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« Nous croyons sincèrement que l’immunologie est un domaine d’avenir pour la recherche »

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Professeur, pouvez-vous nous présenter le thème retenu pour cette Journée internationale de l’immunologie, et nous expliquer à quoi il renvoie exactement ?

La Journée internationale de l’immunologie, célébrée chaque année, vise à sensibiliser le grand public à l’importance du système immunitaire dans la préservation de notre santé. Cette année, le thème retenu est « Cerveau et immunité : regards immunologiques sur les troubles neurologiques ». Il s’agit d’explorer la manière dont le système immunitaire interagit avec le cerveau et participe à sa protection contre diverses maladies, qu’elles soient infectieuses ou non.

L’immunologie est l’étude du système de défense de notre corps. Lorsque l’on parle de l’immunité dans le cerveau, on cherche à comprendre comment ce système immunitaire fonctionne au niveau cérébral. Cela concerne des affections telles que la maladie d’Alzheimer, certaines formes de paludisme cérébral, les tumeurs du cerveau ou encore la maladie de Parkinson. Le cerveau, longtemps considéré comme un organe à part, est en réalité protégé par des mécanismes immunitaires spécifiques.

Ce thème met en lumière une réalité souvent méconnue : beaucoup de gens ignorent que le cerveau possède lui aussi un système de défense immunitaire. C’est précisément pour cela que cette journée est essentielle — elle permet de sensibiliser à l’importance de l’immunité cérébrale et à son rôle dans la prévention de certaines maladies neurologiques. L’objectif est de mieux comprendre ces interactions pour permettre à chacun de vivre en meilleure santé et de se protéger plus efficacement.

Pouvez-vous nous expliquer comment le système nerveux influence le système immunitaire et quelles sont les implications de cette interaction pour la santé neurologique ?

L’immunité dans le cerveau repose sur un système très particulier, car le cerveau est un organe protégé. Il est séparé du reste du corps par une barrière spécialisée appelée barrière hémato-encéphalique. Cette barrière empêche certaines substances, comme des agents pathogènes ou des cellules infectées, de pénétrer dans le tissu cérébral.

Dans le cas du paludisme, notamment chez les enfants atteints de paludisme cérébral, certaines cellules sanguines infectées par le parasite du paludisme (Plasmodium) peuvent atteindre cette barrière. Ces cellules, porteuses d’antigènes du parasite, déclenchent une réaction du système immunitaire. En essayant de détruire les globules rouges infectés, le système immunitaire peut involontairement endommager la barrière hémato-encéphalique. Lorsque cette barrière est altérée, des substances provenant du sang peuvent pénétrer dans le cerveau, provoquant des troubles neurologiques graves tels que convulsions, pertes de conscience, voire des lésions cérébrales. C’est pourquoi il est essentiel d’avoir une bonne immunité ou une protection contre le paludisme. Cela permet d’éviter que les cellules infectées atteignent et détériorent la barrière protectrice du cerveau, réduisant ainsi les risques de complications neurologiques sévères.

Quelles sont les maladies neurologiques, vous en avez déjà cité quelques-unes tout à l’heure, mais quelles sont les plus récentes associées au dysfonctionnement du système immunitaire ? Et quelles avancées ont été réalisées dans leur compréhension, notamment au Cameroun ?

Oui, parmi les maladies neurologiques les plus connues liées à un dysfonctionnement du système immunitaire, on retrouve la maladie d’Alzheimer. Avec l’augmentation de l’espérance de vie au Cameroun, de plus en plus de personnes âgées présentent des troubles de la mémoire, ce qui peut être un signe de cette maladie. Elle est en partie liée à des dysfonctionnements dans le cerveau, et aujourd’hui, plusieurs recherches tendent à montrer que le système immunitaire pourrait jouer un rôle important dans son évolution.

J’ai également évoqué le paludisme cérébral, une forme grave de malaria qui touche surtout les enfants de moins de cinq ans. C’est un véritable problème de santé publique au Cameroun. Heureusement, le pays a récemment commencé à vacciner les enfants contre le paludisme. Si cette vaccination s’avère efficace, on peut s’attendre à une diminution significative des cas de paludisme cérébral chez les jeunes enfants. Bien sûr, la vaccination ne constitue pas la seule forme de protection. Elle s’ajoute à d’autres mesures préventives prises par le gouvernement, comme la distribution de moustiquaires imprégnées. Ensemble, ces efforts devraient permettre à nos enfants de vivre mieux, avec moins de risques de contracter cette forme grave de la maladie.

Il faut aussi mentionner le gliome, une forme de tumeur cérébrale, donc un cancer du cerveau. Dans ce cas également, le système immunitaire intervient, notamment les cellules NK (Natural Killers), qui jouent un rôle clé dans la détection et la destruction des cellules cancéreuses, y compris celles localisées dans le cerveau.

Il existe d’autres maladies neurologiques associées au système immunitaire, que je n’ai pas toutes en tête à l’instant. Mais je peux vous envoyer une liste plus complète par mail. D’ailleurs, lors d’une récente présentation du Dr Brice Owona, plusieurs de ces maladies ont été abordées en détail. Il a expliqué comment certaines affections du cerveau sont étroitement liées à la réponse immunitaire, et comment cela ouvre la voie à de nouvelles stratégies de traitement.

À l’occasion de la Journée internationale de l’immunologie, vous avez organisé cette rencontre scientifique. Quel en est l’objectif ?

L’objectif principal de cette rencontre, organisée dans le cadre de la Journée internationale de l’immunologie, était de souligner l’importance du système immunitaire dans la protection contre les maladies du cerveau. Une des raisons majeures pour lesquelles nous avons tenu à organiser cette rencontre, c’est pour réunir les immunologistes camerounais et les cliniciens, afin qu’ils puissent échanger sur ces maladies, partager leurs expériences, et discuter des avancées actuelles en immunologie. L’idée est de voir ensemble comment ces connaissances peuvent aider à éliminer, prévenir ou guérir les personnes atteintes de ces maladies neurologiques.

Quels défis et obstacles les chercheurs camerounais rencontrent-ils lors de l’étude de l’immunité dans le contexte des maladies neurologiques ?

Le premier défi majeur, c’est le manque de financement. Nous manquons de fonds suffisants pour mener à bien les recherches que nous souhaitons entreprendre, alors même que ces recherches pourraient être très bénéfiques pour notre société. Si les chercheurs camerounais, en particulier les immunologistes, disposaient de financements adéquats pour répondre aux questions scientifiques qu’ils posent, nous pourrions beaucoup plus facilement proposer des solutions concrètes.

Prenons l’exemple du développement de vaccins : aujourd’hui, le vaccin utilisé contre certaines maladies est basé sur une protéine appelée CSP. Pourtant, au Cameroun, entre 2005 et 2009, le Professeur Titanji Vincent a réussi à isoler des antigènes encore plus performants que ceux actuellement utilisés dans ce vaccin. Malheureusement, ces découvertes sont restées au stade des publications scientifiques. Faute de financement, il n’a jamais pu aller plus loin et produire un vaccin à partir de ces antigènes. C’est un exemple très parlant du potentiel que nous avons, mais qui reste inexploité faute de moyens.

Quel est le plaidoyer de la Société Camerounaise d’Immunologie aujourd’hui ?

Nous sommes optimistes, parce que de plus en plus de Camerounais s’engagent dans la recherche, ils écrivent de bons projets et parviennent à attirer des financements. Notre souhait, c’est que le gouvernement accompagne ces efforts en fournissant les ressources nécessaires pour que les résultats obtenus en laboratoire puissent être valorisés et bénéficier directement aux Camerounais.

Nous aimerons également encourager les scientifiques qui cherchent des financements à aller plus loin : à transformer les résultats de leurs recherches en produits concrets et utilisables, non seulement pour le Cameroun, mais aussi pour le reste du monde. Cela est particulièrement important dans le domaine du développement de vaccins.

A lire aussi: Société Camerounaise d’Immunologie : Une rencontre scientifique pour redéfinir les liens entre immunité et cerveau

Nous croyons sincèrement que l’immunologie est un domaine d’avenir pour la recherche. Si vous regardez le nombre de participants à cette rencontre — alors que l’événement a été organisé en seulement deux semaines — cela montre clairement que lorsqu’on donne l’opportunité aux gens de se réunir et de discuter d’immunologie, beaucoup répondent présents. C’est la preuve que ce domaine intéresse un grand nombre de personnes et que nombreux sont ceux qui souhaitent y contribuer activement.

Pour sortir de cette interview, y a-t- il un point que nous n’avons pas abordé sur lequel vous souhaiteriez vous exprimer ?

Effectivement, l’un des points que nous n’avons pas suffisamment abordés, c’est la collaboration entre les cliniciens et les immunologistes. Pour notre prochain rendez-vous scientifique, nous avons l’intention d’impliquer davantage les cliniciens, afin qu’ils puissent venir partager les problèmes concrets qu’ils rencontrent dans leur pratique quotidienne. L’objectif sera alors de discuter ensemble de ces problématiques, et de voir comment la recherche en immunologie peut apporter des solutions concrètes.

Interview réalisée par Mireille Siapje

 

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