Trois années après le lancement de la Phase I à Mandjou le 12 avril 2023, la Couverture Santé Universelle (CSU) n’est plus une simple incantation bureaucratique ou un mirage statistique. Elle est devenue l’oxygène d’un système de santé autrefois asphyxié par les barrières financières. Aujourd’hui, les chiffres nous obligent à une réflexion qui dépasse la simple comptabilité : avec 4 669 325 enrôlés, soit 80 % de l’objectif fixé pour 2026 déjà atteint, nous assistons à une véritable mutation génétique de notre protection sociale.
Une métamorphose scientifique : le Capital humain comme énergie
D’un point de vue purement scientifique, la santé est l’homéostasie d’une nation. Lorsqu’un enfant de moins de 5 ans accède gratuitement au traitement du paludisme, ou que 2,3 millions d’enfants reçoivent le vaccin du BCG, nous ne faisons pas seulement de la médecine ; nous optimisons le rendement métabolique de la société future.
Chaque consultation gratuite, chaque séance de dialyse subventionnée à hauteur de 94 % (réduisant le coût de 520 000 FCFA à 15 000 FCFA par an), est une injection de vitalité dans notre capital humain. La science nous enseigne que le développement est une réaction en chaîne : sans une population saine, l’équation de la croissance économique reste insoluble. La CSU est ce catalyseur qui transforme la fragilité biologique en force productive.
Le dilemme d’Icare : entre succès et fragilité
Pourtant, cette avancée spectaculaire ressemble au vol d’Icare. Nous nous sommes élevés grâce à l’enrôlement massif des PVVIH (86 %), des patients tuberculeux (99 %) et des personnes sous dialyse (100 %). Mais si nous ne consolidons pas nos ailes avec une loi sur la CSU, nous risquons la chute. La loi n’est pas qu’un texte ; elle est le squelette qui soutient les muscles de l’action publique. Sans elle, l’édifice reste un corps sans os, vulnérable aux fluctuations des humeurs politiques. Poursuivre le plaidoyer pour la promulgation de cette loi est une nécessité métaphysique : il s’agit de passer de la “bonne volonté” au “droit inaliénable”.
Brèche financière : le sang de l’hôpital
Philosophiquement, le contrat social repose sur la confiance réciproque. Lorsque l’État promet la gratuité ou des coûts réduits comme ces 35 632 césariennes réalisées pour seulement 6 000 FCFA, il signe une dette d’honneur envers ses hôpitaux. Or, le respect insuffisant du plan de décaissement par le MINFI crée une anémie financière au sein de nos formations sanitaires. On ne peut demander à un chirurgien de réaliser des miracles avec des stocks vides. L’insuffisance des ressources est le caillot qui menace d’obstruer les artères de la CSU. Payer les prestations médicales n’est pas une faveur faite aux hôpitaux, c’est le carburant indispensable pour que la machine ne s’arrête pas au milieu du désert.
Vers un nouvel horizon de solidarité
L’extension prévue du panier de soins vers le diabète de l’enfant (type I) et les hépatites est la preuve que notre ambition ne connaît pas de plafond. Mais pour que ce rêve ne s’évapore pas, nous appelons à une synergie totale. Le temps est venu pour que la rigueur budgétaire rejoigne l’éthique de la survie. Que la loi soit votée, que les fonds soient mobilisés et circulent, afin que la santé cesse d’être une équation à inconnues multiples pour devenir une constante universelle. Pour le Cameroun, la CSU n’est pas un luxe, c’est notre nouveau système immunitaire national. Maintenons-le en vie, car de lui dépend la survie de notre idéal commun : une nation où personne ne meurt faute de pièces de monnaie.











































































































































































































































































