Trois journalistes d’exception ont été sacrés ce mercredi 15 juillet 2026 au Centre de Coordination des Opérations d’Urgence de Santé Publique (CCOUSP) de Yaoundé pour leur engagement remarquable contre la tuberculose multirésistante (TB-MR).
Dans l’antre feutrée de la salle du Centre de Coordination des Opérations d’Urgence de Santé Publique (CCOUSP) au Ministère de la Santé Publique, l’émotion a disputé la vedette à la rigueur journalistique ce mercredi 15 juillet 2026. Entre larmes contenues, plaidoyers poignants des familles et engagement solennel des lauréats, la cérémonie de remise des récompenses du concours « Prix Médias » s’est muée en un puissant cri de ralliement contre l’indifférence et la stigmatisation qui entourent encore la tuberculose multirésistante (TB-MR) au Cameroun. Retour sur un moment de grâce où la communication s’est mise au service de la vie. La tuberculose demeure, aujourd’hui encore, un problème majeur et préoccupant de santé publique sur l’ensemble du territoire camerounais. Malgré les efforts constants déployés par le Ministère de la Santé Publique et ses partenaires, la sensibilisation des populations se heurte encore trop souvent à un mur de désinformation et de peur. C’est particulièrement vrai pour les formes multirésistantes de la maladie, qui constituent un défi thérapeutique et social titanesque. C’est précisément pour briser cette barrière de l’ignorance que l’ONG FIS Cameroun (For Impacts in Social Health), en étroite collaboration avec le Programme National de Lutte contre la Tuberculose (PNLT) et l’association TB People Cameroon, a initié ce concours d’excellence.
Pour départager les candidats, un jury d’experts pluridisciplinaire a été constitué afin de garantir la rigueur scientifique et journalistique des évaluations : Président du jury : M. Clavère Nken, Chef de la Cellule de Communication (CELCOM) du Ministère de la Santé Publique (MINSANTÉ). Vice-présidente : Mme Annick Nga,
Chargée de Communication au Programme National de Lutte contre la Tuberculose (PNLT). Membre : Dr Danielle Makondi, Chef de l’unité Tuberculose Multirésistante (TB-MR) au PNLT. Membre : Leticia de Bilong, Responsable de la Communication à l’ONG FIS Cameroun. La sélection a été particulièrement difficile pour ce comité. Sur près de cinquante productions rigoureusement analysées, seules vingt ont franchi le premier filtre, pour finalement laisser six médias finalistes dans le carré d’as : Echos-santé, Info-santé Plus, Santé Nature Info, Radio-Racines, Direct Info et la CRTV Télévision. Cette forte participation témoigne de l’intérêt croissant et indispensable des professionnels des médias pour les questions de santé publique.
L’émotion brute des lauréats : quand le journalisme devient un sacerdoce
La proclamation des résultats a donné lieu à des moments d’une rare intensité dramatique, révélant que derrière chaque reportage se cache une aventure humaine et parfois une blessure personnelle. En troisième position, Chantal Yaodam de Radio Racines a été récompensée pour un travail radiophonique d’une sensibilité remarquable. Émue, elle a tenu à rendre hommage à ceux qui l’ont guidée sur cette voie. Au moment de recevoir son trophée, la journaliste n’a pu retenir ses larmes, livrant un témoignage d’une sincérité désarmante. C’est extrêmement difficile de prendre la parole après de tels témoignages. La tuberculose n’est pas qu’un sujet de reportage pour moi ; je l’ai vécue dans ma propre chair et au sein de ma famille. En voyant l’appel à candidature, j’ai voulu raconter une histoire vraie. Je voulais prêter ma voix à ceux qui souffrent en silence, à ceux qui attendent simplement que quelqu’un parle à leur cœur. La deuxième place est revenue à Daniel Anicet Mvoto Ndi, représentant le journal écrit « Santé, Nature, Info ». Avec la gravité qui caractérise les grands reporters, il a rappelé l’urgence d’une information thérapeutique claire et accessible.
Ce prix est un appel direct à l’action. Le rôle d’un journaliste de santé est de lever le voile sur les non-dits et de détruire les préjugés. Nous devons inlassablement répéter aux populations que la prise en charge de la tuberculose est totalement gratuite au Cameroun, qu’elle se guérit et qu’un malade n’est pas un paria mais une personne à soutenir. Le clou de la cérémonie fut sans conteste le sacre de Léa Mawede Moukeka de la CRTV Télévision. Son reportage, que certains membres du jury pensaient initialement classique, a bouleversé l’assistance par la force de son engagement et la profondeur de son traitement visuel. Ma passion pour cette cause est née en 2023, lorsque j’ai commencé à porter le micro pour l’ONG FIS Cameroun. C’est grâce à leur accompagnement et aux outils qu’ils m’ont fournis que j’ai décidé de faire de la tuberculose mon champ de bataille prioritaire. Ce prix m’encourage à éduquer sans relâche et à poursuivre ce combat essentiel contre la stigmatisation des malades.
One Impact : le cri de détresse des enfants et des familles
Au-delà des distinctions corporatistes, la cérémonie a été marquée par le plaidoyer poignant de Joséphine Manefoue, Présidente du Conseil d’administration de TB
People Cameroon. Grâce au système de suivi communautaire One Impact, son organisation recueille les plaintes et les cris de détresse des patients les plus vulnérables. Son discours, prononcé devant les autorités, a mis en lumière une réalité souvent occultée : la double peine de la maladie et de la pauvreté. Nous rencontrons au quotidien des enfants atteints de formes rares de tuberculose. Certains se retrouvent paralysés, d’autres ont besoin d’examens lourds comme des ponctions lombaires, des radiographies ou des chirurgies complexes. Certes, le traitement antituberculeux est gratuit, mais ces soins annexes indispensables à leur survie restent excessivement coûteux. Pour ces familles démunies, chaque examen reporté est une chance de guérison qui s’envole. Nous demandons qu’aucun enfant ne meure de la tuberculose à cause de la pauvreté. Ce plaidoyer a trouvé un écho direct dans le témoignage d’une mère de famille présente dans la salle. Son enfant, paralysé par les complications de la maladie, a pu trouver un début de salut grâce à la prise en charge spécialisée de la Fondation Chantal Biya. Sa voix tremblante a rappelé à quel point le parcours thérapeutique ressemble à un chemin de croix pour les parents, tout en plaidant pour un renforcement des plateaux techniques et une aide financière accrue pour les examens d’accompagnement. En associant la plume, le micro et l’engagement communautaire, cette édition 2026 du Prix Médias aura amplement réussi son pari. Elle a prouvé que face à la détresse médicale, le journalisme ne peut se contenter d’être un miroir froid de la réalité ; il doit devenir un acteur majeur de la guérison collective et un rempart contre l’exclusion.















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