Entre médicaments frelatés et risques sanitaires majeurs pour l’alimentation humaine, l’urgence d’une régulation stricte s’impose pour protéger l’élevage et la santé publique.
Estimé à 20 milliards de francs CFA, le marché national du médicament vétérinaire est asphyxié par un secteur informel hors de contrôle
Dans les allées des marchés de Yaoundé ou de Maroua, à côté des étals de légumes, des vendeurs ambulants proposent des flacons d’antibiotiques et des antiparasitaires à même le sol, sous un soleil de plomb. Ce spectacle, devenu banal, cache une réalité économique et sanitaire dramatique. Au Cameroun, le marché du médicament vétérinaire pèse environ 20 milliards de FCFA. Pourtant, cette mine d’or n’alimente qu’en partie les circuits légitimes. Les professionnels agréés, pharmaciens et docteurs vétérinaires, peinent à couvrir la moitié de ce secteur d’activité, abandonnant le reste à une économie souterraine gérée par des acteurs non qualifiés.
Cette prolifération de l’informel s’accompagne d’un fléau encore plus redoutable qui est la mauvaise qualité des intrants. Les éleveurs, souvent séduits par des tarifs attractifs, s’approvisionnent auprès de ces réseaux clandestins sans se douter qu’ils achètent du poison ou du vent. Les données scientifiques sont à ce sujet sans appel. Des analyses rigoureuses révèlent des taux de non-conformité effarants, grimpant jusqu’à 69 % pour des molécules aussi courantes et stratégiques que l’oxytétracycline, un antibiotique massivement utilisé dans les élevages de poulets de chair et de porcs.
Au-delà des pertes sèches pour les éleveurs qui voient leurs bêtes mourir malgré le traitement, c’est une véritable bombe à retardement sanitaire qui est activée. Le lien entre l’assiette du consommateur camerounais et l’étable est direct. Près de 60 % des 1415 maladies infectieuses répertoriées chez l’être humain sont d’origine zoonotique, ce qui signifie qu’elles se transmettent de l’animal à l’homme. En soignant mal le bétail, on fragilise directement la barrière sanitaire humaine.
L’usage anarchique de ces produits falsifiés ou sous-dosés entraîne deux conséquences majeures pour la population. La première est l’ingestion invisible de résidus chimiques dangereux à travers la consommation de viande, de lait ou d’œufs contaminés. La seconde, encore plus inquiétante pour la médecine moderne, est l’explosion de la résistance aux antimicrobiens. À force d’être exposées à des doses inadaptées, les bactéries mutent et deviennent invulnérables. Les traitements habituels perdent alors toute efficacité, non seulement pour les animaux, mais aussi pour les humains qui développent des infections impossibles à guérir.
Face à ce péril global, l’assainissement de la filière vétérinaire au Cameroun ne relève plus seulement de la simple régulation commerciale. Il s’agit d’un impératif absolu de sécurité publique. L’urgence impose de durcir les contrôles aux frontières, de démantèlement systématique des marchés noirs et d’un soutien accru aux professionnels de la santé animale, sous peine de voir le secteur de l’élevage s’effondrer et d’exposer la population à des crises sanitaires majeures.









































































































































































































































































