À l’occasion de la Journée mondiale sans tabac, l’agence onusienne exhorte les États à interdire la production et la vente de produits du tabac et à base de nicotine contenant des arômes.
Menthol, chewing-gum, barbe à papa… les arômes ajoutés aux cigarettes, sachets de nicotine, pipes à eau, chichas et cigarettes électroniques les rendent plus attrayants, au détriment de leur dangerosité réelle. Un vendeur ambulant de cigarettes, stupéfait par la demande, témoigne. « Il y a tout genre d’arômes maintenant : fraise, chocolat, menthe… Du coup, je ne ressens plus l’arrière-goût du tabac. Si je fumais même un paquet par jour, maintenant je peux aller au-delà. »
Cependant, derrière ces saveurs plaisantes se cache une réalité toxique. La composition exacte de ces additifs et solvants est souvent méconnue, rendant l’évaluation des risques particulièrement difficile. Une fois chauffés, ces arômes dégagent des substances nocives telles que l’aldéhyde et le formaldéhyde, augmentant considérablement les risques de maladies pulmonaires graves, potentiellement mortelles. Face aux quelque 8 millions de décès liés au tabac chaque année, l’OMS estime qu’il est temps d’agir contre ces arômes et les industries du tabac, qui « n’ont aucune place dans le monde sain de demain ».
Une menace directe pour les efforts de santé publique
Ces saveurs artificielles ne se contentent pas de rendre le tabac plus attrayant ; elles accentuent la dépendance des consommateurs. En réduisant la sensation d’irritation et en masquant le goût âcre du tabac, elles facilitent les premières expérimentations, particulièrement chez les jeunes novices. Par conséquent, cela rend l’arrêt de la consommation beaucoup plus ardu, ce qui aggrave à la fois le taux de consommation et le nombre total de consommateurs.
L’OMS considère qu’il est plus qu’urgent d’interdire ces arômes à l’échelle mondiale. Le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS, a déclaré lors de la Journée mondiale sans tabac le 30 mai 2025. « Les arômes alimentent une nouvelle vague d’addiction et doivent être interdits. Ils compromettent les décennies de progrès accomplis dans la lutte antitabac. En l’absence d’une action résolue, l’épidémie mondiale de tabagisme, qui tue déjà quelque 8 millions de personnes chaque année, se poursuivra sous l’effet de cette dépendance agrémentée de saveurs séduisantes. »
Cette position de l’OMS est en parfaite adéquation avec les revendications de la Coalition camerounaise contre le tabac (C3T). Cette organisation non gouvernementale plaide activement auprès des pouvoirs publics camerounais pour l’interdiction des arômes dans les produits du tabac. L’objectif est double : contrer la séduction des jeunes par ces produits et permettre aux organismes de lutte contre le tabagisme d’obtenir des résultats plus efficaces dans leur combat sans relâche.
La consommation de tabac au Cameroun représente un enjeu de santé publique majeur, en constante progression, surtout au sein de la jeunesse. Selon les données du Plan d’action national de lutte contre le tabagisme, la prévalence de l’exposition au tabac atteint près de 37 % de la population. Ce phénomène est particulièrement alarmant en milieu scolaire, où 44 % des élèves ont déjà essayé le tabac, et 5 % l’ont fait avant l’âge de 7 ans. Cette tendance se confirme dans le milieu universitaire, où 60 % des fumeurs ont environ 20 ans, et 15 % ont moins de 15 ans. Or, il est scientifiquement établi que plus un fumeur commence tôt, plus le risque de dépendance à vie est élevé, compromettant ainsi son avenir.
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Des conséquences dévastatrices sur la santé reproductive
Le tabagisme a des répercussions graves, en particulier sur la santé des femmes. Il est directement lié à un risque accru d’infertilité, rendant les femmes plus vulnérables aux infections des organes de reproduction. De plus, fumer pendant la grossesse peut entraîner de nombreux accidents obstétricaux, tels que des accouchements prématurés, des avortements spontanés et des décès fœtaux et périnataux. Une relation de cause à effet a également été démontrée entre le tabagisme maternel et le faible poids de naissance de l’enfant.
L’OMS remet ainsi “l’arme” législative aux gouvernements du monde entier pour qu’ils puissent réduire au silence cette pratique dangereuse et sauver la vie de la jeunesse, fer de lance de la nation.
Audray NDENGUE Sgt














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