Grâce à une alliance stratégique et budgétaire entre l’Hôpital Central de Yaoundé et le Ministère des Affaires Sociales, le triptyque « urgence, indigence et gratuité » est devenu une réalité concrète. Pour la seule année 2025, ce partenariat a permis la prise en charge intégrale et immédiate de 156 patients indigents, libérés des barrières financières pour leurs chirurgies, scanners et examens vitaux.
S’il existe bien un lieu où la vulnérabilité universelle se met à nu, c’est entre les murs d’un hôpital. Pourtant, au cœur de la capitale camerounaise, la maladie ne rime plus systématiquement avec la barrière financière ou l’abandon pour les plus démunis. La clôture de la 9ᵉ édition de la Semaine de la Solidarité Nationale et de l’Entrepreneuriat Social a servi de tribune pour mettre en lumière une transformation systémique majeure de notre modèle d’assistance. Ce grand rendez-vous de l’action sociale s’affirme désormais comme un tournant décisif dans la vaste réforme engagée par le gouvernement pour pérenniser les filets sociaux et bâtir un système de protection universel, adaptatif et sensible aux chocs. Au cœur de cette dynamique, l’alliance opérationnelle entre le Ministère des Affaires Sociales (MINAS) et les infrastructures hospitalières publiques dessine enfin les contours d’une inclusion sociale et économique effective.
Historiquement ancrée, la collaboration au sein de la plus grande formation
sanitaire de la ville franchit un palier structurel inédit. Le Directeur de l’Hôpital Central de Yaoundé, le Pr Pierre Ongolo Zogo, rappelle avec gravité que depuis des dizaines d’années, le Ministère des Affaires Sociales est présent au sein de l’établissement à travers un service d’action sociale spécialisé. Loin d’être un simple détachement administratif, cette synergie quotidienne permet de lier intimement deux missions fondamentales : soigner et protéger.
La grande révolution de ce modèle repose sur la mutualisation concrète et chiffrée des ressources publiques. L’inscription d’une ligne budgétaire propre au MINAS, directement allouée au service d’action sociale de l’Hôpital Central, a radicalement changé la donne thérapeutique au lit du malade. Grâce à cette enveloppe, une tarification clinique rigoureuse a été mise en place pour déterminer précisément les coûts par pathologie et par journée de séjour, permettant de soigner les patients sans les renvoyer systématiquement vers la caisse avant toute intervention.
Les données chiffrées de cette politique de solidarité témoignent d’un impact direct et massif sur le terrain. Durant la seule année 2025, ce sont précisément 156 personnes indigentes qui ont été totalement prises en charge grâce à ce soutien financier permanent. Ce chiffre remarquable de 156 bénéficiaires représente des centaines de journées d’hospitalisation accumulées, des actes de chirurgie lourde, un accès direct au scanner et des bilans biologiques complexes réalisés dans l’urgence, sans attendre qu’une tierce personne ou une quête familiale ne réagisse. Pour sanctuariser cette gouvernance, une commission d’indigence se réunit chaque semaine à l’hôpital où des travailleurs sociaux, des infirmiers et des professeurs de médecine statuent collégialement sur l’orientation des fonds.
Cet effort rigoureux produit un effet vertueux inattendu, agissant comme un véritable aimant pour la philanthropie citoyenne. Le directeur de l’hôpital cite l’exemple récent de donateurs anonymes venus déposer la somme de 800 000 francs CFA pour abonder le fonds social, garantissant ainsi qu’une césarienne urgente ne soit plus jamais retardée pour des questions d’argent. Les retombées se mesurent sur la réduction des abandons de soins, le retour plus rapide des familles à domicile, la baisse de l’errance médicale et une meilleure gestion des stocks de médicaments.
Se tournant vers l’avenir du Programme de Solidarité Nationale, conçu comme un plan unifié pour l’autonomisation des catégories vulnérables, le Pr Pierre Ongolo Zogo appelle à une modernisation technologique rapide. Pour accélérer les procédures, le haut responsable sollicite la mise en place d’un fichier digitalisé et partagé des personnes vulnérables. Cette base de données moderne permettra d’éliminer les délais entourant les enquêtes sociales lors des urgences vitales, tout en barrant la route aux tentatives de fraude de personnes aisées cherchant à capturer les ressources dédiées aux plus pauvres. L’accès universel aux soins se construit ainsi pas à pas à Yaoundé, transformant la solidarité textuelle en un acte quotidiennement vécu.












