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Fistules obstétricales : Près de 20 000 femmes vivent avec cette lésion au Cameroun

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À l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la fistule obstétricale 2026, le Directeur Général du CIESPAC, le Pr Pierre Marie Tebeu, a lancé un appel pressant depuis Brazzaville aux six États membres de la CEMAC. Face à ce qu’il qualifie de « drame silencieux de la maternité », l’expert camerounais propose une feuille de route en sept recommandations phares pour éradiquer définitivement cette affection d’ici 2030, misant sur la formation, la coordination sous-régionale et la réinsertion des victimes.

Elle s’appelait Marguerite, mais plus personne ne voulait prononcer son nom. Rejetée par son mari, chassée du marché parce qu’elle « sentait mauvais », elle vivait désormais à l’écart du village, derrière un manguier, seule avec son bébé mort‑né et cette déchirure intime qui transformait chaque jour en supplice.
L’histoire de Marguerite, malheureusement, n’est pas un cas isolé. Elle est le symbole muet de ce que le Professeur Pierre Marie Tebeu, Directeur Général du Centre Inter‑Etats d’Enseignement Supérieur en Santé Publique d’Afrique Centrale (CIESPAC), appelle « le drame silencieux de la maternité ». À l’occasion de la Journée internationale de la lutte contre les fistules obstétricales 2026, c’est depuis Brazzaville que ce chirurgien et expert de renom a choisi de briser le silence. En effet, alors que le monde entier se mobilise, le Professeur Tebeu adresse un message sans équivoque aux six pays de la CEMAC (Cameroun, Centrafrique, Congo, Gabon, Guinée équatoriale et Tchad) : la fistule obstétricale, cette complication évitable et pourtant si cruelle, doit être éradiquée d’ici 2030.

Pourquoi un tel sentiment d’urgence ? Parce que derrière les chiffres, il y a des visages. Chaque année, dans la sous‑région, environ 2 500 nouveaux cas sont rapportés. Rien qu’au Cameroun, près de 20 000 femmes vivent aujourd’hui avec cette lésion, tandis qu’au Congo, entre 190 et 475 nouvelles victimes rejoignent chaque année les rangs de l’invisible. « La fistule obstétricale est l’une des complications les plus graves, les plus douloureuses, les plus injustes de l’accouchement, martèle le Pr Tebeu. Les causes sont connues : défaillance dans l’accès aux soins obstétricaux d’urgence, travail prolongé. Les conséquences aussi : exclusion sociale, détresse psychologique, perte de la dignité ».

Face à ce constat, l’heure n’est plus aux actions ponctuelles ou aux campagnes humanitaires éphémères. C’est pourquoi le Professeur Tebeu rappelle avec force la Déclaration de Brazzaville de mai 2023, dont le thème résonne comme un serment : « Élimination des fistules obstétricales à l’horizon 2030 ». Pourtant, pour passer de la parole aux actes, plusieurs obstacles doivent être levés. Et le Directeur Général du CIESPAC en connaît le chemin. Ainsi, il propose une feuille de route claire, articulée autour de sept recommandations phares. D’abord, il exige que la fistule ne soit plus simplement vue comme un problème sanitaire, mais comme un drame médical, social, psychologique et économique. Ensuite, il appelle à la désignation, dans chaque pays membre, d’un « Point focal national Fistule obstétricale », un capitaine chargé de coordonner la riposte. « Nous ne pouvons plus nous satisfaire d’actions ponctuelles, insiste‑t‑il. Des actions urgentes et à impact durable s’imposent ».

Parallèlement, le Pr Tebeu mise sur la formation. Son idée est simple mais ambitieuse : créer des équipes pluridisciplinaires où cohabitent chirurgiens réparateurs, infirmiers spécialisés en soins postopératoires, et experts en communication pour traquer les cas cachés. Car le véritable défi, aujourd’hui, ne réside pas seulement dans l’acte chirurgical. Il s’agit aussi, et surtout, de la réinsertion. « Au‑delà de la chirurgie, ajoute‑t‑il, nous devons intégrer la réinsertion sociale active des femmes traitées, la lutte contre la stigmatisation, et l’accompagnement psychosocial pour la restauration de la dignité. » Enfin, pour que cette dynamique ne retombe pas comme un souffle, le CIESPAC se positionne comme la cheville ouvrière de la coordination sous‑régionale. Le Professeur Tebeu a d’ailleurs reçu une mission formelle de structuration de la prise en charge, en synergie avec le GFMER (Geneva Foundation For medical Education and Research) et le Fistula Group. « La fistule obstétricale n’est pas une fatalité, conclut‑il avec une gravité teintée d’espoir. Elle peut être vaincue par la prévention et la prise en charge. Elle peut être éradiquée. Qui remet à demain… L’urgence de la riposte durable n’est pas optionnelle. C’est une urgence sanitaire, sociale, morale. » Alors que la déclaration officielle est publiée ce jour au siège du CIESPAC à Brazzaville, une question demeure : saura‑t‑on, d’ici quatre ans, faire de Marguerite un souvenir, et non une réalité quotidienne ? En attendant, la parole est donnée aux États. Et le compte à rebours a déjà commencé.

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Elvis Serges NSA'A DJOUFFO TALLA

Rédacteur en Chef Adjoint

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