Caroline DJIDJOU « Mon quotidien, ce sont les enfants à besoin spécifiques. A EDUCARE, le suivi est spécifique et adapté au handicap de chaque enfant »

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Elle est Psychopédagogue et éducatrice spécialisée, Responsable du Centre EDUCARE, Bafoussam.

Quelles sont les motivations qui vous ont poussé à créer EDUCARE ?

Après 11 années passées à l’éducation de base comme enseignante, j’ai longtemps été confrontée aux enfants à besoins spécifiques dans les salles de classe sans très bien parvenir à les comprendre parce qu’ils étaient différents. Alors que je préparais ma Licence en psychologie, un cours sur le comportement a été introduit et dans ce cours les troubles de comportement avaient été évoqués et j’ai posé la question au professeur qui m’a expliqué du mieux qu’il pouvait. Après ma licence donc, je m’inscris en Master Psychopédagogie et c’est là que nous parlons effectivement de l’éducation spéciale. Pendant les cours je me rendais compte que les situations décrites étaient semblables aux comportements affichés par certains élèves. Je me suis alors rapprochée de mon professeur pour savoir s’il y avait une branche qui s’occupe spécifiquement de ce type d’enfants, et il m’a répondu par l’affirmative et m’a orienté.

Après obtention de mon Master je tombe sur une ONG, dans mes recherches, qui forme en Education spéciale à Amnesty International. Je m’inscris donc et poursuis une formation en Education spécialisée. C’est après la fin de cette formation que je mets EDUCARE sur pied et en 2021, le centre EDUCARE Bafoussam débute ses activités.

Parlez-nous un peu du fonctionnement d’EDUCARE ?

Nous fonctionnons en système externe, exactement comme le système scolaire normal c’est-à-dire de 7h30 à 13h30. Vu que le degré de fatigabilité des enfants est élevé, nous sommes dans l’obligation de les libérer un peu plus tôt. Il est à noter que nous suivons le programme de la maternelle. Nos pensionnaires sont des enfants dont l’âge varie entre 7 et 35 ans, mais dont le QI est comparable à celui des enfants de moins de 6 ans ; bien que certains se démarquent. Actuellement, nous avons un effectif de 23 pensionnaires, tout sexe et âge confondu pour seulement 3 personnels (1 Psychopédagogue – Educatrice spécialisée, 1 Enseignante, 1 personnel d’appui). La majeure partie des pensionnaires que nous avons sont pour la plupart des enfants qui étaient cachés dans les familles et nous avons convaincu les parents de les faire sortir. Dans ces cas, ils sont complètement à notre charge (gouter, ration, scolarité).

 

Quelles sont les difficultés majeures rencontrées sur le terrain ?

Il se pose un véritable problème de manque d’éducateurs spécialisé et d’information. Dans la région de l’Ouest, l’éducation spécialisée est encore inexistante peut-être parce que l’aspect culturel est ancré dans les consciences, ce qui pousse les uns et les autres à attribuer ces troubles de comportement ou ces malformations congénitales au mystique ou à la sorcellerie.

L’autre difficulté est financière. En effet, l’encadrement des enfants à besoins spécifiques requiert beaucoup d’énergie et de sacrifices, mais le manque de financement auquel le centre est confronté ne permet pas d’embaucher autant de personnel qualifié que nécessaire. Et l’encadrement que nous offrons à ces enfants est presque gratuit. Les parents de ces enfants sujets aux troubles à spectre autistiques sont à majorité honteux de leurs enfants et démissionnaires de leur éducation.

Qu’est-ce qu’un enfant à besoin spécifique ?

Les enfants à besoin spécifique sont ceux-là qui ont une déficience physique, sensorielle, intellectuelle ou des troubles de comportement ; tels que les autistes, les trisomiques, les enfants avec une malformation congénitale (IMC) et les enfants qui ont des difficultés d’apprentissage. Bref, des enfants qui ont des troubles neurologiques.

Qu’est-ce que l’autisme ?

L’autisme est un concept qui regroupe une vingtaine de troubles du développement ayant pour caractéristiques : L’altération de la compréhension de soi et l’absence d’intérêt pour les autres, La non-compréhension du langage, la difficulté à formuler et à s’exprimer, des mouvements stéréotypés, des auto-stimulations de tout ordre.

L’autisme fait partie des Troubles Envahissants du Développement (T.E.D.). En fait, il est préférable de parler de trouble du spectre autistique, parce qu’il comporte beaucoup de troubles associés tels que la trisomie, la déficience intellectuelle, les troubles de comportement et les troubles de l’attention.

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Comment détecter qu’un enfant est atteint de trouble autistique ?

Généralement, le trouble du spectre autistique est inné, il n’est pas acquis lors du développement de l’enfant et ses symptômes sont particulièrement latents. Par exemple à 3mois d’âge, le bébé présente déjà des signes autistiques à savoir le renvoi systématique et abondant du lait (pas le rot) après tétée, à 6 mois d’âge celui-ci est incapable de tenir le sein ou la main de sa maman pendant la tétée les membres supérieurs restant ballants, incapables de fixer la maman des yeux lors de la tétée ou même de suivre les mouvements de son entourage des yeux. Il y a aussi une technique de dépistage que nous appelons « la technique de grand-mère », qui consiste à lancer le bébé en l’air et à le rattraper. Si le bébé ne sursaute pas en battant des bras, c’est un signe à prendre en compte. A 12 mois d’âge, le bébé n’émet toujours pas de babillage (babababa, dadada), il faut s’inquiéter. Rendu à 2 ans, l’enfant n’arrive pas à articuler des mots simples tels que mama, papa, ma…, l’autisme est déjà installé. A 3 ans, certains enfants commencent à répéter tout ce qu’il entend à longueur de journée. On peut parfois avoir affaire aux enfants qui ont parlé normalement mais à un moment donné ils arrêtent subitement de parler (cas vraiment rare). Il faut retenir que c’est généralement à 5 ans, quand l’enfant a des difficultés de langage, que la majorité des parents constatent que leurs enfants ont des problèmes alors que ces derniers ont présenté beaucoup de signes depuis la naissance qui n’ont malheureusement pas été pris en compte du fait de l’ignorance.

 

Peut-on guérir de l’autisme ?

NON. Vu que c’est un trouble neurologique, le dépister tôt permettra une prise en charge précoce, afin d’atténuer le trouble et permettre à l’enfant de vivre normalement dans la société comme tout autre enfant, bien que de temps à autres, le trouble pourrait refaire surface, mais les manifestations ne seront pas intenses. Il est important de signaler qu’il y a 3 degrés de manifestation des troubles du spectre autistique à savoir : léger, modéré et sévère.

Degré léger : généralement on a affaire aux surdoués (des enfants spéciaux). Dans une salle de classe par exemple, un enfant corrige les épreuves, il a 20/20, il s’ennui pendant que l’enseignant explique la leçon aux autres. Dans notre société cela est mal perçu. Il faut donc atténuer afin que l’enfant se fonde dans le moule de la norme, car c’est très déstabilisant pour l’enseignant et l’enfant se trouve finalement traumatisé par ce dernier.

Degré modéré : ceux qui peuvent encore être rééduqués dans des centres comme le nôtre. Ce sont des enfants qui ont des gestes répétitifs, des regards fuyants et hyperactifs.  Dans les salles de classe ils sont généralement mis de côté et traités de délinquants. Pour ces derniers, nous essayons de canaliser leur énergie jusqu’à l’atténuer afin de pouvoir les réinsérer dans des salles de classe du système scolaire régulier.

Degré sévère : généralement dans des institutions à système internat, car ils sont brutaux, violents, s’automutilent, détruisent.

 

Pour sortir définitivement, auriez-vous des doléances à formuler ?

Oui. Tout d’abord aux parents : n’ayez pas honte de vos enfants, ils n’ont pas choisi de naitre ainsi. Croyez en eux, en leur potentiel. Ces enfants ont des talents cachés qu’il suffit juste de stimuler. J’invite les parents d’enfants à besoin spécifiques d’être très confiants, et d’aimer leurs enfants, de sortir avec eux afin de montrer à l’entourage et à la société que ces enfants sont inoffensifs, attachants et dignes, pas les cacher. A l’endroit des autorités et des âmes de bonne volonté : nous avons besoin de soutien de toute nature, nous avons besoin d’un local autonome d’au moins 5 pièces, de matériel didactique, d’ordinateurs, de machines à coudre, de personnel qualifié, afin de donner du sourire et un avenir à ces enfants.

Propos recueillis par Adèle BITGA

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