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Hôpital régional annexe de Mokolo : Une fréquentation en hausse et des services sous pression

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Sous l’impulsion de son directeur, le Dr Bilongo Plong Briot, chirurgien orthopédiste, l’hôpital régional annexe de Mokolo (HRAM) connaît une transformation remarquable.

En l’espace de 18 mois seulement, l’établissement, autrefois un simple poste sanitaire colonial, est devenu un pôle de santé essentiel pour le département du Mayo-Tsanaga et au-delà.

Les initiatives du Dr Bilongo Plong Briot, qu’elles soient axées sur l’amélioration des infrastructures ou le renforcement des services, témoignent d’une volonté de donner des soins de qualité à une population confrontée à de multiples difficultés.

Le Dr Bilongo Plong Briot, chirurgien orthopédiste et directeur de l’hôpital régional annexe de Mokolo (HRAM), dans la région de l’Extrême-Nord du Cameroun, a publié son rapport annuel sanitaire pour 2024, révélant des statistiques d’activité impressionnantes qui témoignent de son rôle crucial dans une région confrontée à de multiples crises. Dans la région de l’Extrême-Nord du Cameroun, en 2024, le service de consultation de l’HRAM a enregistré un total de 21 922 consultations, soit une moyenne mensuelle de 1 826,83. Par ailleurs, l’hôpital a fait face à un nombre de décès en légère augmentation, avec 402 décès enregistrés contre 395 l’année précédente.

Le mois d’août a été particulièrement difficile, car il a concentré le plus grand nombre de décès avec 64 cas. Le paludisme et la malnutrition, qui sont des maladies endémiques dans la Région, continuent de peser lourdement sur l’activité de la structure. En effet, les hospitalisations pour malnutrition ont atteint 2 081 cas, tandis que le paludisme a causé 1 778 hospitalisations. Ces chiffres prouvent que l’hôpital est en première ligne pour gérer ces urgences sanitaires.

Des pôles d’excellence en plein essor

Néanmoins, l’HRAM ne se contente pas de traiter les maladies courantes. Le service de maternité a réalisé 1 013 accouchements assistés en 2024, dont 332 césariennes. De plus, l’activité chirurgicale, bien que marquée par une baisse des interventions totales par rapport à 2023, a vu une augmentation significative de la prise en charge des patients réfugiés nigérians (60 cas contre 46 en 2023) et des victimes de guerre (25 cas contre 6 en 2023). Ces statistiques soulignent la place de l’hôpital comme refuge médical dans une zone en conflit.

Les services spécialisés ont également connu une croissance notable. La kinésithérapie, par exemple, a suivi 92 patients en 2024, soit plus du double par rapport à 2023. Le service d’imagerie médicale a réalisé 5 438 examens, dont un nombre croissant d’échographies et de scanners, ce qui dénote une montée en puissance de son plateau technique.

Un futur prometteur malgré les obstacles

Les chiffres de 2024 brossent le tableau d’un hôpital régional qui s’adapte et se développe pour répondre aux besoins d’une population nombreuse et vulnérable. Malgré les défis persistants, notamment en matière de personnel et de financement, l’HRAM s’inscrit dans une dynamique d’amélioration continue, avec des perspectives telles que l’ouverture prochaine d’un service de soins intensifs et l’informatisation de sa gestion.

Ces efforts constants visent à faire de l’hôpital régional annexe de Mokolo un véritable pôle de référence pour la santé dans la région de l’Extrême-Nord. Ces actions illustrent parfaitement la volonté du gouvernement et du ministre de la Santé publique de mettre en œuvre l’humanisation des soins pour le bien-être de tous.

 Elvis Serge NSAA

 

INTERVIEW

« En 18 mois, le Dr Bilongo Plong Briot a transformé l’hôpital de Mokolo en référence régionale. »

Dr Bilongo Plong Briot
Dr Bilongo Plong Briot


Alors que l’hôpital régional annexe de Mokolo fête 18 mois sous sa direction, le Dr Bilongo Plong Briot dresse un bilan porteur d’espoir pour l’Extrême-Nord.  Entre création de nouveaux services, amélioration du plateau technique et lutte contre les défis sécuritaires, le chirurgien orthopédiste nous révèle comment cet établissement relève le défi de l’excellence médicale malgré un contexte régional complexe.  Au-delà des 21 922 consultations annuelles et 922 accouchements pris en charge, c’est toute une vision humaniste de la santé qui se déploie dans cette zone frontalière éprouvée.

Est-ce que vous pouvez vous présenter ?

Je suis le Dr Bilongo Plong Briot, chirurgien orthopédiste et directeur de l’hôpital régional annexe de Mokolo, dans la région de l’Extrême-Nord du Cameroun.

Quel bilan tirez-vous de vos premiers mois à la tête de cet établissement ?

C’est vrai que le temps passe vite, car sans s’en rendre compte, nous comptabilisons déjà dix-huit (18) mois à la tête de cette prestigieuse structure sanitaire. Et le bilan au terme de ces dix-huit (18) mois me semble plutôt satisfaisant du point de vue personnel. Mais il ne me revient pas de juger mon propre travail, c’est plutôt à ma hiérarchie et à la population que nous servons de le faire.

Certes, beaucoup a été fait par mon équipe et moi-même depuis que nous avons pris service. J’en veux pour exemples la création d’un service de kinésithérapie, qui est déjà fonctionnel, la création d’une unité de maternité avec un bloc spécifique pour chaque accouchement et la construction en cours d’un service de soins intensifs avec la mise en service de deux respirateurs à oxygène, entre autres.

Nous avons également aménagé une salle de réunion d’une capacité d’environ 100 places qui nous permet aujourd’hui de disposer d’un espace de travail propre à l’hôpital régional annexe de Mokolo, car il faut signaler qu’avant notre prise de fonction, l’hôpital ne disposait pas d’un espace pour organiser des réunions et coordonner les activités quotidiennes. Cette salle polyvalente nous a d’ailleurs permis de réaliser certaines hospitalisations lors de la dernière campagne de promotion de la santé organisée par le ministre de la Santé publique, le Dr Manaouda Malachie, dans la région de l’Extrême-Nord en juin 2025.

Nous restons convaincus que beaucoup reste à faire, mais le ministre de la Santé publique, Son Excellence le Dr MANAOUDA MALACHIE est à pied d’œuvre pour l’aménagement des services et le relèvement du plateau technique de notre structure sanitaire afin de lui permettre de répondre aux besoins spécifiques de notre population, qui concentre la plus grande part des réfugiés et déplacés internes de la région de l’Extrême-Nord, voire du Grand Nord.

Quelles sont les principales missions et les spécialités de l’hôpital ?

La principale spécialité de l’hôpital est la pédiatrie. Nous disposons d’un service de pédiatrie complet qui inclut un service de néonatologie équipé d’environ 12 couveuses. Cela nous permet de prendre en charge les prématurés et les nouveau-nés de petit poids dans tout le département.

En outre, du fait de ma spécialité en chirurgie orthopédique et traumatologie, nous avons un service de chirurgie orthopédique en plein développement.   Nous pouvons aujourd’hui réaliser des interventions chirurgicales pour les traumatismes, notamment pour les blessés de guerre et les accidentés, ce qui n’était pas le cas il y a quelques temps. Comme vous le savez, notre zone est en proie à l’insécurité liée à la présence de la secte terroriste Boko Haram dans plusieurs aires de santé frontalières au Nigéria. À l’époque, les blessés des exactions menées par ces bandits étaient systématiquement transférés à Maroua pour une meilleure prise en charge, mais désormais ils sont pris en charge au sein de notre structure sanitaire par un personnel qualifié et un plateau technique adéquat.

Et concernant les accidents de la voie publique et les accidents domestiques, nous nous efforçons de sensibiliser la population à la prise en charge chirurgicale des fractures à l’hôpital régional annexe de Mokolo, car ces populations ont très souvent recours aux traitements traditionnels. C’est un combat que nous menons activement au quotidien.

Le laboratoire est un autre point fort. À mon arrivée, il ne pouvait pas effectuer tous les examens. Aujourd’hui, nous pouvons nous prévaloir de réaliser tous les examens d’hématologie, et un service de bactériologie sera mis en place d’ici la fin de l’année. Cela nous permettra de former nos équipes et de tirer parti des futures acquisitions que le Gouvernement, à travers le ministère de la Santé publique, a bien voulu accorder à notre établissement.

Concernant le personnel, pouvez-vous nous indiquer l’effectif actuel, le niveau de qualification de vos équipes et comment vous travaillez à maintenir leur motivation ?

Actuellement, l’hôpital dispose d’environ 125 personnels, dont une soixantaine recrutée localement. Nous faisons malheureusement face à une insuffisance en personnel médical, car nous disposons de juste ??? médecins généralistes, quatre médecins spécialistes et deux chirurgiens-dentistes. L’État fait régulièrement des efforts en nous affectant des personnels, mais ces derniers désertent très souvent leur poste et demandent un redéploiement dans les mois qui suivent leur affectation ou alors disparaissent sans crier gare.    Nous continuons à faire régulièrement un plaidoyer auprès de la hiérarchie pour le déploiement du personnel au sein de notre structure sanitaire tout en espérant que ceux qu’on va envoyer vont accepter de rester et servir cette notre cause pour laquelle nous avons prêté serment.

Quelles sont les statistiques clés sur la prise en charge des patients, comme le nombre de consultations et d’admissions ou les pathologies les plus fréquemment traitées ?

L’hôpital a une capacité d’accueil de 221 lits, ce qui lui permet de répondre à un grand nombre de besoins en hospitalisation. En effet, l’année 2024 a été marquée par une activité soutenue, notamment au sein du service de maternité. Nous avons enregistré un total de 922 accouchements, soit une moyenne de 76,83 accouchements par mois. Ces chiffres témoignent de l’importance de notre rôle dans la prise en charge des femmes enceintes et des nouveau-nés dans la Région.

Par ailleurs, l’activité globale de l’établissement est tout aussi impressionnante. Au cours de la même année, l’hôpital a réalisé un total de 21 922 consultations. Ainsi, en divisant ce chiffre par le nombre de mois, nous obtenons une moyenne mensuelle de 1 826,83 consultations. Ces données montrent clairement que notre établissement est un point d’accès essentiel aux soins de santé pour la population.

En somme, les statistiques de 2024 reflètent un engagement fort et une capacité d’action significative de l’hôpital. Elles prouvent que la demande de services médicaux est constante, et que notre structure joue un rôle crucial en offrant des soins de qualité à la communauté. De plus, l’efficacité de nos équipes et la disponibilité de nos infrastructures nous permettent de maintenir un service à la fois constant et de grande qualité, ce qui est primordial pour la confiance des patients.

Comment assurez-vous la coordination entre votre hôpital et les autres structures de santé de la région ?

En termes de ressources matérielles, les chantiers en cours, offerts par le ministre de la Santé et le chef de l’État pour le département du Mayo-Tsanaga, vont sûrement combler nos besoins. Nous avons notamment la construction d’un nouveau laboratoire, d’un bloc d’urgence et d’hospitalisation.

Je tiens à souligner que notre service de pédiatrie, qui est le fer de lance de l’hôpital, bénéficie du soutien d’une ONG pour la prise en charge des enfants. Ce service compte au total 150 lits d’hospitalisation.

Les projets d’innovations sont vastes. Nous attendons la fin de la construction de ces bâtiments pour, notamment, développer la réalisation de prothèses sur place en orthopédie, ainsi que le service de cardiologie, qui est en cours de développement avec la mise en place de certains examens.

Quelles sont les innovations ou les nouvelles pratiques concrètes que vous avez déjà mises en place depuis votre arrivée ?

La population de l’Extrême-Nord a souvent un faible pouvoir d’achat, et nous faisons face à de nombreux déplacés internes en raison des exactions de Boko Haram et de la situation à la frontière avec le Nigeria. Le taux d’indigence est très élevé, surtout parmi les réfugiés. L’insécurité est un facteur important qui génère beaucoup de problèmes, parmi lesquels la pauvreté ambiante.

Nous avons donc un grand nombre de patients indigents que nous devons aider, en vertu de notre politique d’humanisation des soins.

Quelles sont les principales difficultés que rencontrent les patients dans leur parcours de soins, et quelles solutions avez-vous déjà apportées ?

La principale difficulté est d’ordre culturel, car certaines croyances ont malheureusement un effet négatif sur les soins. Cependant, nous faisons l’effort de beaucoup communiquer avec la population pour combattre ces croyances, comme le fait de ne pas traiter les fractures à l’hôpital ou l’idée de ne pas se rendre à l’hôpital quand l’on n’a pas d’argent. Les gens viennent souvent trop tard, lorsque la situation est déjà critique, alors que nous pouvions gérer le cas de façon optimale dès le début des premiers symptômes ou manifestations.

Selon vous, quels sont les principaux défis auxquels l’hôpital est confronté aujourd’hui en termes de ressources (matériel, financement, etc.) ?

Au niveau du laboratoire, comme je l’ai mentionné, nous pouvons réaliser une large gamme d’examens, de l’hématologie à la biochimie et l’hormonologie. Il ne nous manque que le service de bactériologie, mais les équipements sont en cours d’acquisition. Je pense que d’ici la fin de l’année, aucun patient n’aura besoin de quitter Mokolo pour un examen, sauf pour l’anatomopathologie.

En termes d’imagerie, la radiologie est fonctionnelle et nous avons veillé à ce que le scanner soit opérationnel dès mon arrivée, après l’obtention des agréments nécessaires. L’échographie, la radiologie et le scanner sont donc tous fonctionnels. La seule difficulté que nous rencontrons au niveau du plateau technique est le coût élevé des intrants, qui viennent des grandes villes du sud.

L’hôpital rencontre-t-il des problèmes d’accès aux médicaments, et comment gérez-vous cette problématique ?

Grâce aux efforts du ministère de la Santé publique à travers le Fonds régional pour la promotion de la santé, le problème d’accès aux médicaments ne se pose pas trop dans la région de l’Extrême-Nord. Le Fonds régional et les fournisseurs agréés nous approvisionnent régulièrement et conformément à l’expression de nos besoins. La seule difficulté réside dans la distance avec les grandes métropoles, ce qui rend les coûts de transport pour les intrants de laboratoire et de pharmacie souvent exorbitants. Cet état des choses a bien évidemment un effet négatif sur nos revenus. Cependant, le Fonds régional élargit de plus en plus sa gamme de produits et de médicaments, ce qui nous aide à y faire face. Le nombre de spécialités médicales a également fait augmenter les prescriptions dee médicaments, nous obligeant à faire appel à d’autres fournisseurs, mais la distance reste un problème crucial.

Pour conclure, avez-vous un message à adresser au personnel de l’hôpital, à la population que vous servez ou aux autorités sanitaires ?

Notre doléance principale est d’avoir davantage de personnels. Nous tenons d’abord à remercier les autorités, car l’hôpital bénéficie déjà d’un grand soutien de la part de notre hiérarchie. Nous remercions le chef du département, le Dr MANAOUDA MALACHIE. L’appui que nous sollicitons concerne surtout le personnel et un soutien en termes d’intrants pharmaceutiques. En effet, les populations que nous soignons font face à d’énormes difficultés financières dues à la pauvreté ambiante. Ce sont des agriculteurs, et les exactions de Boko Haram les empêchent de construire une stabilité économique.

Néanmoins, la mise en œuvre de la Couverture santé universelle (CSU) et l’utilisation du Chèque Santé ont déjà révolutionné beaucoup de choses en matière de santé, et cela a fait baisser le taux de mortalité.

Propos recueillis par Elvis Serge NSAA

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