Dans un entretien exclusif accordé à notre rédaction, le Dr Thom Bolivar, sous-directeur de la médecine du sport au ministère des Sports et de l’Éducation physique, parle de la problématique autour de l’encadrement et du suivi médical des athlètes au sein des sélections nationales du Cameroun.
Quel est le processus à suivre dans le cadre de la préparation des sélections nationales pour les compétitions internationales ?
La préparation des sélections nationales pour les compétitions internationales repose sur une stratégie multidimensionnelle visant l’excellence et l’intégrité sportive. Ce processus s’articule autour de piliers fondamentaux : la définition rigoureuse des critères de recrutement pour les staffs technique et médical, l’établissement d’indicateurs de performance précis pour la sélection des athlètes, et une détection objective des talents pilotée par l’encadrement. Cette préparation s’intensifie lors de stages externes et internes, permettant un suivi minutieux de chaque sportif en amont des échéances. Au cœur de ce dispositif, la Commission médicale joue un rôle crucial en garantissant la santé, la sécurité et l’optimisation de la performance. Par le biais d’examens approfondis, d’un accompagnement nutritionnel et psychologique, ainsi que d’une vigilance stricte en matière de lutte antidopage et de respect des normes sanitaires, elle assure l’intégrité physique et mentale des athlètes pour une compétitivité durable.
Quel est le rôle de la commission médicale d’une fédération dans la préparation des sélections nationales ?
La Commission médicale assure une surveillance rigoureuse en imposant des examens morphologiques et biologiques complets avant toute compétition. Ces évaluations scrutent l’appareil locomoteur et incluent des tests de physiologie de l’effort, réalisés en laboratoire sur tapis roulant ou vélo, ainsi que des tests de terrain (aptitude physique, biomécanique ou dynamique). Cette démarche permet de détecter d’éventuelles lésions cachées ou mal soignées, particulièrement chez les jeunes et les athlètes de haut niveau. À l’issue de ce parcours, le médecin du sport délivre le certificat médical de non-contre-indication (CMNCI). Ce document, obligatoire pour l’obtention d’une licence ou la participation à des compétitions, atteste de l’aptitude physique de l’athlète. Sa validité est généralement de trois ans pour les adultes, avec un suivi par questionnaire de santé intermédiaire, tandis que les modalités sont assouplies pour les mineurs.
Au-delà du simple diagnostic, la commission élabore des stratégies globales pour prévenir les blessures en surveillant étroitement les charges d’entraînement. Elle joue un rôle clé dans l’optimisation de la performance en intervenant sur la nutrition et l’équilibre psychologique des sportifs. Un volet majeur de son action concerne la lutte antidopage : elle garantit la conformité aux règlements de l’Agence mondiale antidopage (AMA) et assure la gestion administrative des autorisations d’usage à des fins thérapeutiques (AUT), protégeant ainsi l’équité des compétitions.
Durant les compétitions, la commission déploie un dispositif de suivi sanitaire continu, gérant les risques épidémiologiques et la qualité des soins d’urgence sur le terrain. Ce suivi culmine avec la rédaction d’un rapport médical couvrant les trois phases de la compétition, document essentiel pour affiner la stratégie nationale de couverture médicale. La préparation s’appuie sur une collaboration étroite entre l’encadrement technique, les staffs médicaux fédéraux et des centres de médecine sportive spécialisés. En intégrant expertise scientifique et suivi clinique, la Commission médicale garantit que la performance repose sur une santé physique et mentale solide, assurant la pérennité de la carrière des athlètes.
Qu’est-ce qui doit être amélioré dans l’organisation de nos staffs médicaux pour la bonne gestion des athlètes en sélection nationale ?
L’excellence de l’encadrement médical des athlètes de haut niveau repose impérativement sur un profil et des qualifications académiques rigoureuses, garantissant que chaque intervenant possède une expertise scientifique validée. Cette compétence se traduit par l’application de méthodes de prise en charge à la pointe de l’innovation, alliant prévention, soins curatifs et optimisation de la performance. Afin de maintenir ce standard, un processus continu de recyclage et de renforcement des capacités doit être instauré, sous l’égide de médecins du sport chevronnés, permettant de transmettre l’expérience de terrain et les dernières avancées protocolaires.
Cette approche holistique exige désormais l’intégration systématique et l’adoption de nutritionnistes, de psychologues et de kinésithérapeutes spécialisés dans le sport, formant ainsi une cellule de performance multidisciplinaire indispensable à l’athlète moderne. Parallèlement, la protection de l’intégrité de la profession impose la mise à l’écart stricte des usurpateurs ; toute pratique illégale ou manque de qualification ne contrevient pas seulement à l’éthique et à la déontologie médicale, mais expose également les contrevenants à de lourdes poursuites judiciaires. La sécurité de l’athlète et la crédibilité du corps médical en dépendent directement.
Existe-t-il une franche collaboration entre le Minsep et les fédérations sportives pour la sélection des profils des personnes exerçant comme au sein des commissions médicales ?
Oui, il y a une franche collaboration entre le Minsep et les fédérations sportives civiles nationales. Sauf que, dans certaines fédérations, nous constatons que certains présidents de fédérations s’entêtent toujours à recruter certains membres de l’encadrement médical qui ont des profils et des qualifications douteuses, mettant en mal la prise en charge de nos athlètes dans les sélections nationales, ceci sans demander l’avis de la tutelle concernant l’identification de ses membres aux qualifications douteuses et fausses, ce qui ne cadre pas avec l’éthique et la déontologie de cette noble profession car cela expose la vie de nombreux talents. Car la santé est un élément sine qua non de la performance sportive.
Quelle est votre vision de l’encadrement et du suivi médical des athlètes au Cameroun ?
L’amélioration de la performance sportive nationale repose impérativement sur une réforme structurelle et qualitative de l’encadrement médical, plaçant l’athlète au centre d’un écosystème professionnel et sécurisé. Cette ambition nécessite avant tout de renforcer la prise en charge nutritionnelle et psychologique, deux piliers trop souvent négligés, tout en densifiant le recrutement d’experts certifiés en médecine du sport pour garantir une excellence compétitive. Parallèlement, un assainissement rigoureux du milieu est indispensable pour écarter les usurpateurs et instaurer une nouvelle stratégie nationale de surveillance médicale, appuyée par une cartographie sanitaire précise couvrant les 58 fédérations sportives civiles. Pour pérenniser cette dynamique, l’organisation systématique de séminaires de recyclage et de renforcement des capacités pour les encadreurs médicaux doit devenir la norme, aboutissant à la mise en place, au sein de chaque sélection nationale, d’un staff médical uniforme, cohérent et strictement aligné sur les standards de qualité nationaux et internationaux.













































































































































































































































































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