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Alimentation : Quand l’assiette devient l’ordonnance principale

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Pour le Dr Joséphine Briand K., naturopathe, l’alimentation n’est pas un simple carburant, mais le fondement de la santé.

« Que ton aliment soit ta première médecine. » Cette célèbre maxime d’Hippocrate, vieille de plus de deux millénaires, trouve un écho puissant et moderne dans l’approche du Dr Joséphine Briand K., naturopathe. Pour elle, le paradigme est clair : la maladie n’est pas un coup du sort, mais le résultat logique et prévisible d’un terrain déséquilibré. « L’organisme est comme une maison. Pour qu’une personne se retrouve dans votre salon, il faut que quelqu’un lui ait ouvert la porte », illustre-t-elle avec une métaphore évocatrice. Cette porte d’entrée, selon sa vision holistique, s’ouvre à la faveur de deux déséquilibres fondamentaux : « d’un côté, ce que nous faisons en trop et n’aurions pas dû faire ; de l’autre, ce que nous ne faisons pas assez et aurions dû faire. » L’excès, source d’encombrement, encrasse l’organisme et perturbe la communication entre les systèmes. Le déficit, quant à lui, crée des carences qui fragilisent les défenses immunitaires, ouvrant la voie à la pathologie.

Ainsi, l’alimentation moderne se trouve au cœur de ce déséquilibre métabolique. Le Dr Briand insiste sur le fait que les causes des maladies sont, dans leur immense majorité, liées à ce que nous ingérons quotidiennement. « Notre façon de s’alimenter ne profite pas à tous les systèmes. Le corps humain est constitué de dix systèmes, chacun ayant besoin de nutriments spécifiques. Or, nos choix alimentaires favorisent souvent certains systèmes au détriment d’autres », déplore-t-elle. Pour étayer son propos, elle prend l’exemple du diabète, une maladie qu’elle qualifie d’emblématique de ce phénomène d’encombrement. « Nous sommes encombrés par l’excès de sucre, stocké sous forme de graisse – le glycogène – dans nos cellules adipeuses. Le corps se remplit. Lorsque les vaisseaux sanguins sont saturés, apparaissent alors l’hypertension artérielle et d’autres maladies cardiovasculaires », explique-t-elle. Par conséquent, cet encrassage systémique crée un terrain propice à la chronicité et aux complications.

En effet, le concept des « maladies de l’encombrement » est central dans sa démonstration. Elle décrit un cercle vicieux où la surcharge interne devient la matrice de multiples pathologies. Prenant le système cardiovasculaire, elle détaille : « L’encombrement dû à un excès de cholestérol, des plaques d’athérome ou un sang trop visqueux, qui circule mal dans les capillaires, peut provoquer une hypertension artérielle, un accident vasculaire cérébral, un infarctus du myocarde ou une embolie pulmonaire. » Les conséquences ne s’arrêtent pas là, touchant aussi le système nerveux avec « des engourdissements, des fourmillements, voire des neuropathies périphériques » ou la vue avec des problèmes comme le glaucome. De la même manière, au niveau intestinal, « l’encombrement entraîne des cholopathies fonctionnelles, des colons irritables, et peut même favoriser des cancers colorectaux à force d’‘embouteillage’. Beaucoup de nos maladies puisent leurs racines dans cette surcharge interne. »

Face à cette menace interne, la naturopathie propose une réponse radicalement différente de la médecine conventionnelle. Le Dr Briand oppose deux modèles : le modèle pasteurien, qui cible le germe comme ennemi à éradiquer, et le modèle hippocratique, qu’elle défend. « La naturopathie ne suit pas le modèle pasteurien, qui désigne le germe comme l’ennemi à abattre via des antibiotiques. Elle privilégie le modèle hippocratique, selon lequel un organisme fort est comme une forteresse : même si un microbe pénètre, il ne peut y survivre. La clé est le terrain interne », affirme-t-elle avec conviction. Ainsi, le combat ne se situe pas contre un agent extérieur, mais pour le renforcement des défenses intrinsèques de l’organisme. Un terrain sain, non acidifié par les excès, devient un milieu hostile à la prolifération des germes.

Cette philosophie remet même en question le déterminisme des maladies dites héréditaires. Pour le Dr Briand, des pathologies comme le diabète sont moins une fatalité génétique qu’un héritage familial de modes de vie. « En naturopathie, nous les considérons plutôt comme des maladies familiales. Une famille partage des similitudes physiologiques et, surtout, une alimentation commune. Nous avons été ‘construits avec la même matière première’ », analyse-t-elle. Par conséquent, en modifiant cette « matière première » – c’est-à-dire l’alimentation et l’hygiène de vie – il devient possible d’influer sur le destin santé. « En apprenant à bien se nourrir et en adoptant une bonne hygiène de vie, on peut renforcer l’organisme au point de contrebalancer, voire d’inverser, une telle prédisposition », assure-t-elle, offrant un message d’espoir et de responsabilisation.

Alors, concrètement, comment « barrer la route » à la maladie selon ces principes ? La réponse du Dr Briand est double, articulée autour du drainage et d’une alimentation stratégique. Premièrement, l’eau joue un rôle fondamental. « L’eau est fondamentale. Elle nettoie l’intérieur comme l’extérieur… Elle est essentielle au drainage », souligne-t-elle. Deuxièmement, il s’agit de revoir entièrement son assiette en privilégiant les aliments à « séjour bref » dans l’organisme pour éviter la stagnation et l’acidification. Ses recommandations sont précises : « Je recommande de limiter la viande à deux fois par semaine maximum, car elle est longue à digérer et génère de l’acidité. Augmentez les protéines végétales, les crudités et les aliments ‘glissants’ comme le gombo, qui favorisent le drainage intestinal. » L’objectif est de passer d’une alimentation qui encrasse à une alimentation qui nettoie et nourrit chaque système spécifiquement.

En définitive, le plaidoyer du Dr Joséphine Briand est un appel à une prise de conscience et à l’éducation. « Vivre longtemps et en santé est un projet », conclut-elle, un projet qui exige de comprendre les besoins de son corps et de moduler son hygiène de vie en conséquence. Son discours, ancré dans la tradition hippocratique mais résolument actuel, replace l’individu au centre de sa santé. Il ne s’agit plus de subir la maladie ou de simplement la combattre une fois déclarée, mais de construire jour après jour, par des choix conscients, un terrain si robuste que la maladie ne trouve tout simplement plus de porte d’entrée.

Elvis Serge NSAA

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