La région du soleil couchant accueille, du 24 au 27 mars 2026, une mission sanitaire majeure menée par le Groupe d’Étude de la Drépanocytose du Cameroun (GEDREPACAM), dans le cadre du projet régional Drep.ACCI-2. Ce programme couvre également la République Démocratique du Congo et la Côte d’Ivoire et vise à réduire la mortalité et la morbidité liées à la drépanocytose, une maladie génétique très répandue en Afrique subsaharienne.
Au Cameroun, une personne sur cinq est porteuse du trait drépanocytaire, et près de 8 000 enfants naissent chaque année avec une forme sévère de la maladie. Sans dépistage précoce ni suivi médical adapté, 50 à 80 % des enfants atteints décédaient avant cinq ans, un taux qui reste préoccupant malgré les progrès récents.
Le projet Drep.ACCI-2 repose sur une approche intégrée : dépistage systématique, prise en charge médicale, sensibilisation des populations et plaidoyer institutionnel. Pour la période 2025-2027, les objectifs sont ambitieux : dépister 51 000 nouveau-nés et enfants de moins de cinq ans, suivre près de 1 600 patients et former plus de 500 personnels de santé.
Dans la région de l’Ouest, la stratégie cible trois hôpitaux principaux : l’Hôpital Régional de Bafoussam, l’Hôpital Annexe de Foumban et l’Hôpital Ad Lucem de Bafang. L’objectif est d’instaurer un dépistage néonatal couvrant 90 % des nouveau-nés, avec confirmation diagnostique pour chaque cas suspect et prise en charge immédiate. Depuis 2015, plus de 3 000 enfants ont déjà été testés, avec une prévalence de 0,87 % pour le syndrome drépanocytaire majeur.
Difficultés rencontrées et solutions
La première phase du projet a révélé plusieurs obstacles : Résistance de la communauté : certains parents ne comprenaient pas l’importance du dépistage et refusaient initialement de participer. Après explication des résultats et de leur signification, la majorité acceptait la confirmation et la prise en charge. Délais entre dépistage et confirmation : environ 30 % des cas suspects n’étaient pas suivis jusqu’à confirmation, les résultats nécessitant près de trois semaines. Difficultés logistiques : le manque de tests rapides sur place retardait la confirmation et la prise en charge.
Pour y remédier lors de la deuxième phase, le projet a mis en œuvre plusieurs mesures : Dépistage à domicile pour faciliter l’accès aux tests. Confirmation immédiate avant le départ de la mère, sécurisant le suivi. Formation renforcée du personnel sur place, améliorant la coordination et la qualité des soins. Optimisation du diagnostic rapide sur place, réduisant le délai entre prélèvement et résultat. Ces mesures assurent désormais que tous les enfants dépistés avec un test rapide soient confirmés et pris en charge efficacement, améliorant le suivi et la qualité des soins.
Le projet comprend également un volet important de renforcement des capacités. Le personnel de santé bénéficie de formations sur les techniques de dépistage et les protocoles de prise en charge. Parallèlement, GEDREPACAM encourage les tests d’électrophorèse avant toute procréation, afin de prévenir la naissance d’enfants atteints de formes sévères.
Perspectives nationales
La première phase (2022-2025) a permis de poser les bases d’un plan stratégique national 2026-2030, en structurant la lutte contre la drépanocytose et en mobilisant les acteurs locaux. Avec le lancement de Drep.ACCI-2, la région de l’Ouest se positionne comme un modèle de coordination entre hôpitaux, associations et communautés pour améliorer la survie et la qualité de vie des enfants.
En combinant soins, prévention et engagement communautaire, Drep.ACCI-2 offre des perspectives concrètes pour transformer la lutte contre la drépanocytose au Cameroun et réduire la mortalité infantile liée à cette maladie.
Adèle BITGA
REACTIONS
“Organiser des séances d’information des populations sur la réalité de la drépanocytose”

Le principal message aux populations, bien représentées à cet évènement par les CTD, les chefferies traditionnelles, les COSADI et les Associations de lutte contre la drépanocytose est plus de sensibilisation. Organiser des séances d’information des populations sur la réalité de la drépanocytose, tout en insistant sur le fait qu’elle est totalement évitable lorsqu’on connait son statut. Nous invitons les parties prenantes à cette séance de travail, à porter ce message partout et inviter les uns et les autres à faire une électrophorèse le plus tôt possible afin de prendre la bonne décision au moment de fonder une famille et de faire des enfants. Aux personnels soignants, nous signalons que nous avons trois hôpitaux de la région qui ont été sélectionnés à travers des critères bien établis pour le dépistage précoce, le diagnostic et la prise en charge gratuite des patients. Nous les appelons au respect strict de leur cahier de charge et à renseigner les données utiles au calcul du taux de prévalence de la drépanocytose dans leur contrée.
“70 mille nouveau-nés dépistés pour la drépanocytose surtout à Douala et Yaoundé”

Les résultats de la première phase de ce projet rendu à sa 2e phase, c’est plus de 70 mille nouveau-nés dépistés pour la drépanocytose surtout à Douala et Yaoundé. Pour cette 2e phase nous sommes sortis de ces 2 grandes villes pour Ebolowa et maintenant à Bafoussam. Apres ce lancement, place au travail à travers le dépistage, la prise en charge et la sensibilisation des communautés au dépistage afin qu’elles sachent avant de se mettre à procréer ou même en couple si elles sont à risque ou pas. La drépanocytose est une maladie sévère avec une forte mortalité si rien n’est fait. C’est sûr qu’il existe des moyens de soigner et de prendre en charge les personnes atteintes, mais le mieux c’est de ne même pas avoir des cas. Et pour que cela n’arrive pas, chacun doit connaitre son statut AA (Non transmetteur) ou AS (Transmetteur). Notre première cible c’est les formations sanitaires qui doivent connaitre la drépanocytose, disposer d’un personnel formé et capable de prendre en charge cette maladie. La deuxième cible c’est la communauté à savoir les CTD, les chefs traditionnels, les associations et la société civile, qui doivent répercuter l’information jusque dans leurs contrées. Notre troisième cible c’est les pouvoirs publics et tous autres mécènes qui pourront nous apporter des soutiens financiers pour que l’on étende ce projet à tout le territoire national.
“Seuls quelques parents connaissent cette maladie”

Ce projet tombe vraiment à pic parce que dans le district de Bafang, il y a un réel problème d’information lié à la drépanocytose. En effet, seuls quelques parents connaissent cette maladie mais ils pensent, faute de connaissances, qu’elle peut être traitée à l’indigène. Ce qui est attendu de l’hôpital Ad Lucem, c’est d’assurer une bonne sensibilisation des parents, de dépister systématiquement et de faire un bon suivi le cas échéant afin de réduire au maximum la souffrance des patients atteints, car c’est une maladie très douloureuse. Notre plateau technique correspond aux attentes du GEDREPACAM. Nous possédons le nécessaire pour des électrophorèses et nous invitons les populations à venir se faire dépister.
“Le département du Noun est celui où la prévalence est la plus élevée”

Dans notre région, nous menons la sensibilisation contre la drépanocytose dans les 8 départements. Le département du Noun est celui où la prévalence est la plus élevée, mais la plus grande réticence au test de dépistage y est notée. Nous pensons que cette réticence est motivée par la religion. Ce projet est la bienvenue parce qu’il permettra un dépistage néo-natal et donc une prise en charge rapide des cas détectés.
Propos recueillis par Adèle BITGA












































































































































































































































































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