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Kinésithérapie au Cameroun :  Entre méconnaissance du public et urgence d’une structuration

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Essentielle de la prévention à la réhabilitation post-traumatique, la profession souffre d’un déficit démographique aigu et de l’absence d’un cadre régulateur national.

Au Centre médical militaire de l’EMAT de Yaoundé, les couloirs du service de rééducation ne désemplissent pas. Entre un jeune accidenté qui réapprend péniblement à marcher et une dame victime d’un accident vasculaire cérébral en quête de mobilité, le rôle du service de kinésithérapie est mobilisé. Pourtant, sur l’ensemble du territoire camerounais, cette discipline fondamentale du système de santé demeure méconnue du grand public, sous-exploitée par le corps médical et confrontée à une précarité structurelle particulièrement alarmante.

Une prise en charge globale, curative et préventive

Selon le chef de service de kinésithérapie du CMM de l’EMAT, Luc Njiki, appliquer la kinésithérapie sur un patient repose sur une démarche scientifique et humaine rigoureuse. Le praticien commence par dresser un bilan diagnostic masso-kinésithérapeutique complet avant de mettre en œuvre des soins adaptés. Ces interventions combinent des techniques manuelles ciblées, telles que les massages

thérapeutiques et la mobilisation articulaire, à des exercices de rééducation motrice guidés et à l’utilisation d’agents physiques comme l’électrothérapie ou la thermothérapie pour soulager la douleur et restaurer le mouvement.

Contrairement à une idée reçue largement répandue, d’après Léon Doba, kinésithérapeute, il ne faut absolument pas attendre qu’une maladie ou une blessure grave survienne pour recourir aux services d’un kinésithérapeute. « Son champ d’action est éminemment préventif et permet de corriger les mauvaises postures professionnelles, d’éviter les traumatismes sportifs ou encore de retarder les effets de la sénescence articulaire. Quand la pathologie survient, son rôle s’étend de la phase aiguë en milieu hospitalier pour éviter les complications d’alitement, jusqu’à la phase de réhabilitation post-traumatique et l’accompagnement des douleurs chroniques comme les rhumatismes ou les affections respiratoires au long cours », argumente Léon Doba.

Un déficit démographique béant

Selon les estimations actualisées des associations professionnelles du secteur, le Cameroun compte aujourd’hui moins de 500 kinésithérapeutes qualifiés pour une population estimée à plus de 28 millions d’habitants. Ce chiffre dérisoire traduit une carence criante qui place le pays bien au-dessous des normes préconisées par l’Organisation mondiale de la Santé, laquelle recommande au minimum un spécialiste pour 1 000 à 2 000 habitants. Pour aggraver cette situation déjà critique, la grande majorité de ces rares praticiens est concentrée dans les métropoles économiques et politiques que sont Douala et Yaoundé, abandonnant les populations des zones périurbaines et rurales à un désert médical quasi absolu en matière de soins fonctionnels.

Absence de recrutement public : des conséquences dramatiques

La fonction publique camerounaise n’organise que très rarement des concours d’intégration pour cette catégorie de professionnels de santé, laissant ainsi des promotions entières de diplômés d’État sur le carreau. L’absence d’affectation systématique de ces spécialistes dans les hôpitaux publics génère des dégâts majeurs sur la chaîne de soins. Les services postopératoires et de traumatologie se trouvent rapidement engorgés, ce qui augmente le risque de séquelles motrices définitives chez les patients non suivis. De plus, cette carence d’offre publique contraint les malades à se tourner vers des structures privées aux coûts prohibitifs pour la majorité des ménages, tout en incitant les meilleurs talents diplômés à l’exode vers l’étranger ou à une reconversion forcée loin de leur vocation initiale.

Charlatanisme et absence d’ordre : les tares d’une profession livrée à elle-même

La tare principale qui mine l’exercice de ce métier au Cameroun réside dans

l’absence d’un Ordre national des kinésithérapeutes habilité à réguler la profession. En l’absence de cadre juridique protecteur et de contrôle rigoureux, le secteur est devenu le terrain de jeu privilégié du charlatanisme. Des masseurs improvisés, des tradipraticiens et de faux techniciens squattent le domaine médical et dispensent des manipulations dangereuses qui provoquent fréquemment des paralysies aggravées ou des entorses mal soignées irréversibles. Ce fléau est amplifié par l’insuffisance des plateaux techniques dans des formations sanitaires existantes, la sous-tarification chronique des actes rééducatifs et le manque de sensibilisation d’une partie du corps médical généraliste qui tarde encore à orienter à temps les patients vers une prise en charge kinésithérapique adaptée.

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Junior NTEPPE KASSI, 33 ans, est un journaliste scientifique camerounais au Groupe Échos Santé. Spécialiste de la médecine du sport, il met sa passion au service de l'information médicale de pointe.

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