Santé Universelle, sans occulter les difficultés qui entravent son essor, notamment l’absence de scanner et le manque de médecins fonctionnaires. Un témoignage sans fard sur une institution en pleine mutation.
Monsieur le Directeur, pour commencer, pouvez-vous nous faire une brève présentation de l’hôpital sur le plan infrastructurel et des ressources humaines ?
Volontiers. L’hôpital dispose actuellement de 168 lits et compte environ 200 personnels pour son fonctionnement. Il est ouvert sept jours sur sept, 24 heures sur 24.
Quels sont les services que l’on retrouve ici ?
Nous avons plusieurs services. On peut commencer par les urgences, qui sont très sollicitées, notamment à cause des accidents de moto. Nous avons aussi le service de pédiatrie, l’immuno-hématologie, la médecine A, la médecine B, la maternité, le service de chirurgie, un laboratoire et un service de radiologie. Nous avons également un service de néonatalogie bien équipé. Ce sont globalement les différents services que nous proposons ici.
Quels sont vos projets ou vos fiers atouts ?
L’un de nos principaux atouts, c’est le service des urgences. Nous remercions le ministère de la Santé d’avoir permis son fonctionnement. C’est un bâtiment bien
équipé et nous y recevons en moyenne entre 700 et 1 000 personnes par mois.
Justement, pouvez-vous nous donner la fréquentation globale de l’hôpital et le nombre d’accouchements par mois ?
Globalement, nous recevons plus de 2 200 patients par mois. Pour les accouchements, nous avons une moyenne de 110 à 120 par mois.
Vous avez parlé du service de néonatalogie. Pouvez-vous nous en dire plus ?
C’est un service de référence, car nous avons deux pédiatres à Dschang, et ce sont les plus expérimentés de la ville. Ils sont épaulés par environ sept sages-femmes. L’un des deux pédiatres est même cardio-pédiatre, ce qui est une énorme opportunité. Tous les enfants de l’Ouest qui ont des malformations cardiaques sont référés chez nous.
Au-delà des pédiatres, quels sont les autres spécialistes présents à l’hôpital ?
C’est une question pertinente. Nous sommes dans une ville universitaire, et la Faculté de Médecine nous aide beaucoup. Grâce aux doyens et au recteur, tous les médecins enseignants viennent désormais prêter main-forte à l’hôpital. C’est le cas de cardiologues, de neurologues, de dermatologues, qui viennent en consultation, même si ce n’est pas en continu. C’est un véritable atout.
Si on vous demande aujourd’hui, qu’est-ce qui fait la fierté de l’hôpital ?
C’est d’être un hôpital public de référence. Notre fierté, c’est d’avoir accès à des spécialistes de pointe et des enseignants chevronnés. C’est une opportunité qui nous permet d’offrir des soins de qualité à toute la population.
Parlons de la prise en charge financière. Est-ce qu’on exige de l’argent avant de prendre en charge un patient ?
Non, absolument pas. Notre fonctionnement est optimal. Dès qu’un patient arrive, on le prend en charge. On ouvre ce qu’on appelle le “manifold”, un cahier de l’aide où tous les soins sont enregistrés. Le patient paie quand il le peut. Heureusement, nous n’avons pas beaucoup de dettes car les gens, voyant la qualité des soins, paient de bonne foi.
Concrètement, comment la Couverture Santé Universelle (CSU) est-elle mise en œuvre ici ?
C’est une réalité palpable. Nous avons recruté des agents supplémentaires qui ne font qu’enregistrer les patients, surtout la nuit, pour fluidifier le processus. Nous avons récemment reçu un superviseur, et Dschang fait partie des meilleurs hôpitaux de l’Ouest pour la CSU.
Qu’est-ce que le patient reçoit concrètement dans le paquet de soins de la CSU ?
Tout le paquet est appliqué. Les consultations, les accouchements, tout est pris en
charge. Les consultations pédiatriques pour les enfants de 0 à 5 ans sont gratuites.
On dirait que nous sommes dans un monde paradisiaque. Comment expliquez-vous cette bonne gestion ?
C’est le fruit d’un travail d’équipe. Nous avons une direction qui siège tous les lundis soir pour évaluer et planifier. Nous avons un règlement intérieur que tout le monde a lu et signé, donc chacun connaît ses responsabilités et les sanctions. C’est ce qui fait que nous sommes l’hôpital le plus propre de la région depuis quatre années consécutives. La gestion est transparente, même pour les Cotés Par, tout le monde est payé avant le sept du mois.
Quelles sont les principales difficultés que vous rencontrez ?
La principale difficulté est le manque de médecins généralistes fonctionnaires. Sur les 13 généralistes que nous avons, tous sont en situation précaire. Cela absorbe une grande partie de nos recettes pour les payer. Ensuite, il nous manque un service d’imagerie complet. Nous avons besoin d’un scanner. Actuellement, nous sommes obligés d’envoyer les patients en ville dans le privé, ce qui est un vrai problème.
Avez-vous un mot de remerciement ou un message de fin ?
Je remercie d’abord le ministre de la Santé publique, pour sa vigueur qui impacte tous les services. Je remercie l’élite de la ville, qui est très fière de nous et nous soutient. Je remercie aussi le ministre des Finances pour sa facilité. Notre porte est toujours ouverte, je reçois sans rendez-vous de 7h à 18h.














