Interview – Pr Christian Tzeuton « Nous avons une série de malades que nous avons pu diagnostiquer au début de la maladie et nous avons pu les sauver »

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D’après le président d’honneur de la Société Camerounaise de Gastro-entérologie, Chevalier, officier commandeur et grand officier de l’ordre national de la valeur du Cameroun, le message principal, c’est de dire que les malades doivent arriver avant que la maladie ne soit évoluée et puis idéalement avant que la maladie ait commencée.

Pr Christian Tzeuton

Est-ce qu’on peut savoir qui est le professeur Christian Tzeuton ?

Je suis gastro-entérologue, spécialisé dans les maladies des appareils digestifs et je suis actuellement président d’honneur de la Société camerounaise de gastro-entérologie. Je suis installé à Douala. Je suis dans le privé, mais je participe activement au soutien en termes d’enseignement de la plupart de nos facultés de médecine pour enseigner la gastro-entérologie. Et puis, dans certaines facultés étrangères notamment, en Côte d’Ivoire, Brazzaville, Maroc, en Egypte et de temps en temps au Kenya et à l’international. Il y a aussi des enseignements que je fais à Jaipur, c’est une ville de l’Inde au sud de l’Inde. Voilà en gros le professeur Tzeuton.

Depuis combien d’années déjà exercez-vous ce métier ?

Je suis rentré de mes études en France en 1985, ça fait déjà 38 ans. J’ai une grande expérience de la gastro-entérologie camerounaise. Mais, je reste en contact avec la gastro-entérologie internationale puisque c’est la même chose, nous avons des particularités en Afrique comme par exemple nous avons publié avec le professeur Ndam sur l’existence du cancer du côlon, chez le sujet jeune en Afrique, parce que dans le monde, la plupart du temps, le cancer du côlon, 40, 45 ans, alors qu’en Afrique nous avons les cancers chez les sujets jeunes, sinon le reste, c’est la même pathologie.

Qu’est-ce qui vous a amené à publier cet ouvrage sur le cancer ?

Ce qui m’a amené, c’est que par rapport à mon arrivée en France, j’ai constaté que depuis ce temps-là, le nombre de cancers que nous avons, le nombre de malades chez qui nous déposons un cancer digestif est en nette augmentation. Je crois que c’est une année où tous les gastroentérologues camerounais et puis il y a les gastro entérologies de la sous-région puisqu’il y a beaucoup de ces entérologues qui sont mes élèves. J’en ai formé beaucoup, et je constate que ça augmente, et puis nous avons des diagnostics trop tardifs.

Bien, il était temps de sonner l’alarme pour essayer de faire que nous ayons ces malades. Avant le cancer, ou au plus quand il y a des lésions très cancéreuses, parce qu’à partir du moment qu’il y a des premiers symptômes, souvent on est déjà bien avancé et le risque de sauver le malade est réduit. Or nous avons une série de malades que nous avons pu diagnostiquer au début de la maladie et nous avons pu les sauver, d’où le titre de mon livre qui est « Victoire sur le Cancer », parce que ça ne s’adresse qu’à ces malades qu’on a pu sauver, et malheureusement il y a beaucoup qu’on n’a pas pu sauver, parce qu’on les a vu trop tardivement. Et donc malheureusement ça s’est mal terminé. Donc le message principal, c’est de dire que les malades doivent arriver avant que la maladie ne soit évoluée, et puis idéalement avant que la maladie ait commencé.

Est-ce que vous pouvez nous dire pourquoi le titre de l’ouvrage est « Victoire sur le Cancer » ?

Je viens de le dire, « Victoire sur le cancer », c’est une victoire limitée aux malades que nous avons à sauver. J’en ai guéri 35, mais il y a beaucoup plus que ça. C’est pour cela que je peux utiliser le terme victoire. Et comme j’ai dit tout à l’heure, malheureusement, il y a beaucoup d’autres malades sur lesquels nous n’avons pas pu gagner, et en général, c’est parce qu’ils sont arrivés tard. Il n’y a pas d’autres explications parce que la prise en charge du cancer est bien connue parce qu’on sait ce qu’il faut faire, on va sauver le malade si le diagnostic est posé à temps.

Professeur Christian Tzeuton, faites une présentation de la forme et du fond de votre ouvrage ?

C’est un ouvrage de 326 pages. Cet ouvrage est structuré de la façon la plus simple possible pour que cela soit facile à lire. Puisque c’est ouvert au grand public et au corps médical. Alors il y a une introduction bien entendu et la préface a été faite par le professeur Ndam Ndjitoyap Elie Claude, qui est gastro-entérologue à Yaoundé, ancien de la Faculté de médecine de Yaoundé.

Ensuite, il y a des raisons pour lesquelles j’ai écrit ce livre, bien entendu. Les circonstances qui m’ont amené à écrire ce livre et ensuite, la première grande partie, c’est la partie, où je rapporte les 35 cas du cancer du côlon et autres que nous avons pu soigner et guérir des malades, là-dedans j’ai insisté sur le fait qu’en faisant les examens que nous faisons en gastro entérologie il faut être global, c’est-à-dire, ce n’est pas parce qu’on fait une échographie du pancréas qu’il ne faut pas aller regarder le rein,

Parce que dans les 35 malades il y a des cancers non digestifs, notamment je crois qu’il y a deux cancers du rein qui ont été diagnostiqués parce qu’en faisant la radiographie, j’ai regardé les reins et puis de temps en temps nous avons aussi les cancers du larynx parce qu’on passe à côté en faisant l’endoscopie. Alors après cette première partie, j’ai mis des témoignages des malades ou de leur famille, qui rapportent un petit peu leur pressentiment et leur remerciement par rapport à ce qu’on a fait pour leur malade.

Et la troisième partie, c’est un système de question réponse, c’est-à-dire, les questions sont posées un petit peu dans la peau du grand public pour savoir quelles sont les réponses à apporter à ces interrogations et on profite pour passer des messages de prévention, d’aller se faire dépister rapidement, de poser des diagnostiques dès qu’il y a les premiers symptômes, etc.

Et puis après, on finit par une conclusion et une postface qui a été faite par un cancérologue, le professeur Albert Mouelle Sone, qui est ancien doyen de la Faculté de médecine de Douala et de Buea et puis, je crois qu’il y a un lexique qui essaie de résumer les termes les plus compliqués, pour expliquer qu’on est assez simple dans cet ouvrage, mais il y a toujours des termes médicaux qui sont un peu compliqués pour le grand public. On a essayé de les expliquer pour que le malade soit plus proche de ce que nous disons.

Qu’est-ce qu’on peut donc retenir de cet ouvrage de 326 pages ?

Je crois que ce qu’on peut retenir est simple. Il faut qu’on puisse gagner dans tous les cas de cancer. C’est-à-dire, que le terme de victoire ne soit pas un terme en l’air. Et c’est possible. Et les conditions de cette victoire, ce sont des diagnostiques précoces, pour ceux qui malheureusement sont déjà malades.

Mais en amont, on peut dire qu’on peut augmenter ses chances de victoires en faisant de la prévention et du dépistage. C’est-à-dire que les malades qui sont exposés par leur âge ou parce qu’un parent a eu un cancer, etc.

Sont prioritaires dans le dépistage parce que là on va trouver soit rien du tout, soit des lésions précancéreuses, par exemple pour le côlon, les lésions cancéreuses sont des polyploïdes. Quand on les trouble, on les enlève et puis on surveille le malade. La plupart du temps, il ne fera pas un cancer. Et donc si on arrive à passer ce message, je crois qu’on gagnera de plus en plus sur le cancer.

Il faut dire que pour ceux qui ont déjà la maladie, la médecine a beaucoup évolué en termes d’oncologie générale, mais ici dans notre cas, c’est l’oncologie digestive.

Les techniques chirurgicales ont beaucoup évolué, même pour les gens qui sont déjà malades, il ne faut pas baisser les bras, mais il faut reconnaître que les chances sont plus élevées quand le diagnostic est fait le plus précocement possible.

Donc si les gens entendent ce message, je pense qu’il y a un optimisme, il faut donner l’espoir à nos populations. Je pense qu’on est d’accord avec nos autorités sanitaires sur ce massage.

Oui, Professeur, qu’est-ce qui peut piquer l’augmentation du taux de prévalence du cancer au Cameroun ?

Ah ça, c’est la bonne question, mais malheureusement je n’ai pas de réponse. Et on aimerait bien que les études soient entreprises pour essayer de répondre à ces questions. Qu’est-ce qui peut empêcher ça ? Il y a des tas d’hypothèses, mais rien de définitif.

Donc, c’est la science et la recherche scientifique qui peuvent répondre à cette question. Nous aimerions que cela soit fait.

Est-ce qu’il y a des facteurs alimentaires, est-ce qu’il y a des facteurs de stress et tout ça. J’ai évoqué quelques pistes dans mon ouvrage parce que notamment j’ai insisté sur la nécessité de faire du sport, de faire attention au régime, etc.

Dans les causes réelles, il y a peut-être certains aliments qui sont cancérigènes que nous ne connaissons pas. Je crois que c’est un appel que je fais à nos instituts de recherche pour essayer de nous élaborer des choses, qu’on puisse répondre à nos malades. Et mettre en route une prévention plus effective par rapport à la maladie cancéreuse.

En parlant de prévention, que doit faire la population pour éviter le cancer ?

Alors, il y a des choses qu’on connaît pour éviter le cancer par rapport à l’hygiène de vie. Ça on sait. Par exemple, le tabac et l’alcool font l’unanimité. Ils sont reconnus comme facteurs favorisant le cancer. Deuxième chose, peut-être, il y a des aliments qu’on peut déconseiller, mais là, je n’ai pas d’arguments pour pouvoir faire la liste, etc.

L’autre, c’est la prévention de l’hépatite virale. On sait que chez nous la plupart des cancers du foie sont dus aux hépatites virales, en particulier, l’hépatite virale B dans notre pays.

Donc, si on lutte contre l’hépatite virale, on va lutter contre le cancer. Il faut que les populations se fassent dépister en matière d’hépatite virale B et C. Pour pouvoir permettre aux gastro-entérologues de les mettre à l’abri du cancer. Pour l’hépatite C, c’est plus facile, il y a un traitement aujourd’hui qui est curatif. Et pour l’hépatite B, c’est la surveillance et le contrôle régulier tous les 6 mois et tous les ans pour essayer d’éviter cela.

Les cancers chez nous dus à l’alcool, ce n’est pas la majorité, c’est plus l’hépatite virale B, qui est la plus grande source de cancer dans notre pays, puisque le taux de prévalence est de 12 %. Alors que l’hépatite C c’est moins de 2 % donc vous voyez, la source principale c’est l’hépatite B pour les cancers du foie.

Alors pour le reste, je crois qu’à l’avenir on va essayer d’élaborer des choses plus importantes par rapport à la prévention sur le plan de l’hygiène de vie et de l’alimentation, etc. Mais il y a beaucoup de choses cancérigènes qui sont connues, il y a l’excès de sel, toutes ces choses-là, je crois qu’il faut qu’on travaille dessus.

D’ici, professeur, au mois d’octobre, là surtout on parle de cancer, de cancer du sein, de cancer de la prostate, et bien d’autres. Est-ce que, durant ce mois, il est prévu une activité particulière pour davantage faire passer le message en ce qui concerne les prouesses que vous avez faites et que vous décrivez dans votre ouvrage ?

Mais je pense que si quelque chose peut-être fait, il faudrait se rapprocher de la société camerounaise de gastro-entérologie, moi ce serait d’avis, qu’on participe à cette réunion-là, en terme de prévention de cancers digestifs parce que nous sommes tout à fait au fait de ce cancer. La preuve, si on arrive à sortir un ouvrage, ça veut dire qu’on le sait et c’est un autre moyen de faire passer notre message, donc je serai particulièrement d’accord de faire ça, mais je crois qu’il faut voir ça avec le nouveau président de la Société Camerounaise de gastro-entérologie qui est le Pr Ankouane Andoulo.

Professeur, où alors trouver cet ouvrage, pour ceux qui ont besoin et qui sont dans d’autres villes que Douala ?

Alors les ouvrages pour l’instant sont disponibles dans mon centre médical, qui est le centre médical des Capucines qui se trouve à l’avenue des palmiers à Douala, il y a également un magasin à Douala qui se trouve à Akwa en face de Sépol et de la boulangerie. Et à Yaoundé, il en a au centre médical de la cathédrale chez madame…, je crois qu’il en a également dans le service de gastro-entérologie de l’hôpital général de Yaoundé. À Yaoundé, il y a également au marché central, dans un magasin qui s’appelle Rayon Vert qui fait des produits naturels, je crois qu’ils ont quelques livres, également.

Cet ouvrage est accessible à toutes les couches ?

Ah oui, nous avons estimé que le prix minimum sera 20.000 f, c’est accessible par rapport au contenu et au message qu’il y a dedans. Je pense que c’est un prix tout à fait raisonnable pour un ouvrage de ce niveau-là.

Pour terminer, quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées dans la rédaction de cet ouvrage ?

Ah ben, je n’ai rencontré aucune difficulté. Puisque ce sont des sujets qu’on maîtrise parfaitement, les difficultés, si on peut dire, c’est certainement de trouver le dossier des malades les plus significatifs pour y corriger et publier dans la première partie. Si le reste, c’est du travail quotidien, c’est-à-dire, quels sont nos avis sur la médecine traditionnelle. Est-ce qu’il y a des choses dedans qui peuvent guérir le cancer ? Est-ce qu’on peut lancer la maladie ?

Qu’est-ce qu’il faut faire pour prévenir tout ça, nous connaissons ça quotidiennement. Puisque ce sont des conseils que nous donnons aux malades régulièrement. Donc en fait il n’y a pas eu de difficultés et puis il y a eu des amis comme le professeur Ndam et le professeur Mouelle qui ont accepté de participer à certaines parties de livre comme la préface et la postface et je crois qu’à partir de ce moment-là, puis il y a des amis qui nous ont aidé à relire, faire de la lecture plusieurs fois pour essayer d’éviter les fautes d’orthographe et tout ça quoi. Donc on peut dire qu’il n’y a pas eu de grande difficulté.

L’ouvrage est dédié à qui ?

Alors l’ouvrage est dédié aux principaux amis et à ma famille, bien sûr, et puis il y a une dédicace particulière à feue maman Fonning Françoise, qui est quand même la maman qui a eu la première idée de me pousser à écrire un livre parce qu’elle me disait toujours : Mon fils écrit un livre, tu viens, je vais signer. Donc je pense que j’ai pensé à elle, en sortant ce livre, en disant que c’est elle qui m’a mise cette idée dans la tête et j’ai vu qu’on a gagné sur certains cas de cancers. J’ai dit : c’est l’occasion où ne jamais de commencer par cela. Avant de penser peut-être à faire un ouvrage ultérieurement qui sera beaucoup plus autobiographique. Je pense que je vais envisager cela.

Propos recueillis par Elvis Serge NSAA

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