La santé mentale reste un sujet tabou au Cameroun, et particulièrement dans la région de l’Ouest où traditions, croyances et stigmatisation continuent de peser sur les malades. Pourtant, les troubles psychiques progressent, touchant toutes les couches sociales, avec une prévalence inquiétante chez les jeunes. Mais peu de malades osent demander de l’aide.
Dépression, anxiété, stress post-traumatique ou encore consommation abusive de drogues : les cas se multiplient dans les quartiers urbains comme dans les villages. Mais rares sont ceux qui osent parler de leur mal-être. Dans l’imaginaire collectif, toute maladie mentale est vite assimilée à la folie, à la sorcellerie ou à une malédiction, poussant les familles à cacher leurs proches plutôt qu’à chercher de l’aide médicale. À Bafoussam, Stéphane, 26 ans, raconte : « Après avoir perdu mon emploi, je n’arrivais plus à dormir ni à manger. J’ai sombré dans la consommation d’alcool pour oublier. Mes amis me disaient que j’étais juste faible. C’est seulement quand un médecin m’a parlé de dépression que j’ai compris ce qui m’arrivait. »
Le chômage élevé, les pressions sociales et familiales, la pauvreté ou encore les violences domestiques sont des déclencheurs majeurs. Beaucoup de jeunes se tournent vers le tramadol, le cannabis ou l’alcool local pour “se donner du courage”, aggravant leur état. Dans certains villages, des adolescents abandonnent l’école sous l’effet de la dépendance. Une infirmière en psychiatrie de l’hôpital régional de Bafoussam témoigne : « Nous recevons fréquemment des jeunes accros au tramadol ou au cannabis. Certains arrivent en crise, accompagnés par leurs parents désespérés. Le problème, c’est que la majorité vient très tard, quand la dépendance est déjà installée. »
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Malgré l’ampleur du phénomène, la région de l’Ouest ne dispose que de quelques unités psychiatriques, souvent débordées. Les médicaments sont chers, et les spécialistes rares. Beaucoup de malades sont confiés à des tradipraticiens ou abandonnés dans des centres de prière, où ils subissent parfois des mauvais traitements. La santé mentale dans la région de l’Ouest Cameroun n’est plus une question secondaire : c’est une urgence sanitaire et sociale. Tant que les malades resteront stigmatisés et invisibles, la situation continuera de se dégrader. Investir dans la prévention, la prise en charge et l’écoute est essentiel pour éviter que toute une génération ne s’enfonce dans le silence et la souffrance.
Adèle BITGA
« Ecouter sans juger, est le premier pas vers une prise en charge réussie des problèmes psychologiques.»

Dr NCHANKOU TATEPONG André Merlin, pourquoi cette recudescencede troubles mentaux chez les jeunes ?
Plusieurs facteurs convergent souvent simultanément et expliquent l’augmentation des cas observés chez les adolescents et jeunes adultes. On peut citer des facteurs socio-économiques (pauvreté, chômage des jeunes, insécurité alimentaire etc…), l’exposition aux conflits, violences et traumatismes, les ruptures familiales et les dynamiques relationnelles (abandon, maltraitance, séparation parentale, ou modèles familiaux dysfonctionnels accroissent la vulnérabilité psychologique), les Changements rapides (urbanisation, réseaux sociaux, pression scolaire/professionnelle), le manque d’accès aux soins et la stigmatisation (peu de services sont adaptés aux jeunes, faible détection en soins primaires, accumulation non traitée de cas qui finissent par se présenter plus gravement, enfin la faible offre de soins amplifie l’impression d’augmentation.
Existe-t-il un lien entre addictions et troubles mentaux ? À quel niveau se situe t-il ?
Oui, plusieurs relations bidirectionnelles et mécanismes expliquent l’imbrication entre addictions et troubles mentaux :
L’auto-médication : certains jeunes consomment alcool, cannabis, stimulants ou autres pour tenter de réduire l’anxiété, les pensées dépressives ou les souvenirs traumatiques. ce comportement entretient et aggrave souvent le trouble initial.
L’effet primaire des substances : l’usage chronique, surtout à l’adolescence, peut provoquer ou précipiter des symptômes psychotiques, dépressifs ou anxieux (neurobiologie et perturbation du développement).
Les facteurs de risque partagés : pauvreté, maltraitance, pairs consommateurs, disponibilité des substances, déscolarisation. Ces facteurs augmentent à la fois le risque d’addiction et de troubles mentaux.
Dr NCHANKOU TATEPONG André Merlin, quelles solutions préconisz-vous ?
Nous proposons des solutions pragmatiques et à plusieurs niveaux à savoir : la prévention primaire (Programmes de prévention en milieu scolaire (compétences psychosociales, information sur les substances psychotropes, détection précoce). Le renforcement des compétences parentales sur la communication, la gestion du stress, et la surveillance bienveillante. Les actions socio-économiques ciblées telles que faciliter l’accès à la formation professionnelle, emplois pour jeunes, activités structurées (loisirs, clubs afin de réduire le temps libre non supervisé et vulnérabilité. Des Politiques de régulation et de surveillance doivent êre implémentées. Ainsi, Renforcer la réglementation sur la vente/le trafic local de substances, mais en parallèle développer l’offre de traitement pour éviter la répression seule,, organiser la collecte de données régulières sur la prévalence des troubles mentaux et usage de substances) pour guider interventions — plusieurs études récentes au Cameroun montrent l’utilité. En definitive, pour réduire la stigmatisation et encourager la recherche d’aide, il convient de stimuler les leaders religieux/communautaires à appuyer l’accès aux soins par la diffusion des Campagnes locales (radio, écoles, autoritésregigieuses et chefs de communauté.
Propos recueillis par Adèle BITGA















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