Colomine : 40 % des consultations médicales concernent des maladies liées à l’activité minière

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Les pathologies recensées par le corps médical sont entre autres, les maladies hydriques, les infections et les maladies sexuellement transmissibles (IST/MST), nourries par la promiscuité et la pauvreté.

Alors que la pandémie de la COVID-19 continue de sévir au Cameroun, la pilule pourrait être dure à avaler pour les populations de Colomine, qui sont exposées aux maladies liées à l’activité minière. Leur état de santé préoccupe les Organisations de la Société Civile (OSC), qui constatent que l’exploitation minière au Cameroun est menée au détriment du développement local. « Ils lavent leurs produits avec le mercure ». « Beaucoup de personnes tombent malades ici à cause de la qualité d’eau qui a été contaminée au mercure », s’indigne David Darman, 1er notable de la chefferie traditionnelle Gbaya. D’après lui, les populations du village Colomine souffrent de la dysenterie amibienne, paludisme, typhoïdes… etc. « Nous observons que dans toutes les zones minières du pays, c’est la pauvreté qui suit, c’est la faim et de nombreuses maladies qui sévissent, c’est l’éducation qui meurt, parce que toute la famille est dans le trou », affirme Sa Majesté Symphorien Haïto, chef de 3e degré de ma communauté de Gbaya de Colomine.

À Colomine, les populations sont exposées à de nombreuses maladies. Corine N., une infirmière dans un centre de santé du coin, s’est aussitôt sentie « interpellée » dès sa prise de service, en constatant que quelque 40 % des consultations concernent des maladies liées à l’activité minière. « Nous avons des maladies respiratoires ; car, en creusant la terre, ils inhalent la poussière, ce qui provoque des maladies au niveau de leurs poumons ». Ensuite, il y a des accidents dus aux éboulements », signale-t-elle. Les poussières ainsi rejetées ont des influences néfastes sur l’organisme humain. En effet, quatre malades sur dix souffrent de maladies pulmonaires (la pneumonie, la bronchite, l’asthme, la tuberculose et la rhinobronchite).

Ces infections sont dues à l’absorption des plus fines particules des poussières qui pénètrent dans les alvéoles pulmonaires. Notons que, par le passé, ces maladies apparaissaient surtout en saison sèche, alors que, de nos jours, on note une véritable endémie, toutes saisons confondues. L’accroissement considérable du nombre de malades respiratoires est étroitement lié à l’exploitation minière. Les poussières émises par les carrières nuisent au vécu quotidien des populations riveraines. Leur peau blanchit à cause de dépôts de poudre de calcaire. Ils ont du mal à faire la sieste à l’ombre des arbres et à y prendre des repas communautaires.

En effet, le vent dépose la poudre de calcaire sur les nattes étalées, sur les plats de nourriture et les réserves d’aliments. L’incidence quotidienne de la pollution de l’air est donc réelle. L’infirmière pointe aussi du doigt les infections et maladies sexuellement transmissibles (IST/MST), nourries par la promiscuité et la pauvreté : « Les femmes qui sont dans ces chantiers sont amenées, pour répondre aux besoins sexuels des travailleurs, à céder aux avances et à accepter l’argent que les hommes leur donnent. »

Or, la plupart d’entre eux ne se protègent pas », fustige l’infirmière. « Les maladies d’origine hydrique et les infections sexuellement transmissibles (IST) sont très répandues et le nombre d’infections a considérablement augmenté au cours des cinq dernières années ». Celle de l’eau n’est pas non plus négligeable. La pollution chimique des eaux souterraines et les méfaits gastro-entériques. L’analyse des caractéristiques chimiques des eaux de Colomine révèle que les nappes phréatiques sont chargées d’acide carbonique à plus de 250 mg/l.

Pourtant, au regard de la loi, les entreprises qui exploitent les ressources minières sont censées verser à l’État des redevances et payer divers impôts qui doivent, entre autres, servir à l’amélioration du cadre de vie dans les zones impactées. Le Cadre d’appui et de promotion de l’artisanat minier (CAPAM) a même été créé en 2003 pour assurer le suivi des activités minières et prélever ces parts de l’État dans les recettes des exploitants.

Dans un document analysant le nouveau code minier, un enseignant de droit précise que d’après une répartition en vigueur depuis 2014, 25 % des taxes et de la valeur ajoutée sont destinées à la compensation des populations affectées par cette activité. C’est pourtant la voie nécessaire pour que le secteur minier puisse contribuer à la protection des écosystèmes et à l’amélioration du cadre de vie des populations actuelles et futures, dans une vision partagée de la protection de la nature et du développement durable.

Elvis Serge NSAA, de retour de Colomine

Sa Majesté Garga Alim

« Environ 400 mille maisons ont déjà reçu les croix de saint André à Colomine »

Selon le chef de la communauté musulmane de Colomine, c’est à l’issue d’une réunion avec l’ancien préfet et une équipe venue de Yaoundé, que les autorités locales ont décidé d’apposer les croix de saint André sur les maisons. Ils disent qu’ils vont déguerpir les populations de Colomine pour exploiter l’or.

Sa Majesté, pourquoi est-ce qu’à Colomine, les croix de saint André sont sur les murs de certaines maisons ? Est-ce que les habitants de Colomine seront déguerpis ?

Quand vous comprenez qu’il y a une petite mine ici, et que les gens disent qu’ils vont venir détruire le village, sachez que quand les gens vont arriver ici pour détruire le village, il y aura un soulèvement populaire ici. Les populations ne vont pas accepter. La maison du chef de la communauté musulmane de Colomine coûte au moins 30 millions. Et dans ce village, il y a également plus de 100 maisons comme ça. Ils vont faire comment pour dédommager toutes ces personnes-là. Le chef par exemple, on lui propose entre 1 et 2 millions pour une maison pour laquelle il a dépensé 30 millions ! Il va prendre ça comment ? Il est obligé de refuser. Cette affaire de déguerpissement des populations du village

Est-ce que nous pouvons avoir un chiffre exact sur le nombre de maisons à Colomine à laquelle les croix de saint André ont été apposées ?

Quand on dit qu’il y a de l’or partout, c’est le filon. Mais le village que vous voyez-là n’a pas beaucoup d’années. Les gens veulent investir ici, mais ils ont peur qu’on vienne détruire leur maison pour creuser l’or. Nous avons appris que les Chinois ne sont plus là, et que maintenant, il y a un groupe de personnes qui travaillent qu’on appelle « bateau ».

Est-ce que cette information est vraie ?

Les Chinois sont effectivement partis, et sur les rives du fleuve Kadey, il y a plusieurs étrangers qui se sont installés. Ces étrangers viennent de Bertoua, Betaré-Oya… Ce sont eux qui travaillent là-bas.

Est-ce que les riverains qui travaillent dans les compagnies d’exploitation avec les Chinois sont bien rémunérés ?

Ces travailleurs touchent entre 50 et 80 mille FCFA. Les populations autochtones ne profitent en rien. Même leurs maisons, ils les ont faites en matériaux provisoires et après, ils ont tout détruit avant de partir. Les populations ne profitent pas de la présence Chinoise ici.

Quelles sont les conséquences de la déviation du cours d’eau de la Kadey par les Chinois dans votre village ?

Tous les êtres aquatiques qui vivaient dans la Kadey sont morts. Les Chinois utilisent des produits chimiques pour laver l’or. Après l’avoir exploité, ils ont tout abandonné et sont partis. Actuellement, ce sont les gens de « bateau » qui ont recommencé à le faire. Les populations souffrent beaucoup ici. Nous avons trop de problèmes, les maladies (typhoïde, paludisme…).

Certaines sources parlent de la transmission des maladies vénériennes. Est-ce que cette information est vraie ?

Il y a des cas de VIH/sida ici, mais je ne connais pas le pourcentage.

Interview réalisée par Elvis Serge NSAA

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