Sel, sucre et aliments ultra-transformés alimentent l’explosion des maladies non transmissibles. L’Association pour la réconciliation et le développement (RADA) appelle à l’étiquetage nutritionnel et à la taxation des produits malsains.
Le constat est sans appel ; les maladies non transmissibles (cancer, diabète, hypertension) ont désormais détrôné les maladies infectieuses au Cameroun. C’est ce que révèle les chiffres présentés par l’Association pour la réconciliation et le développement (RADA-Cameroun) et ses partenaires lors du café de médias tenu le 24 janvier 2026 à Yaoundé sur « l’étiquetage nutritionnel et enjeu de la prévention des maladies non transmissibles ». Ce café avait pour objectif de militer pour qu’il y ait au Cameroun : un étiquetage et une réglementation sur l’étiquetage nutritionnel, une taxation et restriction du marketing ainsi qu’un appel à l’éducation sur les comportements alimentaires. Afin de promouvoir l’adoption et l’implémentation d’excellentes politiques de santé publique au Cameroun.
Un diagnostic alarmant : l’addiction au menu
Des chiffres qui font froid au dos. L’obésité frappe aujourd’hui 26% des adultes, tandis que 15% sont en catégorie d’obésité. En ce qui concerne les enfants de moins de 5 ans, la prévalence de l’obésité a presque doublé depuis 1991 jusqu’en 2018. De plus, environ 60% des élèves souffrent de carie dentaire chez les élèves âgés de 6 à 11 ans au Cameroun. En effet, un Camerounais consomme en moyenne 13g de sel par jour, soit plus du double des 5g recommandé par l’OMS comme l’explique Mpondo Prince coordonnateur national du REMAPSEN «La quantité journalière du sel que nous devons consommer par jour, c’est-à-dire tous nos repas journaliers, c’est une cuillerée à café. C’est l’équivalent de 5 grammes maximum par jour. Mais l’OMS nous renseigne que, chaque Camerounais consomme en moyenne 13 grammes de sel par jour. Vous voyez qu’on est largement au-dessus du nombre qui est recommandée ». Plus surprenant encore, les zones rurales ne sont plus épargnées : les jeunes de 20 à 39 ans y consomment des doses de sucre massives, souvent cachées derrière un marketing agressif. Les industries sont à ce niveau pointées du doigt pour leur usage intensif de saccharose et d’édulcorants à travers des produits ultra-transformés (aliments prêts à manger ou à boire qui contiennent des quantités excessives de sucre, de sel, de calories, de graisses saturées ou de gras trans) avec pour signe trompeur de produits dits « zéro sucre ». Pour remédier à cela, le RADA a mis en œuvre plusieurs initiatives.
La riposte : étiquetage, taxation et vigilance numérique
Pour contrer cette offensive industrielle, la stratégie de riposte du RADA s’articule autour d’outils technologiques et législatifs innovants : l’étiquetage et une réglementation sur l’étiquetage nutritionnel qui va permettre aux populations de mieux connaître la composition nutritionnelle, la présence des substances à risque et la condition d’utilisation des produits mis sur le marché ; la taxation et les restrictions du marketing ainsi qu’un plaidoyer comme le souligne Ferdinant M. Sonyuy, président du RADA « il faut marquer les produits qui ont un taux en sel, en sucre, en matière grasse et en produits ultra-transformés. Ça, c’est le premier plaidoyer. Le second, c’est sur la taxation de ces produits alimentaires par le gouvernement. Nous avons initié les travaux sur le sujet l’année dernière. Malheureusement, ça n’a pas abouti dans la loi des finances. Mais nous devons continuer en insistant sur l’urgence de cette situation ». Par ailleurs, en août dernier leRADA a Lancée une plateforme numérique (pour l’année 2025, environ 153 actions ont été collectées). Cette base de données documente en temps réel les habitudes de consommation et traque les pratiques des industriels. Le REMAPSEN, lui, à travers son plaidoyers’érige en relais d’éducation pour transformer chaque citoyen en consommateur averti et maintient la pression sur les décideurs.
Vers une « taxe santé » dissuasive
Le RADA révèle également que, la résolution du problème passera aussi par le portefeuille. En effet, un rapport de l’OMS propose une fiscalité dissuasive qui consiste à imposer des taxes spécifiques sur les produits excessivement sucrés, salés ou gras. Une mesure qui vise un double objectif : pousser les industriels à reformuler leurs recettes pour éviter la taxation et générer des revenus propres pour financer le système de santé national. De plus, le Plan Stratégique National, qui est actuellement au cœur des discussions avec le Ministère de la Santé Publique, prévoit également de restreindre drastiquement le marketing ciblant les enfants, premières victimes de la dépendance au sucre.
L’enjeu : Inverser la courbe de la mortalité
L’objectif final de toutes ces mesures entre en droite ligne avec les missions du RADA, de réduire les 43 % de décès annuels liés aux MNT au Cameroun. A travers des « choix éclairés » grâce à un étiquetage transparent, les organisateurs espèrent briser le cycle de l’addiction dès le plus jeune âge. Les revenus issus des taxes pourraient, à terme, offrir une bouffée d’oxygène aux comités de lutte contre le cancer et aux services de soins chroniques, renforçant ainsi l’autonomie financière de la santé au Cameroun.
Le rôle crucial des médias
Informer n’est plus une option, c’est un acte de prévention. Le RADA et ses partenaires ont appelé les journalistes à devenir des relais d’éducation. A apprendre aux populations à lire une étiquette et dénoncer les dangers des excès de sel et de sucre qui sont les premières étapes pour réduire les 43 % de décès annuels liés aux MNT.
Dans cette guerre contre le « tueur silencieux », le message est clair : du gouvernement au simple consommateur, chacun au sortir de ce café, doit désormais jouer son rôle pour garantir un Cameroun en bonne santé.
Réaction
«Nous avons besoin de la collaboration des médias.»

Nous faisons un plaidoyer auprès du gouvernement et espérons que la population va se réveiller, manger ce que nous cultivons que ce qu’on trouve dans les supermarchés. Nous avons aussi besoin de la collaboration des médias, de la société civile afin qu’ils s’allient à notre vision.
Radar a mené beaucoup d’enquêtes. Il y a eu beaucoup de données statistiques dans le monde, en Afrique, et aussi au Cameroun. En 2016, comme on peut noter que, l’alimentation malsaine a dépassé le tabac. Nous tous nous mangeons, mais nous tous ne fumons pas. Ce que nous mangeons peut nous rendre malades et ça peut nous rendre forts. Radar, depuis 2021, a commencé les plaidoyers sur l’étiquetage, le marquage des produits malsains. Si le produit n’est pas malsain, selon notre plaidoyer, il n’y aura pas de marquage. En 2024, nous avons commencé la taxation de ces produits malsains. Il y a une étude que nous avons menée en 2024 qui montre que les Camerounais dans leur maison boivent au moins trois canettes de jus par semaine. Selon ce que nos experts nous ont dit, le sucre, l’OMS recommande un morceau de sucre par jour. Imaginez une situation où dans nos familles, une personne boit au moins trois canettes de jus. C’est déjà l’excès.
Tous nos plaidoyers, s’il y a un moyen de ne pas seulement monter la pression sur le gouvernement de passer cette politique pour protéger la population, mais aussi pour que la population puisse se réveiller et voir que ce que nous mangeons c’est ce qui nous tue en premier lieu. Parce que nous avons noté qu’il y a beaucoup d’ignorance dans la population. Par exemple, nous avons mené une étude et nous avons demandé à combien des populations regardaient les étiquetages derrière et plusieurs personnes les regardaient. Ceux qui regardaient, c’est la date de péremption. C’est important que les populations suivent pour nos enfants. On achète les petits biscuits, les petits jus, on les donne. Après, ils deviennent accros. Vous voyez une situation là où un enfant a le type diabète 1 et on demande que ça sorte d’où. On a mené des enquêtes et nous avons aussi formé des éducateurs dans tout le Cameroun qui sont en train d’éduquer la population sur notre plaidoyer que nous sommes en train de demander au gouvernement de passer pour protéger la population et aussi pour ouvrir les yeux des populations pour qu’ils puissent diminuer leur consommation. Parce que nous ne pouvons pas dire arrêter, mais c’est bien de diminuer. Si tu prenais un jus par jour, une bouteille de jus par jour, tu peux diminuer à un verre. Ça ne se passe pas de jour au lendemain parce qu’il faut penser à ton futur. Comment vous allez visiter le médecin tous les jours pour par exemple quelqu’un qui est diabétique. Ce n’est pas quand même facile. Une des questions qui s’est aussi levée sur ce média café, c’est la mentalité que manger sain est cher. Je suis aussi fière que les hommes et les femmes des médias qui sont ici sont aussi en train de rentrer avec le message clé que manger sain n’est pas cher. Tout commence par nous. Comme
Propos recueillis par Audray Ndengue












































































































































































































































































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