Face à l’évolution préoccupante de l’épidémie de choléra dans la région de l’Extrême-Nord, les autorités administratives et les partenaires humanitaires ont tenu, jeudi 23 juillet 2026 à Maroua, une importante réunion de coordination présidée par le représentant du gouverneur, l’Inspecteur général des services régionaux, Mamoudou Maoundé. Les travaux ont permis de faire le point de la situation épidémiologique, d’évaluer les interventions en cours et de définir de nouvelles orientations pour renforcer la riposte.
La salle de conférences des Services du gouverneur de la région de l’Extrême-Nord a servi de cadre, jeudi 23 juillet 2026, à une réunion de coordination consacrée à la lutte contre le choléra. Présidée par Mamoudou Maoundé, Inspecteur général des services régionaux, représentant le gouverneur, cette rencontre a réuni les responsables des administrations publiques, les responsables sanitaires, ainsi que l’ensemble des partenaires techniques et humanitaires engagés dans la réponse à cette urgence de santé publique. L’objectif était d’évaluer la situation épidémiologique de la région, de dresser le bilan des interventions déjà menées et de renforcer la coordination entre tous les acteurs.
Dans son propos introductif, le représentant du gouverneur a rappelé que la progression de l’épidémie exige une mobilisation permanente de tous les intervenants. Il a insisté sur la nécessité d’une meilleure synergie entre les services de l’État, les collectivités territoriales, les organisations internationales et les organisations non gouvernementales afin de freiner la propagation de la maladie. Il a également invité chaque partenaire à poursuivre les efforts sur le terrain tout en
renforçant les actions de prévention auprès des populations.
Au cours de la présentation de la situation épidémiologique, Dr Céline Maïrousgou, médecin généraliste et responsable en charge des épidémies à la Délégation régionale de la Santé publique de l’Extrême-Nord, a indiqué que 585 cas de choléra ont été notifiés à ce jour, pour 19 décès enregistrés. Selon elle, les départements actuellement touchés sont le Logone-et-Chari, le Diamaré et le Mayo-Sava, où les équipes de santé poursuivent les investigations, la surveillance et la prise en charge des malades.
Les données présentées au cours de la réunion montrent que sept districts de santé sont désormais en épidémie confirmée, couvrant 17 aires de santé. Il s’agit des districts de Mada, Makary, Kousseri, Fotokol, Kolofata, Mora et Maroua 1er. Les aires de santé concernées comprennent notamment Bargaram, Hilé-Alifa, Darak et Makar pour Mada ; Biamo, Ngouma, Amchilga et Bodo pour Makary ; Pagui et Madana pour Kousseri ; Fotokol et Sagmé pour Fotokol ; Amchidé, Tolkomari, Kolofata II et Limani pour Kolofata ; Mora pour le district du même nom, ainsi que Domayo II dans le district de Maroua 1er. Le district de Maroua 3, précisément l’aire de santé de Dougoi, demeure en situation d’épidémie suspecte et fait l’objet d’une surveillance renforcée.
Les différents partenaires ont ensuite présenté leurs contributions respectives à la riposte. Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) apporte un appui logistique important, notamment à travers le transport des intrants médicaux vers les districts affectés. L’organisation a également mis à disposition des kits de prise en charge et du matériel de riposte dans les districts de Makary, Mada et Kolofata, facilitant ainsi les interventions des équipes sanitaires.
Pour sa part, l’UNICEF a annoncé avoir déjà prépositionné trois kits communautaires de prise en charge du choléra (AWD Community Kit Drug) dans les districts de Mada, Makary et Fotokol. Ces kits permettent de prendre en charge jusqu’à 300 cas modérés directement au niveau communautaire. Quinze autres kits sont actuellement en cours d’acheminement vers la région de l’Extrême-Nord afin de renforcer davantage les capacités d’intervention. L’agence des Nations unies poursuit également ses activités de sensibilisation communautaire à travers deux organisations locales intervenant dans le département du Logone-et-Chari.
L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) assure la coordination du secteur santé et apporte un accompagnement technique à la Délégation régionale de la Santé publique ainsi qu’aux districts de santé. Son intervention porte sur la surveillance épidémiologique, les investigations de terrain, le renforcement des capacités des
personnels de santé et des agents de santé communautaires, ainsi que la fourniture d’intrants essentiels tels que les sels de réhydratation orale, les pulvérisateurs, les gants, les équipements de protection et divers matériels de riposte. Trois kits complets supplémentaires, pouvant couvrir environ 1 500 patients, sont attendus dans les prochains jours.
L’International Medical Corps (IMC) et le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) poursuivent également leurs interventions au camp de réfugiés de Minawao. Leur action porte sur l’élaboration du plan de contingence contre le choléra, le renforcement de la surveillance communautaire, les activités de communication sur les risques et l’éducation des populations. Un kit complet de riposte y est déjà prépositionné afin de répondre rapidement à toute éventuelle flambée épidémique.
Au terme des échanges, les participants ont réaffirmé leur volonté de maintenir une étroite collaboration pour contenir l’épidémie et éviter son extension à d’autres localités de la région. Les autorités administratives ont invité les populations à adopter les mesures d’hygiène recommandées, notamment le lavage régulier des mains, la consommation d’eau potable, l’assainissement du cadre de vie et le recours immédiat aux structures de santé en cas de diarrhée aiguë ou de vomissements.
Face à une épidémie qui continue d’évoluer dans plusieurs districts, les autorités régionales misent sur une coordination renforcée, une réponse rapide et l’engagement de tous les partenaires pour limiter les pertes en vies humaines et protéger durablement les populations de l’Extrême-Nord.
INTERVIEW
Délégué Régional des Transports pour l’Extrême-nord

Quelle est la contribution de la délégation régionale des transports dans la lutte contre le choléra dans la région de l’extrême-nord ?
Il y a près d’un mois, le ministre de la Santé publique a présidé, à la Délégation régionale de la Santé publique de l’Extrême-Nord, une réunion de coordination placée sous l’autorité du gouverneur de la région. L’une des principales recommandations issues de cette rencontre est que le ministère des Transports, à travers ses services déconcentrés, accompagne le ministère de la Santé publique dans la lutte contre l’épidémie de choléra qui sévit dans la région.
À cet effet, une vaste campagne de sensibilisation a été lancée pour la période allant du 25 juin au 30 septembre. Nos équipes effectuent des descentes régulières dans les agences de voyage afin de sensibiliser les promoteurs, les transporteurs et les usagers sur les mesures d’hygiène et de salubrité.
Nous insistons notamment sur l’entretien des latrines, qui doivent être nettoyées plusieurs fois par jour avec de l’eau de Javel ou tout autre désinfectant approprié. Nous sensibilisons également les commerçants installés dans les enceintes des agences afin qu’ils ne vendent pas des aliments exposés à l’air libre ou dans des conditions d’hygiène précaires.
Par ailleurs, nous demandons aux responsables des agences d’éliminer les eaux stagnantes, particulièrement fréquentes pendant la saison des pluies, en aménageant les espaces avec du sable ou d’autres matériaux adaptés. Nous les encourageons aussi à renforcer la surveillance des lieux afin de lutter contre les actes d’incivisme, notamment les cas de défécation et d’urine à l’air libre, qui favorisent la propagation des maladies hydriques comme le choléra.
Nous accordons également une attention particulière aux véhicules de transport. Après chaque voyage, ils doivent être soigneusement nettoyés et désinfectés, surtout lorsqu’un passager a vomi durant le trajet. Il est indispensable d’offrir aux nouveaux voyageurs un environnement propre et sain.
Enfin, nous veillons aux conditions de transport des marchandises, notamment les denrées alimentaires. Elles ne doivent pas être déposées directement au sol lors du chargement ou du déchargement, afin d’éviter toute contamination.
Question : des sanctions sont-elles prévues contre les agences qui ne respectent pas ces mesures ?
Les sanctions sont clairement prévues. L’ouverture d’une agence de voyage est soumise au respect d’un certain nombre d’exigences, parmi lesquelles la disponibilité de points d’eau potable et de latrines fonctionnelles.
Lorsqu’une agence ne respecte plus ces obligations, nous en référons à notre hiérarchie et les procédures pouvant conduire à la fermeture de l’établissement sont engagées. Nous accompagnerons ainsi les mesures prises par le ministère de la Santé publique afin de protéger les populations contre la propagation du choléra.
Question : quelles difficultés rencontrez-vous dans la mise en œuvre de cette campagne de sensibilisation ?
Les difficultés sont nombreuses. Certains promoteurs d’agences refusent de collaborer avec les équipes de contrôle ou dissimulent des informations administratives lorsqu’ils ne sont pas en règle. Il arrive également que certaines agences exercent dans des lieux différents de ceux autorisés par leur agrément, ce qui constitue une infraction.
Sur le terrain, nous faisons aussi face à des situations où des véhicules déjà chargés présentent des défaillances techniques importantes, notamment des pneumatiques usés. Dans ce cas, nous exigeons le débarquement des passagers jusqu’à la réparation du véhicule. Malheureusement, certains responsables tentent parfois d’influencer les agents de contrôle ou refusent d’obtempérer, ce qui nous oblige à solliciter l’appui des forces de maintien de l’ordre.
Les usagers eux-mêmes ne comprennent pas toujours ces mesures. Beaucoup expriment leur mécontentement parce qu’ils souhaitent partir rapidement, sans réaliser que notre priorité demeure leur sécurité.
Nous observons également des comportements inciviques, comme l’abandon de déchets alimentaires dans les agences ou le non-respect des règles de transport des
bagages. Toutes ces pratiques compliquent notre travail et constituent de véritables obstacles à la réussite de cette campagne de prévention.
Notre objectif reste de préserver la santé publique et de garantir des conditions de transport sûres et conformes aux normes en vigueur.













