Le Centre National de Transfusion Sanguine (CNTS) présente les données actualisées sur la collecte de sang au Cameroun. Les statistiques de fin 2024 indiquent 165 708 poches collectées, marquant une augmentation de plus de 60 % par rapport aux 103 359 poches de 2019. Cette progression permet de couvrir 41 % des besoins nationaux en sang. La Journée mondiale du donneur de sang se célèbre le 14 juin.
À l’occasion de la Journée mondiale du donneur de sang 2025, le Centre National de Transfusion Sanguine (CNTS) a fait le point sur les avancées significatives enregistrées ces dernières années dans la mobilisation et la sécurisation des dons de sang au Cameroun. Une progression saluée par la Directrice générale du CNTS, le Pr Dora Shu Mbanya, qui voit dans cette dynamique une véritable révolution sanitaire.
« Donner du sang, donner de l’espoir : ensemble, nous sauvons des vies ». C’est autour de ce thème que s’est tenue à Yaoundé le lancement de la Journée mondiale du donneur de sang. Face à la presse le 5 juin dernier, le Directeur général du Centre national de transfusion sanguine a dressé un état des lieux des efforts déployés dans le pays pour renforcer l’accès équitable au sang sécurisé, un besoin vital pour le système de santé camerounais.
Des chiffres…
Le Cameroun a besoin d’environ 400 000 poches de sang par an pour répondre à la demande nationale. En 2019, avant la création du CNTS, seulement 103 359 poches avaient été collectées, dont 10 177 provenant de donneurs volontaires. À la fin de 2024, le nombre de poches collectées s’élève à 165 708, soit une hausse de plus de 60 %, avec 44 266 donneurs volontaires recensés cette même année.
En 2023, 158 481 poches avaient été collectées, ce qui signifie qu’en 2024, une augmentation de 4,55 % a été enregistrée. Cela permet de couvrir 41 % des besoins nationaux, contre 25 % il y a seulement quelques années.
Les régions septentrionales, longtemps perçues comme réticentes en raison de croyances culturelles, montrent également une évolution encourageante. « En 2019, elles avaient collecté un peu plus de 17 000 poches. À fin 2024, la région de l’Extrême-Nord seule a collecté 19 225 poches, le Nord 12 143, et l’Adamaoua 13 685, témoignant d’un changement de mentalités grâce aux efforts de sensibilisation. » a indiqué le Pr Dora Shu Mbanya.
Des défis structurels toujours présents
Malgré ces avancées, plusieurs obstacles demeurent : Un déficit chronique en poches de sang : le Cameroun reste loin des 400 000 poches nécessaires, avec un taux de couverture de 41 %, ce qui expose de nombreux patients à des situations critiques.
Une participation limitée à l’assurance qualité : seule une minorité de banques de sang participe aux programmes d’évaluation externe de la qualité, compromettant la fiabilité du produit transfusé dans certains cas.
Un manque d’équipements essentiels : 42 % des structures visitées ne disposent pas d’hémoglobinomètres, 48 % ne sont pas dotées de chaînes d’analyse efficaces.
Des ressources humaines insuffisantes : le CNTS opère avec un personnel limité, même s’il dispose de représentants dans les dix régions. Le besoin de formation est urgent, en particulier dans les zones enclavées.
La persistance de tabous et idées reçues : malgré les progrès, des croyances négatives sur le don de sang freinent encore l’engagement de certaines communautés.
Un changement structurel et stratégique
Le CNTS, seul opérateur de services de transfusion sanguine au Cameroun, est désormais un acteur central dans l’organisation du système national. Il a mis en œuvre 108 campagnes de sensibilisation à travers le pays, organisé 72 collectes de sang et touché plus d’un million de personnes en 2024 par contact direct, en plus des efforts en ligne et via les médias.
Des actions ciblées ont été menées dans des lieux stratégiques comme les écoles, universités, marchés, églises, hôpitaux, administrations ou encore au sein d’institutions telles que l’École nationale d’administration et de magistrature (ENAM), la Société nationale d’investissement (SNI), l’Institut des relations internationales du Cameroun (IRIC), ou le ministère de la Jeunesse.
Une couverture nationale progressive
Le CNTS s’appuie sur des représentants régionaux actifs dans les 10 régions du pays, qui travaillent en coordination avec les hôpitaux et les banques de sang pour mener des causeries éducatives et des actions communautaires. Un numéro vert est en cours de développement pour répondre aux urgences. En attendant, des groupes WhatsApp sont utilisés pour répondre aux demandes urgentes.
Un plan de déploiement soutenu par le ministère de la Santé a permis la visite de 59 banques de sang à travers six régions afin d’améliorer leurs capacités. Parmi les résultats : 98 % des banques visitées avaient des locaux propres, 86 % étaient en bon état structurel, 58 % disposaient d’hémoglobinomètres et 52 % avaient des chaînes d’analyse en place.
Vers une sécurité optimale des produits sanguins
L’acquisition d’équipements pour la collecte, le traitement et le transport du sang est en cours, tout comme la mise en place d’un laboratoire de sécurité sanguine prévu cette année. Un centre d’impression de poches de sang propre au CNTS est également en voie d’opérationnalisation.
Le CNTS s’est doté d’un plan stratégique 2025-2030, fondé sur cinq piliers : gouvernance renforcée du système de transfusion sanguine, promotion des dons volontaires non rémunérés, production de sang sûr et utilisation rationnelle, renforcement de la gestion de la qualité, et développement d’un sous-système d’information transfusionnelle.
« Cette stratégie vise à bâtir un système intégré, efficace, durable, conforme aux standards de l’OMS et à la stratégie sectorielle du ministère de la Santé. »
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Des partenariats pour renforcer l’impact
Le CNTS travaille avec de nombreux partenaires, dont l’OMS, l’UNFPA, des ambassades, et la Banque islamique de développement. Un projet phare mené avec Expertise France et financé à hauteur de 550 000 euros par l’ambassade de France prévoit de former 50 techniciens, avec une approche en cascade pouvant toucher 500 agents dans les régions du Centre et du Nord.
Le recensement des associations de donneurs et des ONG de santé à travers les dix régions a permis de construire un plan d’opération pour le renforcement des capacités de la société civile.
Au terme de sa déclaration, le directeur général du Centre national de transfusion sanguine s’est exprimée en ces mots : « J’invite chaque citoyen éligible à donner son sang régulièrement, non pas seulement en situation d’urgence, mais comme un acte citoyen, éthique et solidaire. »
Mireille Siapje















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