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Accès aux soins de santé pour tous : la loi sur la CSU plus urgente que jamais

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Des millions de patients pris en charge, des soins enfin accessibles : en trois ans, la Couverture santé universelle a bouleversé le paysage sanitaire camerounais.

Mais derrière cette avancée, les hôpitaux s’asphyxient : retards de remboursement, trésoreries sous pression, créances qui s’accumulent. La machine soigne, mais ne paie plus au rythme qu’elle impose.

Sans financement durable, sans loi et face à un système déjà fragile, la CSU se rapproche d’un point de rupture. Une question s’impose désormais : la plus grande réforme sociale du Cameroun peut-elle survivre à son propre succès ?

En avril 2023, à Mandjou, dans la Régio »n de l’Est, le Cameroun faisait un pari que beaucoup de pays africains repoussaient encore : celui de transformer la Couverture santé universelle phase 1(CSU) en réalité tangible. Trois ans plus tard, le pari est tenu… du moins en apparence. Car si les résultats sont indéniables, les tensions qu’ils révèlent le sont tout autant.

Le bilan chiffré impressionne. Près de 4,7 millions de Camerounais sont aujourd’hui enrôlés dans le dispositif, soit déjà 80 % de l’objectif fixé pour 2026. Sur le terrain, la rupture est palpable : près de 3 millions d’enfants ont bénéficié de consultations gratuites, plus de 1,4 million ont été traités contre le paludisme, et plus de 839 000 accouchements ont été réalisés à coût réduit. La césarienne, autrefois inaccessible pour de nombreuses familles, est désormais prise en charge jusqu’à 95 %. Plus spectaculaire encore, la dialyse : longtemps symbole d’une médecine à deux vitesses, est devenue accessible pour 15 000 FCFA par an, contre 520 000 auparavant. À elle seule, cette mesure résume l’ambition de la réforme : briser la barrière financière qui excluait silencieusement des milliers de patients.

Dans un pays où le paiement direct constituait la norme, la CSU a introduit un changement de paradigme. Elle a replacé la solidarité au cœur du système de santé, tout en élargissant progressivement son panier de soins : vaccination, nutrition, prise en charge du VIH, de la tuberculose, et bientôt, des pathologies comme les hépatites ou le diabète de l’enfant. Une montée en puissance rapide, assumée, qui s’est traduite par une extension territoriale complète en seulement trois ans : de trois régions en 2023 à l’ensemble du pays en 2025.

Mais à mesure que la CSU s’étend, ses fragilités se dévoilent. Car derrière la vitrine sociale, une autre réalité s’impose : celle d’un système qui soigne massivement… mais peine à payer à temps.

Dans les formations sanitaires, les retards de remboursement des prestations s’accumulent. En cause : des tensions de trésorerie persistantes, un respect insuffisant des plans de décaissement et un financement encore incertain. Une dette diffuse, rarement chiffrée publiquement, mais bien ressentie sur le terrain. Et pour les hôpitaux, l’équation devient délicate : comment maintenir la qualité des soins lorsque les ressources tardent à suivre ?

Le diagnostic est sans détour. Pour le Dr Magaran Monzon Bagayoko, représentant de l’OMS au Cameroun, « le financement constitue un goulot d’étranglement de l’accès équitable aux soins pour tous […] il faut véritablement un plan durable de mobilisation de ressources ». Autrement dit, la CSU est victime de son propre succès : plus elle attire de bénéficiaires, plus elle met sous pression un modèle financier encore fragile.

À cette contrainte budgétaire s’ajoute un vide institutionnel préoccupant. « Nous n’avons pas encore la loi sur la couverture santé universelle », rappelle-t-il. Sans cadre législatif solide, la réforme reste suspendue aux arbitrages politiques et aux aléas économiques. Or, sans loi, difficile d’ancrer durablement un système qui ambitionne de couvrir toute une population.

Les défis ne s’arrêtent pas là. L’intégration du secteur informel qui constitue l’essentiel du tissu économique camerounais demeure un casse-tête. Comment faire contribuer des populations aux revenus irréguliers sans les exclure du système ? Comment bâtir une solidarité nationale sur une base économique aussi fragmentée ?

Sur le plan technique, les limites sont tout aussi évidentes. Le pays ne dispose que d’environ 24 professionnels de santé pour 10 000 habitants, loin des standards internationaux. Et parmi eux, les spécialistes restent rares. « Il nous faut les ressources humaines en quantité et en qualité […] améliorer l’offre de soins et l’information sanitaire », insiste le représentant de l’OMS.

Ainsi, la CSU camerounaise avance sur une ligne de crête. D’un côté, une réussite sociale indéniable, portée par des résultats concrets et une adhésion populaire réelle. De l’autre, un édifice encore fragile, confronté à des contraintes financières, institutionnelles et structurelles majeures.

Trois ans après son lancement, la CSU n’est plus une promesse. Elle est une réalité massive, visible, structurante. Mais une réalité sous tension. Car au fond, une question persiste, de plus en plus pressante : peut-on durablement soigner des millions de personnes… sans garantir, en face, les moyens de payer ceux qui les prennent en charge ?

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MIREILLE SIAPJE

Rédacteur en Chef

Journaliste multimédia, rédactrice en chef du groupe de presse Échos Santé. Spécialisée en santé publique, droits humains et environnement. S’exprime en français et en anglais. Lauréate du Prix Médiation Press Trophies 2014 et du Prix Michel Sidibé 2024.

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