Face aux témoignages de harcèlement sexuel en milieu professionnel, le ministre de la Santé publique, le Dr Manaouda Malachie, a choisi la fermeté : toute dénonciation prouvée entraînera le licenciement immédiat ou la saisine du conseil de discipline.
Réuni en assemblée générale avec les personnels de ses programmes et projets stratégiques, le ministre de la Santé publique, le Dr Manaouda Malachie, a choisi la fermeté
« Pour moi, ça sera une faute lourde. Si j’ai des preuves d’un harcèlement sexuel, si c’est quelqu’un qui a un contrat, je résilie son contrat tout de suite. Si c’est un fonctionnaire, je l’envoie directement au conseil de discipline. » Ces mots, prononcés sans ambages par le Dr Manaouda Malachie, ministre de la Santé publique, ont électrisé l’assemblée générale tenue le mercredi 3 juin 2026 au Centre de Coordination des Opérations d’Urgences de Santé Publique (CCOUSP) à Yaoundé. À l’issue d’une visite de terrain dans plusieurs structures stratégiques – Comité national de lutte contre le sida, programme national de lutte contre le paludisme, Unité de coordination des subventions du Fonds mondial, programme élargi de vaccination et programme national de lutte contre la tuberculose – le ministre a convoqué responsables et personnels à un véritable « conseil de famille ». L’objectif affiché : échanger sur les conditions de travail, les difficultés rencontrées et les moyens de renforcer la performance collective.
Dans un climat d’échange franc et direct, plusieurs frustrations ont été exprimées : manque de considération, besoin de valorisation des compétences, cadre de travail à améliorer. Mais c’est sur la question du harcèlement sexuel que le ton est monté d’un cran. « Il n’est pas normal qu’on pourrisse la vie à quelqu’un qui vient produire un résultat ». Le ministre n’a pas mâché ses mots : « Il me revient qu’il y a beaucoup, beaucoup de harcèlement sexuel dans vos programmes. J’ai demandé au DIGC de nous préparer un texte pour rappeler que c’est une infraction. » Il a ensuite dénoncé les pratiques
insidieuses : « Ceux qui sont des champions des messages éphémères, des trucs qui se passent rapidement, c’est leur chance. Mais je dis encore une fois : si j’ai des preuves, je sévis. » Et d’ajouter, avec une solennité rare : « Il n’est pas normal que pour nous, on pourrisse la vie ou le climat à quelqu’un qui est venu produire un résultat. Et des fois, ce sont des femmes mariées, ce sont des hommes mariés. J’ai entendu qu’il y a aussi des femmes qui harcèlent les hommes. »
Un vide juridique relatif, mais une incrimination possible
Si le Cameroun ne dispose pas encore de loi spécifique sur les violences basées sur le genre, le Code pénal, en son article 302-1, incrimine clairement le harcèlement sexuel : « Quiconque, usant de l’autorité que lui confère sa position, harcèle autrui en donnant des ordres, proférant des menaces, imposant des contraintes ou exerçant des pressions dans le but d’obtenir des faveurs de nature sexuelle » est passible de six mois à un an d’emprisonnement et d’une amende de 100 000 à un million de francs CFA. Les peines sont alourdies à trois ou cinq ans si la victime est mineure ou si l’auteur est préposé à son éducation. Pourtant, les spécialistes le soulignent : la matérialisation incomplète de l’infraction réduit la marge d’identification des auteurs. Le droit du travail, lui, ne contient aucune disposition spécifique sur la prévention du harcèlement sexuel. Une lacune que dénoncent plusieurs voix.
« Vous devez faire votre travail, et les chefs doivent faire le leur »
Le ministre a conclu par un appel à la responsabilité collective : « Vous devez faire ce travail, vous avez accepté de le faire, il faut que vous soyez au travail. Et les différents chefs de section administratifs et financiers qui gèrent les ressources humaines doivent faire leur travail. » Une mise en demeure claire. Et un signal fort adressé à l’ensemble de l’administration camerounaise : le harcèlement sexuel ne restera plus impuni.














