À l’occasion de la Journée mondiale des zoonoses célébrée le 6 juillet 2026 à Yaoundé, les autorités sanitaires ont fait le point sur le niveau de préparation du Cameroun face à la menace Ebola. Entre surveillance renforcée, coordination multisectorielle et sensibilisation, le pays entend consolider son bouclier sanitaire.
Alors que l’épidémie de la maladie à virus Ebola continue de sévir en Afrique centrale, le Cameroun renforce ses dispositifs de prévention. À l’occasion de la Journée mondiale des zoonoses célébrée ce lundi 6 juillet 2026 sous le thème « Ebola : pourquoi la prévention des zoonoses est une responsabilité collective », le Programme national de prévention et de lutte contre les zoonoses émergentes et ré-émergentes (PNPLZER) a organisé à Yaoundé une table ronde stratégique réunissant décideurs, scientifiques, partenaires techniques, médias et société civile. Les travaux ont été ouverts par Sali Ballo, coordonnateur du Comité technique du Programme Zoonoses.
L’initiative intervient dans un contexte marqué par une recrudescence de la maladie à virus Ebola en République démocratique du Congo et en Ouganda. Selon les données présentées, l’épidémie a déjà causé 269 décès. La souche Bundibugyo actuellement en circulation ne dispose ni de vaccin ni de traitement homologué, poussant l’Organisation mondiale de la Santé à déclarer une urgence de santé publique de portée internationale.
Si aucun cas n’a été enregistré au Cameroun, les experts estiment que le pays demeure exposé en raison des échanges transfrontaliers, de la proximité avec les zones forestières du bassin du Congo et de la circulation des animaux sauvages, principaux réservoirs de plusieurs zoonoses.
Au cours des échanges, les participants ont insisté sur la nécessité d’investir davantage dans la prévention, considérée comme le moyen le plus efficace pour limiter l’apparition des maladies transmissibles de l’animal à l’homme. Les discussions ont également porté sur les résultats des évaluations conjointes des risques réalisées au Cameroun ainsi que sur la capacité opérationnelle du système national de santé à faire face à une éventuelle flambée épidémique.
Pour le Pr Njayou Ngapagna Arouna, enseignant-chercheur à l’Université de Ngaoundéré, le Cameroun ne peut pas se considérer à l’abri. Il rappelle que le pays partage la grande forêt équatoriale avec plusieurs États ayant déjà connu des épisodes d’Ebola et que des études ont mis en évidence la circulation de certains filovirus chez les chauves-souris. Selon lui, le risque est alimenté à la fois par la faune sauvage et par les importants mouvements de populations entre les pays de la sous-région. Face à cette menace, il plaide pour une surveillance permanente des frontières, de la faune et des zones forestières, mais aussi pour un renforcement de la recherche scientifique afin d’anticiper les risques grâce à des modèles prédictifs. Le chercheur rappelle également que la maladie débute souvent par des symptômes peu spécifiques avant d’évoluer vers des formes graves pouvant entraîner le décès, d’où l’importance d’une détection et d’une prise en charge précoces.
De son côté, le Dr Patricia Mendjime Fanemann, médecin épidémiologiste d’intervention, direction de la lutte contre les maladies les épidémies et les pandémies au ministère de la Santé publique, se veut rassurante sur le niveau de préparation du pays. Elle explique que le Cameroun a activé son dispositif de préparation dès la déclaration de l’épidémie en RDC. La priorité est accordée aux points d’entrée du territoire où le personnel de santé a été formé pour détecter rapidement tout cas suspect. Des équipes d’intervention rapide, multidisciplinaires et multisectorielles, sont désormais opérationnelles afin de répondre immédiatement à une éventuelle importation du virus.
Le Dr Patricia Mendjime Fanemann souligne également que des réunions hebdomadaires de coordination réunissent l’ensemble des secteurs concernés dans une approche « Une seule santé », associant santé humaine, santé animale et environnement. Des formations sanitaires ont été identifiées pour accueillir d’éventuels centres de traitement hautement sécurisés, tandis que les capacités diagnostiques du Centre Pasteur du Cameroun ont été renforcées avec les équipements nécessaires à la détection du virus. Les autorités ont en outre cartographié les districts les plus exposés à une importation, notamment dans les régions du Centre, du Littoral, de l’Est, du Sud et de l’Adamaoua, afin d’y concentrer les mesures de préparation.
Créé par arrêté du Premier ministre en 2014, le PNPLZER réaffirme que la lutte contre Ebola et les autres zoonoses ne relève pas uniquement des pouvoirs publics. Elle exige l’implication conjointe des services de santé, des secteurs vétérinaire et environnemental, des chercheurs, des médias ainsi que des communautés. Un engagement collectif que les organisateurs considèrent comme le meilleur rempart pour protéger durablement les populations contre les futures menaces sanitaires.










































































































































































































































































