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AFRIQUE

Faire des MTN une priorité de santé : les réflexions se poursuivent à Cotonou

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Les travaux du Forum des médias sur les maladies tropicales négligées se sont ouverts ce jeudi à Cotonou. Journalistes africains, experts et décideurs veulent rompre le silence autour de maladies évitables qui continuent de toucher les plus pauvres.

Les travaux du Forum des médias sur les maladies tropicales négligées (MTN) se sont officiellement ouverts ce jeudi à Cotonou, au Bénin, réunissant des journalistes venus d’une vingtaine de pays africains, des responsables sanitaires, des partenaires techniques et financiers ainsi que des acteurs de la société civile. Pendant deux jours, les participants entendent faire des médias un levier central de la lutte contre ces maladies longtemps reléguées à la marge des priorités publiques.

Organisé par le Réseau des médias africains pour la promotion de la santé et de l’environnement (REMAPSEN), en partenariat avec Speak Up Africa, la Fondation Gates, la Fondation Raoul Follereau, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et plusieurs autres partenaires, ce forum se tient à la veille de la Journée mondiale de lutte contre les maladies tropicales négligées, célébrée chaque 30 janvier.

Youssouf Bamba, président du Réseau des médias africains pour la promotion de la santé et de l’environnement (REMAPSEN).

Des maladies massives, mais ignorées

Les maladies tropicales négligées touchent encore plus d’un milliard de personnes dans le monde, dont une part considérable en Afrique. Elles affectent principalement les communautés les plus vulnérables, souvent dans des zones où l’accès à l’eau potable, à l’assainissement et aux soins de santé de base demeure limité.

Éléphantiasis, trachome, dracunculose, filariose lymphatique : derrière ces appellations médicales se cachent des réalités humaines lourdees : handicaps, stigmatisation, perte de revenus, déscolarisation et isolement social.

Pour Youssouf Bamba, président du REMAPSEN, cette situation est en partie liée à un déficit de visibilité médiatique.

La lutte contre les MTN, a-t-il rappelé, ne peut être menée « en ordre dispersé ». Elle exige une synergie d’action entre les États, les partenaires au développement, les professionnels de santé, les communautés locales et les médias. L’ambition du forum est donc d’améliorer la qualité du traitement journalistique des MTN et de promouvoir une approche intégrée liant santé, environnement et développement durable.

Yaye Sophiétou Diop, directrice des partenariats et du développement, Speak Up Africa.

Parler autrement pour toucher les populations

Partenaire stratégique du forum, Speak Up Africa a insisté sur l’importance du langage et du récit.

Selon Yaye Sophiétou Diop, directrice des partenariats et du développement, représentant Yacine Diop Djibo. Fondatrice et Directrice Exécutive de Speak Up Africa ,les MTN sont non seulement négligées sur le plan politique, mais aussi mal comprises par les populations qu’elles affectent.

Les termes techniques, souvent complexes, éloignent les communautés du débat. D’où la nécessité, selon elle, de déconstruire le langage, de simplifier les messages et de permettre aux populations concernées de comprendre les causes, les modes de prévention et les solutions existantes. Un enjeu clé pour renforcer la redevabilité sociale et encourager la demande communautaire de services de santé.

Dr Jean Kouamé Konan, représentant résident de l’OMS au Bénin.

L’Afrique montre que l’élimination est possible

Contrairement aux idées reçues, l’élimination des maladies tropicales négligées n’est pas un objectif hors de portée.

Selon l’OMS, plus de 22 pays africains ont déjà éliminé au moins une MTN. La dracunculose a atteint son niveau le plus bas jamais enregistré, avec une réduction de plus de 99 % des cas à l’échelle mondiale.

Le Bénin, pays hôte du forum, est régulièrement cité comme un exemple. Le pays a éradiqué la dracunculose en 2009, éliminé la trypanosomiase humaine africaine en 2021 et le trachome en 2023, et progresse vers l’élimination de la filariose lymphatique.

Pour le Dr Jean Kouamé Konan, représentant résident de l’OMS au Bénin, les MTN ne sont pas une fatalité. Elles sont avant tout le reflet d’inégalités persistantes. « Parler des MTN, c’est parler d’équité, de dignité et de justice sociale », a-t-il souligné, rappelant que ces maladies compromettent la scolarité des enfants et la productivité des adultes.

Fançoise Sybille Assavedo, Directrice adjointe de cabinet, représentante du ministère béninois de la Santé.

Un combat fragilisé par la question du financement

Malgré les progrès, la lutte contre les MTN reste fragile. La baisse des financements internationaux, dans un contexte mondial marqué par des crises économiques, sécuritaires et climatiques, suscite de fortes inquiétudes parmi les acteurs de la santé.

Les autorités béninoises ont profité de ce forum pour appeler à un renforcement des financements domestiques, à la diversification des sources et à une implication accrue du secteur privé africain.

« Investir dans la lutte contre les maladies tropicales négligées n’est pas un acte de charité, mais un investissement stratégique dans le capital humain et le développement », a déclaré Fançoise Sybille Assavedo, Directrice adjointe de cabinet, représentante du ministère béninois de la Santé.

Des journalistes venus d’une vingtaine de pays africains, environ 70 journalistes membres du REMAPSEN.

Les médias appelés à changer le récit

Dans ce contexte, les journalistes sont appelés à jouer un rôle déterminant.

Au-delà du simple relais d’information, ils sont invités à humaniser les données, à raconter les histoires des personnes affectées, à questionner les politiques publiques et à maintenir les MTN à l’agenda politique.

Placée sous le thème « De la négligence à la mise en lumière : faire avancer l’agenda africain pour l’élimination des MTN », cette quatrième édition du forum ambitionne de déboucher sur des recommandations concrètes et des productions médiatiques capables de transformer durablement le regard porté sur ces maladies.

Pour les organisateurs, le message est clair : tant que ces maladies resteront invisibles dans l’espace public, elles continueront de faire des ravages en silence.

Cette première journée des travaux prépare ainsi, l’entrée de la Journée mondiale de lutte contre les MTN célébrée le 30 janvier.

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SIAPJE MIREILLE

Rédacteur en Chef

Journaliste multimédia, rédactrice en chef du groupe de presse Échos Santé. Spécialisée en santé publique, droits humains et environnement. S’exprime en français et en anglais. Lauréate du Prix Médiation Press Trophies 2014 et du Prix Michel Sidibé 2024.

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