Cette initiative introduit la moxidectine pour éliminer durablement l’onchocercose (cécité des rivières) dans les foyers persistants de la région du Centre au Cameroun (Bafia, Ebebda, Ntui), marquant un espoir salutaire pour la santé des populations.

Cette session a permis au participant d’être édifiés sur le projet.
Le mardi 9 juin 2026 s’est tenue au siège de l’Institut Supérieur de Recherche Scientifique et Médicale (ISM), au quartier Fouda à Yaoundé, la réunion de lancement officiel du projet ÉMINENCE. C’était en présence du Secrétaire permanent du Programme National de Lutte contre l’Oncocercose, Dr Théophile Mistral Mpaba Minkat, du Président du Conseil d’Administration de l’ISM, Dr Adrian Hopkins, du Directeur Général de l’ISM, Joseph Kamgno et de plusieurs autres invités de marque. Pr Portée par un consortium international de premier plan sous la direction scientifique du professeur Joseph Kamgno, cette initiative financée par l’Union européenne via le programme EDCTP3 (intégré à Horizon Europe) marque un tournant historique dans la lutte contre l’onchocercose, communément appelée « cécité des rivières ». Pour les millions de Camerounais vivant sous la menace de cette maladie tropicale négligée, l’espoir renaît de voir enfin ce fléau s’éteindre.
Une menace persistante pour les populations rurales
L’onchocercose est une pathologie dévastatrice causée par un ver parasite, Onchocerca volvulus, transmis à l’homme par la piqûre de simulies (mouches noires) qui pullulent près des cours d’eau rapides. Les larves injectées migrent sous la peau, forment des nodules et libèrent des millions de microfilaires. Le calvaire commence alors pour les populations : démangeaisons chroniques insupportables, vieillissement prématuré de la peau, dépigmentation sévère (dite « peau de léopard ») et, à terme, des lésions oculaires irréversibles menant à la cécité.
Au Cameroun, malgré plus de vingt ans de distribution communautaire annuelle d’ivermectine (Mectizan), la transmission persiste de manière alarmante dans plusieurs « foyers chauds », notamment dans les vallées du Mbam et de la Sanaga, englobant les districts de santé de Bafia, Ntui et Ebebda. L’ivermectine, bien qu’efficace pour tuer les microfilaires, ne parvient pas à éliminer les vers adultes qui continuent de se reproduire dans l’organisme pendant 10 à 15 ans. C’est là que le projet ÉMINENCE intervient pour briser définitivement ce cycle.
La moxidectine : l’arme absolue pour couper la transmission
La grande révolution de ce projet repose sur l’introduction d’une molécule novatrice : la moxidectine Autorisée par la FDA américaine (en 2018 pour les adultes et adolescents, puis étendue aux enfants en février 2025), la moxidectine démontre une puissance thérapeutique nettement supérieure à l’ancien standard de soins. Elle élimine les microfilaires de manière beaucoup plus rapide et complète, tout en maintenant une suppression durable de la charge parasitaire dans le corps.
Le projet ÉMINENCE va déployer un essai communautaire de phase IIIb sur trois districts clés (Bafia, Ntui et Ebebda) afin de comparer l’impact épidémiologique d’une distribution annuelle ou biannuelle de Moxidectine face au protocole à l’Ivermectine. L’objectif ultime est de valider la capacité de ce nouveau traitement à interrompre totalement la transmission du parasite. De plus, le projet évaluera rigoureusement la sécurité de la molécule chez les personnes co-infectées par le ver Loa loa, une étape cruciale pour un déploiement massif et sécurisé dans toute l’Afrique centrale.
Un impact direct et vital pour la communauté
L’importance de ce projet pour la population est colossale. L’éradication de la cécité des rivières signifie préserver la vue des jeunes et des adultes, maintenir la force de travail agricole dans les zones rurales entourant le fleuve Sanaga, et alléger le fardeau socio-économique qui pèse sur les familles.
Pour réussir, le projet s’appuiera sur l’engagement direct des populations à travers
le Traitement de Masse dirigé par la Communauté (CDTM). Les distributeurs de médicaments locaux, formés et issus des villages mêmes, iront au plus près des habitants. L’événement a servi de tribune aux initiateurs du projet pour lancer un appel vibrant à la mobilisation générale, exhortant chaque citoyen des zones cibles à participer massivement aux campagnes et à prendre scrupuleusement le traitement.
Soutenu par un consortium d’élite réunissant l’IRD (France), l’ISM (Cameroun), l’Imperial College London (Royaume-Uni), la Fondation congolaise pour la recherche médicale (FCRM) et MDGH (Australie), l’ISM confirme sa place de leader subsaharien dans la recherche médicale. Le combat est lancé, et avec ÉMINENCE, la fin de la cécité des rivières est désormais à portée de main.
Réactions
« Ce médicament va contribuer à l’interruption de la transmission de la maladie »
Pr. Joseph Kamgno, directeur général de l’ISM.

« L’innovation que nous avons avec ce projet, c’est ce nouveau médicament que nous avons appelé la moxidectine, qui est un médicament, comme vous l’avez vu, beaucoup plus efficace et avec un effet beaucoup plus prolongé dans le corps et qui permettra, nous l’espérons donc, de contribuer à l’élimination de l’oncocercose parce qu’avec un seul traitement, au bout d’un an et demi, on n’a toujours pas de microfilaires sous la peau et donc ça va avoir un impact significatif sur la transmission de la maladie. Alors, 20 ans après le début de la lutte contre la maladie, on a toujours des foyers endémiques et même très endémiques, comme vous l’avez suivi avec les évaluations de ces derniers mois, nous avons des
communautés où on a encore jusqu’à 60 % de prévalence et cela est dû à plusieurs causes.
L’une des causes, c’est qu’il y a des populations qui ne prennent pas le médicament et c’est pour ça qu’avec le ministère de la Santé, il le dira lui-même, nous invitons toutes les populations, là où on distribue le mectizan pour lutter contre l’oncocercose, que les populations prennent ce médicament qui va contribuer à l’interruption de la transmission de la maladie. Et il y a des zones également où la transmission est très forte, où il y a beaucoup de simulis et qui contribuent également à transmettre la maladie. Et donc, nous avons développé au sein de cette institution, l’ISM, des stratégies également de lutte anti-vectorielle. Donc, toutes ces mesures mises ensemble, nous espérons que d’ici quelques années, nous pourrons réellement éliminer l’oncocercose de notre pays. Les étapes, c’est d’abord les enquêtes parasitologiques pour faire l’état des lieux, où est-ce que nous en sommes en termes de prévalence. Et ce mercredi, nous serons avec son excellence, monsieur le ministre de la Santé publique, qui va administrer les premiers comprimés de moxidectine dans l’aire de santé de Bokito, dans le district de santé de Bafia.
Et après cela, nous allons entamer la distribution de masse de ce médicament en même temps que la distribution de masse de livermectine dans le cadre du TIDC, auquel nous invitons encore toutes les populations. Et après cela, nous aurons des évaluations intermédiaires au bout de 3 ans et au bout de 5 ans pour voir quelle est l’efficacité réelle en copulation de ce médicament. Parce qu’au niveau individuel, nous avons pu apprécier son effet. Maintenant, en traitement de masse, on voudrait apprécier l’effet en traitement de masse et aussi son effet sur les vers adultes, c’est-à-dire les onchocercoses, qui sont dans les nodules onchocerciens et qu’on appelle localement à Bafia les bitituiti ».
« C’est une satisfaction pour nous d’accompagner ce projet »
Dr Théophile Mistral Mpaba Minkat, Secrétaire Permanent du Programme national de lutte contre l’Oncocercose.

« C’est une satisfaction pour nous d’accompagner ce projet qui est un projet qui pourra apporter des évidences supplémentaires pour contribuer à accélérer l’élimination de l’onchocercose au Cameroun, comme vous avez suivi.
L’oncocercose, c’est une maladie tropicale négligée qui a eu un fort impact dans nos communautés, que ce soit à cause de sa cécité irréversible qu’elle a induite, ainsi que des dommages cutanés en termes d’oncodermatite et même des troubles neurologiques comme l’épilepsie associée à l’oncocercose. Et pourquoi pas même dans d’autres couches vulnérables comme chez les enfants, on a observé l’onanisme lié à l’oncocercose. C’est dit quand même que c’est une pathologie à prendre au sérieux.
Et toute initiative de recherche qui pourra contribuer à accélérer son élimination reste pour nous une trouvaille, reste pour nous un chef-d’œuvre que le Ministère de la Santé publique tient à cœur. Et ici, il faut remercier également notre ministre de la Santé, Son Excellence Manaouda Malachie, qui, depuis plus de sept ans, apporte un coup de souffle nouveau à la lutte contre l’oncocercose de manière globale, parce qu’on peut le constater, bien qu’aujourd’hui il y en ait encore des hotspots, comme le courseur l’a signifié, avec des prévalences atteignant les 60 %. Nous avons également des succès, parce qu’à côté de là, nous avons environ 20 % des districts qui ont déjà des séroprévalences en dessous de 2 %, chose qui peut déjà présager des enquêtes épidémiologiques pouvant conduire à des arrêts de traitement en faveur déjà des objectifs attendus de l’OMS.
Donc, c’est dit quand même que le pays avance en droite ligne avec les attaques de l’OMS. Dans le cadre du projet Éminence, qui cible principalement le district de Bafia et ses environs, en l’occurrence Bafia, Ntui et Ebebda, il faut dire que toutes les communautés, toutes les populations impliquées devront bénéficier de la mort sélective, qui, vous l’avez suivi, apporte une certaine innovation.
C’est sa longue durée d’action qui présage déjà de corriger l’impact lié à la nécessité d’une logistique robuste. Donc, c’est dit quand même que si on a une nouvelle molécule qui peut aider les populations à être protégées pendant 12 mois sans qu’on ait encore à renouveler, pour nous c’est vraiment une très bonne chose. Donc, c’est dit quand même que toutes les communautés de Bafia, Ebebda et Ntui bénéficieront de ces actions.
Mais, il faut rappeler de façon globale au niveau national, environ 10 millions de Camerounais bénéficient des traitements de masse. Et maintenant, à côté de là, vous verrez que nous allons apporter une innovation avec la mort sélective. Donc, c’est dit quand même que ce sont des activités communautaires qui, à la base, mobilisent la communauté et, en fait, partent de la communauté. Comme on nous l’avait dit, environ 39 000 distributeurs communautaires se donnent à cœur et en
bénévoles pour pouvoir accompagner le ministère de la Santé dans la distribution du médicament sur toute l’étendue du territoire ».















