Ce 19 juin 2025, dans le cadre des “Mercredis de Pasteur”, le Groupe d’Étude de la Drépanocytose du Cameroun, en partenariat avec le Centre Pasteur du Cameroun, a organisé une conférence-débat intitulée « Drépanocytose en milieu sociétal et familial : enjeux et défis ».
L’événement a invité à une réflexion approfondie sur les dimensions psychosociales et familiales souvent négligées de cette maladie.
Lors de cette conférence, le Dr Suzanne Belinga, Secrétaire Générale du GEDREPACAM, a mis en lumière les avancées significatives en matière de dépistage et de traitement de la drépanocytose au Cameroun.
En cette Journée Mondiale de la Drépanocytose, le souvenir de Fouapon Mouchili Assan a résonné comme un rappel poignant des vies fauchées trop tôt. Décédé à 21 ans en novembre 2008 des complications d’une transfusion sanguine, Fouapon était un étudiant brillant en Lettres Modernes Bilingues, aspirant journaliste. Son histoire est celle d’un combat acharné contre la douleur et les préjugés, qui, malheureusement, se sont soldés par une fin tragique.
Néanmoins, l’espoir demeure grâce à des figures comme le Professeur Thierry Dong et le Dr Medouga, tous deux drépanocytaires ayant réussi à briser les chaînes de la maladie pour accomplir des carrières respectables et fonder des familles. Le Professeur Thierry Dong a d’ailleurs partagé son témoignage inspirant dans le cadre des “Mercredis de Pasteur”. En effet, le Groupe d’Étude de la Drépanocytose du Cameroun (GEDREPACAM), en partenariat avec le Centre Pasteur du Cameroun, a organisé une conférence-débat intitulée « Drépanocytose en milieu sociétal et familial : enjeux et défis ». C’était ce 19 juin 2025, à l’occasion de la célébration de la lutte contre la drépanocytose. La rencontre a réuni un parterre d’experts de la santé mentale et des sciences sociales, aux côtés de professionnels de la santé, de chercheurs et de membres de la société civile. L’objectif principal était d’offrir un espace d’échange interdisciplinaire afin de mieux cerner les dimensions sociales et psychologiques de la drépanocytose au Cameroun.
Perspectives culturelles et scientifiques sur la drépanocytose
Plusieurs intervenants de renom ont partagé leurs expertises. Le Dr Bingono Bingono, anthropologue, a éclairé l’assemblée sur les réalités vécues par les personnes drépanocytaires à travers le prisme des “négro-cultures”. Selon lui, “les infections, les pathologies, les négro-cultures, sont une question de rupture de lois. On a rompu une loi divine, alors on peut tomber malade et mourir. On a rompu une loi de la nature, on peut tomber malade et mourir. On a rompu une loi sociale, on peut tomber malade et mourir. Ça veut dire que quelque part, il y a toujours un petit degré de responsabilité, de culpabilité chez le malade.” En ce qui concerne la drépanocytose, le Dr Bingono Bingono a souligné que la “négro-culture” africaine attribue l’une de ses origines les plus patentes à une rupture des liens de parenté, c’est-à-dire “une rencontre de sang à l’occasion d’une rencontre sexuelle”. Il a ajouté que “l’autre origine qu’on lui soupçonne chez le négro-africain, c’est des ruptures de lois alimentaires chez la jeune femme qui porte un fœtus”. Néanmoins, il a également reconnu que cette perspective culturelle rejoint parfois les découvertes scientifiques, notamment concernant la consanguinité et les maladies génétiques. Le Professeur Thierry Dong, psychiatre, a également apporté son expertise, renforçant l’éclairage sur les aspects psychologiques de la maladie. Le Dr Yannick Emah Manda, Sous-Directeur de la lutte contre les maladies non transmissibles, a quant à lui apporté un éclairage institutionnel sur les efforts du ministère de la Santé. La modération, cruciale pour la fluidité des échanges, a été assurée avec brio par le Dr Suzanne Belinga et M. Ondoa Alfred.
Sensibiliser pour une meilleure prise en charge
Pour le Dr Suzanne Belinga, Secrétaire Générale du GEDREPACAM et médecin biologiste, cette journée est d’une importance capitale. Elle a insisté sur la nécessité de “changer de regard sur les malades, changer cette perception du malade qui ne va pas vivre longtemps, de cet enfant qui va mourir très jeune, car c’est démontré maintenant qu’avec une bonne prise en charge, les personnes drépanocytaires vivent une vie normale, atteignent l’âge adulte, travaillent, se marient et ont des enfants.” En termes d’avancées, le Dr Belinga a rappelé que “ça fait déjà près de 10 ans qu’on fait le dépistage néonatal de la drépanocytose au niveau du groupe d’études de la drépanocytose du Cameroun. Ce dépistage néonatal a permis de connaître la prévalence de la maladie à la naissance. On sait actuellement que 15% des enfants qui naissent ont le trait drépanocytaire, et que 0,8% des enfants qui naissent souffrent du syndrome drépanocytaire majeur.” Elle a également mentionné l’élaboration, l’année dernière, du plan national stratégique de lutte contre la drépanocytose avec le ministère de la Santé publique. Malgré les avancées en matière de traitement, comme l’hydroxyurée, leur coût reste un défi majeur, rendant “ces traitements non utiles pour la plupart des Camerounais, parce qu’ils sont trop coûteux.” L’enjeu est donc d’évaluer et d’améliorer le diagnostic, qui reste concentré à Douala, Yaoundé et quelques grandes villes.
Gérer la maladie au quotidien : Conseils et espoirs
Le Pr Ngo Sack Françoise Fidèle, hématologue à l’Hôpital Central de Yaoundé, a détaillé les stratégies de prise en charge et de prévention. “Pour bien gérer la drépanocytose, il est essentiel de bien connaître sa maladie”, a-t-elle affirmé, expliquant que les patients reçoivent “les 10 règles d’or pour mieux vivre avec” afin d’espacer les crises et de reconnaître les signes avant-coureurs. Concernant la gestion des crises, elle a insisté sur l’importance de la prise en charge à domicile : “Dès les premiers symptômes, il est crucial d’agir rapidement : prendre un antidouleur de niveau 1 ou 2, boire beaucoup d’eau pour fluidifier le sang, et rester au chaud pour favoriser la circulation sanguine.” Cependant, elle a averti que “si les antalgiques de niveau 2 ne soulagent pas la douleur, il est impératif de se rendre à l’hôpital. Les antalgiques de niveau 3, comme la morphine, nécessitent une surveillance médicale stricte par un personnel qualifié.”
En matière de prévention des complications, le Pr Ngo Sack a rappelé des règles essentielles : “Éviter les changements brusques de température, s’hydrater très régulièrement, éviter les efforts physiques intenses et gérer le stress.” Elle a également souligné l’importance de “porter des vêtements amples, ainsi que d’être à jour de ses vaccinations” et de “respecter scrupuleusement les rendez-vous médicaux et le suivi hospitalier.”
Le Dr Gaston Effa, hématologue à l’Hôpital Laquintinie de Douala, a quant à lui souligné l’importance d’un diagnostic précoce, citant comme premières manifestations chez l’enfant “une pâleur et un jaunissement de la peau et des yeux, des infections à répétition, et des douleurs intenses et récurrentes”, telles que le syndrome main-pied ou des douleurs abdominales atroces. Il a confirmé que si la greffe de moelle osseuse, un traitement potentiellement curatif, n’est pas encore disponible au Cameroun, “on peut prendre en charge efficacement les patients drépanocytaires avec l’initiation d’un traitement appelé hydroxyurée”, qui réduit la fréquence et la gravité des crises.
Cette conférence ne marque pas seulement une étape importante dans la compréhension de la drépanocytose au Cameroun. En effet, elle contribue surtout à renforcer les bases d’un plaidoyer élargi pour une approche humaine, solidaire et interdisciplinaire de cette maladie, confirmant l’engagement continu des acteurs concernés à faire évoluer les mentalités et les pratiques. Les résultats attendus sont multiples : une meilleure compréhension des enjeux sociaux et familiaux, la valorisation des initiatives du GEDREPACAM et du Centre Pasteur, et une visibilité accrue pour les messages clés de sensibilisation autour de la stigmatisation et du soutien psychologique.
Elvis Serge NSAA















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