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ENTRETIEN

« Le Cameroun dispose désormais de 37 médecins du sport »

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Dans un entretien exclusif, le président de l’Association Camerounaise de Médecine du Sport et de l’Exercice (ACAMES), Pr Josué Bissou Mahop dresse le bilan des activités menées depuis le début de l’année et dévoile les grands rendez-vous à venir.

Comment vous portez-vous, Professeur, et quelles sont les activités que vous avez récemment menées sur le terrain ?

Je me porte bien. Nous avons développé un ensemble d’activités, notamment à Angers en septembre 2025, lors du congrès annuel de la Société française des médecins du sport et de la Société française de traumatologie du sport. J’y ai présenté une communication innovante sur les procédés d’auto-rééducation du genou chez les sportifs opérés des ligaments du tendon rotulien et du tendon quadricipital, sur la base de dix cas d’étude.

J’ai fait la promotion de l’auto-rééducation, une approche qui place l’athlète au cœur de sa prise en charge au début, pendant et après le traitement afin de favoriser une meilleure récupération et une reprise précoce de l’activité. J’ai souligné les limites de la rééducation fonctionnelle accélérée ainsi que celles de la rééducation standard, pour montrer pourquoi la tendance internationale s’oriente aujourd’hui vers l’auto-rééducation. C’est une technique fiable, reproductible, facile à mettre en œuvre et particulièrement adaptée à notre contexte.

Par la suite, je me suis rendu à Alger pour le Championnat d’Afrique de l’Union des fédérations africaines de karaté (UFAK). En tant que membre de la commission médicale de cette organisation, c’était mon baptême du feu. Le président de l’UFAK souhaitait évaluer ma capacité à assurer la couverture médicale de 580 athlètes répartis sur 4 tatamis. L’opération s’est déroulée avec maestria grâce au déploiement d’équipes d’appel, de postes avancés et d’unités directes sur les tatamis. De mon côté, j’assurais la supervision générale, la prise en charge des traumatismes à la sortie du tatami ainsi que le suivi longitudinal après l’accident.

En trois jours de compétition, aucun incident majeur n’a été enregistré, ce qui m’a valu les félicitations du président de l’UFAK. Nous sommes fiers d’avoir honoré le Cameroun et la Fédération camerounaise de karaté, qui avait proposé ma candidature à ce poste. À mon retour au Cameroun, nous avons organisé les soutenances de mémoires en médecine du sport, psychologie du sport et traumatologie du sport.

Au total, 14 professionnels ont soutenu leur travail. Parmi eux, deux diplômés en psychologie du sport, dont un entraîneur de haut niveau de l’équipe nationale de karaté et une chirurgienne-dentiste également spécialisée en médecine du sport, qui constituent désormais des préparateurs mentaux de premier plan pour le pays. La promotion compte aussi un spécialiste en traumatologie du sport et dix médecins du sport.

Tous les candidats ont obtenu la mention « Très honorable ». Cette réussite témoigne du soutien scientifique apporté par la faculté de médecine à notre équipe pédagogique et traduit la qualité du travail accompli.

Quelles étaient les principales thématiques abordées lors de ces soutenances ?

Les travaux ont porté sur des sujets essentiels : la déshydratation aiguë, la vulnérabilité aux lésions musculaires, la nutrition de l’athlète, l’évaluation de l’état psychologique dans les sports de combat ainsi que la gestion de la confiance en soi.

En sport de combat, la maîtrise de la confiance en soi est capitale pour permettre à l’athlète de maintenir son niveau de performance tout au long de la compétition. En effet, un sportif peut enchaîner trois combats avant d’atteindre le podium ; s’il perd confiance en cours de route, la finale lui échappe. Nos recherches visent donc des problématiques qui impactent directement la performance sportive tout en préservant le capital santé des athlètes. Chaque mémoire apportait une solution concrète à un problème précis.

Avec cette nouvelle cuvée, combien de médecins du sport le Cameroun compte-t-il désormais et comment s’effectue leur insertion dans le mouvement sportif ?

Nous sommes très satisfaits, car le Cameroun compte désormais 37 médecins du sport. Le ministère des Sports et de l’Éducation physique, ainsi que les fédérations nationales, commencent à intégrer nos diplômés. Dès 2018, le Dr Thom Bolivar, major de la première promotion, a été nommé sous-directeur chargé de la médecine du sport au ministère.

Plus récemment, lors du Championnat d’Afrique de kickboxing, le Dr Meyebe a été désigné médecin chef au bord du ring avant de devenir le médecin officiel de la fédération. Le Dr Ndongo Christiane, capitaine dans l’armée et pédiatre de formation venue se perfectionner en médecine du sport, a assuré la couverture sanitaire des Lionnes indomptables lors de leur victoire en Coupe d’Afrique des nations. Le Dr Akono Ze, quant à lui, est actuellement en charge du suivi médical du Canon sportif de Yaoundé.

Dans le domaine du volley-ball, le Dr Mvogo a accompagné l’équipe nationale lors de la dernière CAN en Égypte et officie comme médecin de la fédération. Cela démontre que les cadres formés à la faculté de médecine sont pleinement opérationnels au sein du mouvement sportif pour optimiser les performances et prévenir les accidents.

Par le passé, plusieurs disciplines ont déploré des drames sur les terrains : au moins 8 décès en football, 2 en basket-ball, 2 ou 3 en athlétisme et 1 en sambo. Pour mettre fin à ces tragédies, l’ACAMES a mis à la disposition des instances sportives des praticiens qualifiés. C’est désormais aux fédérations de s’en saisir. L’ACAMES a formé les compétences ; il appartient au mouvement sportif d’y recourir, comme l’ont déjà fait la Ligue de football féminin, la Fédération de kickboxing ou le Canon de Yaoundé.

Comptez-vous vous arrêter à ce niveau ?

Mon objectif est d’atteindre un effectif équivalent au nombre de fédérations sportives nationales. Lorsque le Cameroun comptera 60 médecins du sport pour ses 60 fédérations, ma mission sur le plan national sera accomplie.

Une fois ce cap franchi, j’envisage d’exporter cette expertise vers d’autres pays de la sous-région qui nous sollicitent déjà, comme le Rwanda, la Guinée équatoriale, le Gabon ou le Tchad, afin d’y développer des programmes similaires.

Quelles sont les prochaines activités inscrites à l’agenda de l’ACAMES ?

Pour cette fin d’année, nous allons marquer une pause pour dresser un bilan complet de nos actions. Nous avons finalisé un partenariat avec l’hôtel Concorde International pour abriter, les 4 et 5 décembre, le premier Congrès panafricain de médecine du sport. Cette plateforme sera également l’occasion d’organiser les États généraux de la médecine du sport au Cameroun et en Afrique.

Quel sera le contenu des travaux de ce congrès ?

Le programme s’articulera autour de plusieurs sessions scientifiques axées sur la coopération internationale : la cardiologie du sport, la nutrition et la méthodologie de l’entraînement. Une session spéciale sera consacrée à l’état des lieux et aux perspectives d’évolution de la discipline.

Nous prévoyons aussi un atelier de recyclage destiné aux journalistes sportifs, complété en début d’année prochaine par un séminaire spécifique à l’ESSTIC. L’objectif est de sensibiliser les professionnels de la presse à l’impact de l’information médicale : une mauvaise communication peut nuire à la carrière d’un athlète, tandis qu’une information maîtrisée contribue à sa protection. Le journaliste sportif doit maîtriser le lexique médical et respecter le secret professionnel. J’appelle régulièrement les médecins et les étudiants à la plus stricte confidentialité : la pathologie d’un athlète ne doit jamais être divulguée publiquement.

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Junior NTEPPE KASSI, 33 ans, est un journaliste scientifique camerounais au Groupe Échos Santé. Spécialiste de la médecine du sport, il met sa passion au service de l'information médicale de pointe.

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