Avec plus de 32 000 consultations annuelles, 3 450 patients sous traitement antirétroviral, un taux d’enrôlement de 100 % à la Couverture Santé Universelle et une offre de soins couvrant près de quinze spécialités, l’hôpital de district de la Cité Verte s’impose comme un modèle;
De la pédiatrie à l’oncologie, en passant par la cardiologie et la chirurgie dentaire, l’établissement déploie une offre de soins quasi complète;
Dans cet entretien, le Dr Patrick BEKOULE, directeur de l’hôpital de district de la Cité Verte à Yaoundé, dresse le portrait d’un établissement qui défie les catégories. Bien plus qu’un simple hôpital de district, la structure s’est imposée comme un centre de référence pour le diabète et offre une palette étendue de soins spécialisés.
Ils viennent de la Carrière, de Madagascar, de Tsinga, de Briqueterie. De Nkonkana, Mbankolo, du Huitième, de Mokolo, de Nkolbisson. Chaque matin, ils franchissent les grilles de l’hôpital de district de la Cité Verte par vagues successives, portant leurs douleurs, leurs inquiétudes, leurs espoirs. Le bâtiment est modeste, les couloirs exigus, les salles d’attente trop justes. Pourtant, ici, pas de chaos. Ici, l’ordre tient. La propreté surprend. La discipline des équipes contredit l’étroitesse des lieux. Bienvenue dans le service public camerounais qui a fait de la contrainte une force, et de la surcharge une routine maîtrisée.
Situé au cœur d’une zone densément peuplée où se côtoient marchés populaires, débits de boissons et habitations précaires, l’hôpital de district de la Cité Verte occupe une position stratégique. Il est le point de convergence sanitaire de près de sept communes d’arrondissement, le recours immédiat pour des centaines de milliers d’habitants. Une position qui aurait pu submerger ses équipes. Une position qu’elles ont apprivoisée. « Nous enregistrons plus de 32 000 consultations par an », pose le Dr MEKOULOU Ange Castilla, chef du service des urgences. Le chiffre est sobre. Il raconte pourtant une pression quotidienne que seuls les murs savent mesurer.
Mais ce que le visiteur découvre d’abord, ce n’est pas la foule. C’est le calme qui la dompte. Aux abords du service d’accueil, aucun attroupement anarchique. Les patients sont orientés, les files d’attente silencieuses, le sol impeccable. Des agents en blouse blanche circulent, répondent, rassurent. « Nous nous assurons que l’accueil est bien fait, que les urgences sont prises en charge rapidement, qu’il n’y ait pas de temps mort », explique le Dr Mekoulou. Une phrase qui, ici, n’a rien d’un vœu pieux.

« Une équipe ne peut pas assurer 24h/24 »
Derrière cette mécanique bien huilée, des hommes et des femmes. Peu nombreux. Trois infirmières aux urgences, quatre agents à l’accueil, deux caissières selon l’affluence. Des effectifs que beaucoup jugeraient insuffisants pour un tel bassin de population. Pourtant, la machine tient. « C’est un travail colossal, avec des effectifs réduits et une charge supplémentaire », reconnaît le Dr Mekoulou. « Une équipe ne peut pas assurer les urgences 24h/24. C’est pourquoi les équipes se relaient. » Le lundi, c’est l’affluence des reprises. Le mardi, un léger répit. Le vendredi, la vague remonte. Samedi aussi, parfois. Rythme implacable que les agents connaissent par cœur, qu’ils anticipent, qu’ils absorbent. Sans jamais laisser paraître l’épuisement. Sans jamais rogner sur la qualité.
L’hôpital de district de la Cité Verte s’affirme aujourd’hui comme un pilier essentiel du système de santé local. En effet, avec plus de 32 000 consultations annuelles. Par ailleurs, cette expertise s’illustre particulièrement dans le suivi des pathologies chroniques. C’est ainsi que l’Unité de Prise en Charge (UPEC) accompagne activement 3 450 patients vivant avec le VIH, garantissant un suivi rigoureux et humain. Au-delà de la simple prestation de soins, l’hôpital se distingue par son engagement envers l’accessibilité financière. D’une part, il affiche un résultat exemplaire de 100 % de taux d’enrôlement à la Couverture Santé Universelle au sein de l’UPEC, sécurisant ainsi le parcours de soins des patients les plus vulnérables. D’autre part, l’établissement place l’éthique médicale au sommet de ses priorités : désormais, aucun montant n’est exigé (0 franc) avant la prise en charge d’une urgence vitale. En somme, grâce à cette alliance entre volume d’activité et solidarité, l’hôpital de la Cité Verte prouve qu’une gestion efficace peut rimer avec un accès aux soins pour tous.
L’urgence, une notion à réapprendre

Aux yeux du Dr Mekoulou, une partie du travail consiste aussi à rééduquer le regard des patients sur ce qui relève ou non de l’urgence. « La population considère souvent qu’une fièvre à 39°C, parce qu’elle inquiète, est une urgence. Ce n’est pas forcément le cas », nuance-t-elle. « L’urgence, c’est la personne dont l’état général est altéré et dont les paramètres indiquent un mauvais état général. » Une distinction subtile, mais cruciale, quand le flux est continu et les ressources limitées. Pourtant, cette rigueur dans la catégorisation ne vire jamais au refus de soin. Les gestes protocolaires sont respectés : pose d’une voie veineuse, évaluation rapide, diagnostic. « En général, le patient qui arrive aux urgences est directement admis », précise la chef de service. « Les paramètres sont pris à l’intérieur par les infirmiers, tandis que le médecin procède à l’évaluation. »
VIH et CSU : le pari de l’universalité tenu
À quelques mètres des urgences, l’Unité de Prise en Charge des patients vivant avec le VIH (UPEC) est devenue un modèle de gestion administrative. Sous la houlette de NGONO NTOMO Suzy, infirmière major, le service a relevé un défi colossal : enrôler l’intégralité de sa file active à la Couverture Santé Universelle. « Nous sommes à 100 % », annonce-t-elle. « Tous les malades qui se présentent ici pour prendre leurs médicaments sont pré-enrôlés. La plupart ont déjà leur carte de santé universelle. » Pour y parvenir, l’hôpital a déployé une organisation inédite : des points focaux positionnés à chaque porte d’entrée pédiatrie, vaccination, tuberculose, VIH, femmes enceintes chargés de pré-enrôler les patients dès leur arrivée. Un code MPI est généré, inscrit au verso du carnet de santé, et la machine est lancée. « Nous avons la direction qui a recruté un informaticien pour pallier les bugs du système », ajoute Suzy Ngono Ntomo. Adaptation constante, ingéniosité locale, refus de l’obstacle : l’ADN de la Cité Verte tient dans ces ajustements silencieux.

« Il y a certains patients qu’on a pré-enrôlés et enrôlés depuis longtemps, qui n’ont toujours pas leur carte de santé universelle. Nous fonctionnons donc avec le code NPE. Si les cartes pouvaient sortir plus facilement, cela arrangerait beaucoup nos patients. » NGONO NTOMO Suzy ne brandit pas ce constat comme une plainte, mais comme un signal. Car ici, tout est affaire de signaux : les bugs de la plateforme, les retards de production des cartes, la nécessité de payer en ligne quand le système tombe. Autant de fragilités que l’équipe contourne, comble, répare, sans cesser d’avancer.
Une offre de soins quasi complète dans un écrin trop juste

Le Dr BOORO à BANG Césarine, gynécologue obstétricienne et conseillère médicale, pose un regard lucide sur ce paradoxe qui fait l’identité de l’établissement. « L’offre de soins est assez variée et presque complète à l’hôpital de district de la Cité Verte », énumère-t-elle. Pédiatrie, néonatologie, gynécologie-obstétrique avec accouchements par voie basse et césariennes, médecine interne couvrant cardiologie, endocrinologie, neurologie, gastro-entérologie, dermatologie, oncologie médicale, chirurgie dentaire avec deux chaises, ophtalmologie, traumatologie, urologie, imagerie médicale avec deux radiologues, biologie complète…La liste est longue. Presque trop longue pour un simple hôpital de district. « Nous avons à peu près toutes les spécialités », confirme le Dr Booro. « C’est vrai qu’il nous manque quelques-unes, mais nous couvrons l’essentiel. » L’essentiel, et même plus. L’arrivée récente d’un oncologue médical place l’établissement en première ligne dans la lutte contre le cancer. Une avancée majeure, qui alourdit encore la fréquentation. Car le revers de cette exhaustivité, c’est la foule. « La Cité Verte a une grosse capacité en termes de patientèle », soupire la conseillère médicale. « Nous avons beaucoup de sollicitations. Comme vous voyez, vous êtes entré, vous avez vu l’hôpital, il est très petit. »

Le plaidoyer d’une femme de terrain
Le Dr Booro choisit ses mots avec soin. Elle ne réclame pas. Elle expose. « Ce que je pourrais ajouter, c’est un plaidoyer pour une reconstruction ou un agrandissement de notre espace, pour qu’on puisse encore mieux faire. » Mieux faire. L’obsession de toute une équipe. Mieux accueillir, mieux soigner, mieux suivre. Dans des locaux qui n’ont pas été conçus pour une telle affluence, mais où la discipline et la propreté sont devenues des marques de fabrique. Car ici, pas de service négligé. Pas de couloirs sales. Pas de matériel abandonné. L’étroitesse n’excuse aucun relâchement. Au contraire : elle exige une rigueur décuplée, que les agents s’imposent comme une seconde nature.
L’économie de la santé au chevet des plus pauvres
Une autre spécificité de l’hôpital de la Cité Verte tient dans sa politique tarifaire, adaptée aux réalités socio-économiques de son bassin de population. « En général, quand on a en face de soi un malade, on applique toujours ce qu’on appelle l’économie de la santé », explique le Dr Booro. « En fonction de la poche du malade, on se demande quels sont les examens prioritaires. C’est cela qu’on prescrira aux plus démunis. » Une approche pragmatique, qui ne sacrifie jamais l’urgence. « Ici, l’avantage, c’est que quand il y a une situation d’urgence, on met de côté les examens payants, on fait les plus urgents sans demander un seul franc. L’hôpital sort tout ce qu’il y a à sortir à son niveau pour lever l’urgence. » Aucun patient n’est donc refusé pour motif financier. Aucune vie ne se heurte à un guichet. Cette règle non écrite, appliquée quotidiennement, fait la fierté silencieuse des équipes.
Les accompagnants, cette autre urgence
Dans un tel environnement, la gestion humaine dépasse le cadre strict du soin. Le Dr Mekoulou le sait bien : l’angoisse des accompagnants est aussi une pathologie à traiter. « En général, lorsqu’ils amènent un patient en urgence, nous les laissons faire dans un premier temps, car nous partons du principe qu’ils partagent l’inquiétude du patient », explique-t-elle. « Ensuite, nous les appelons pour leur expliquer la situation, le diagnostic et le plan de traitement. »

Une attention qui n’a rien d’accessoire. « Parfois la nervosité n’est pas due qu’à la maladie, mais aussi à la précarité : ils se demandent avec quoi ils vont payer les soins. Cette angoisse peut les rendre plus colériques. » Dr MEKOULOU Ange Castilla, chef des urgences : « Le travail que nous faisons, surtout aux urgences, est déjà énorme. Nous sommes des praticiens à la disposition de la population, avec à cœur notre travail. Mais nous sommes aussi humains, avec nos défauts. Il faut tenir compte de cela. » NGONO NTOMO Suzy, infirmière major UPEC : « Nous avons établi un programme. Des points focaux à toutes les portes d’entrée, des pré-enrôlements systématiques. Le système a des bugs, mais nous nous adaptons. Nous fonctionnons, c’est l’essentiel. » Dr BOORO à BANG Césarine, conseillère médicale : « Je voudrais dire merci à notre chef de département. Chaque fois qu’on demande, il nous accorde. Nous sommes un peu choyés. Et à la population : continuez de nous faire confiance. »
La confiance, ce carburant invisible
Le Dr Booro insiste sur ce point. La confiance. « En dehors de la population environnante, nous recevons d’autres patients qui viennent beaucoup plus d’ailleurs à cause de la confiance qu’on nous accorde. » C’est peut-être là la plus belle reconnaissance. Des malades qui traversent la ville, parfois le pays, pour franchir les portes de ce petit hôpital de district. Qui choisissent l’étroitesse des locaux contre l’inconnu d’établissements plus vastes. Qui préfèrent la file d’attente de la Cité Verte à la fluidité d’ailleurs.
Parce qu’ici, ils savent qu’ils seront soignés. Écoutés. Respectés.
D’abord, que la taille n’est pas la mesure de l’efficacité. Ensuite, que la précarité du cadre n’exclut ni l’excellence des soins ni la dignité de l’accueil. Enfin, que derrière chaque patient admis, chaque urgence traitée, chaque pathologie chronique suivie, il y a des hommes et des femmes qui ont choisi, chaque matin, de faire mieux avec moins. Le Dr Mekoulou résume tout cela en une phrase, adressée à ceux qui franchissent ses portes : « Quand vous venez, sachez qu’en face de vous, il y a des gens qui travaillent beaucoup, mais qui ont le souci de bien faire. » Le souci de bien faire. Dans un hôpital trop petit pour sa réputation, trop étroit pour son ambition, mais plus grand que ses murs par tout ce qu’il accomplit chaque jour.
Propos
« À la Cité Verte, un hôpital de district aux ambitions de référence régionale »

Dans cet entretien, le Dr Patrick BEKOULE, directeur de l’hôpital de district de la Cité Verte à Yaoundé, dresse le portrait d’un établissement qui défie les catégories. Bien plus qu’un simple hôpital de district, la structure s’est imposée comme un centre de référence pour le diabète et offre une palette étendue de soins spécialisés. Mais derrière les avancées – rénovation des équipements, amélioration des conditions d’accueil – se cachent des défis de taille : bâtiments vétustes, manque de personnel et besoin criant d’un nouvel investissement. Le directeur lance un appel aux autorités pour accompagner la métamorphose de cet hôpital au cœur des populations.
Comment allez-vous ? Pourriez-vous vous présenter à nos auditeurs ?
Je suis le Dr Patrick BEKOULE, directeur de l’hôpital de district de la Cité-Verte, chirurgien spécialisé en chirurgie viscérale. J’exerce depuis 2002 et j’ai été affecté en tant que directeur de l’hôpital du district de la Cité Verte il y a deux ans maintenant.
À votre arrivée, dans quel état avez-vous trouvé l’établissement ?
Quand j’ai pris service il y a deux ans, j’ai constaté que les bâtiments étaient vétustes, que le style architectural était dépassé et que la plupart des équipements biomédicaux étaient hors d’usage ou tout simplement absents. Nous avons donc immédiatement tracé nos priorités : refaire l’intégralité des circuits d’eau et d’électricité, ce qui a été fait et qui a considérablement amélioré la sécurité des approvisionnements ainsi que la sécurité des malades et du personnel ; entreprendre des travaux sur les bâtiments, notamment pour l’étanchéité et l’évacuation correcte des eaux usées ; et réacquérir les équipements biomédicaux essentiels, en particulier tout le matériel de laboratoire et de radiologie. Tout ceci a été réalisé. Aujourd’hui, je peux dire que l’hôpital dispose d’appareils neufs qui nous permettent d’espérer être à l’abri de pannes excessives pour les deux ou trois prochaines années. Les circuits d’eau et d’électricité sont pleinement fonctionnels et l’étanchéité des toits a été revue. Dans un monde qui est devenu un village planétaire, je pense que l’on peut désormais mieux découvrir et reconnaître les services de l’hôpital du district de la Cité Verte.
Pour nos auditeurs qui ne sont pas à Yaoundé ou même au Cameroun, pourriez-vous nous donner quelques indications de localisation et d’historique sur cet hôpital ?
L’hôpital du district de la Cité Verte est situé au cœur du quartier Cité Verte, non loin du grand marché de Mokolo, dans la commune d’arrondissement de Yaoundé 2. L’hôpital de la Cité Verte (Centre, Cameroun) est un hôpital. L’hôpital de la Cité Verte se trouve à proximité du bâtiment public de Sonel, ainsi que de l’église de Chapelle de la Cité Verte.
Il est facilement accessible depuis la Poste centrale et est voisin de quartiers comme Nkolbisson. Historiquement, il a été construit dans les années 80 en tant que simple centre de santé. Il a ensuite évolué pour devenir un centre médical d’arrondissement (CMA), puis a été promu au statut d’hôpital de district en 1995. Au fil de ses évolutions, il s’est progressivement spécialisé dans la prise en charge du diabète et est aujourd’hui reconnu comme un centre de référence pour cette pathologie dans la ville de Yaoundé. Les différentes administrations qui se sont succédé ont toujours œuvré à renforcer son plateau technique. C’est ainsi que nous réalisons environ une trentaine de césariennes par mois, de la chirurgie orthopédique, de la chirurgie urologique, et bien sûr de la chirurgie viscérale. Nous avons également un plateau technique conséquent en ophtalmologie, en ORL et en gastro-entérologie.
Au regard de la diversité et de la technicité des services que vous venez de décrire, estimez-vous que cet hôpital dépasse, dans les faits, le cadre traditionnel d’un hôpital de district ?
Tout à fait. Ce qui me fait penser que cet hôpital, bien qu’administrativement catégorisé comme hôpital de district, a en réalité l’activité et le niveau de prise en charge d’un hôpital régional, voire d’un hôpital de deuxième catégorie. Évidemment, c’est un hôpital qui rencontre un certain nombre de défis persistants, notamment les problèmes d’infrastructure dont je parlais, mais aussi des problèmes de ressources humaines : le personnel est insuffisant en nombre, vieillissant, et parfois manque de discipline. Nous avons dû mettre en œuvre plusieurs stratégies pour améliorer le climat social et prévenir les tensions que l’on peut voir ailleurs. Nous veillons au paiement régulier des primes, organisons des réunions mensuelles avec tout le personnel, et avons fait élire des délégués médicaux dans les règles. Chaque matin, un staff réunit le personnel de nuit, le personnel de jour arrivant, la direction et les responsables pour faire le point sur les problèmes survenus et discuter des questions courantes. Cela permet de réajuster très rapidement le fonctionnement. Globalement, l’état de l’hôpital me paraît aujourd’hui satisfaisant. Si les promesses de soutien faites au niveau régional sont tenues, nous pourrons connaître un nouvel élan formidable. Je profite de cette occasion pour remercier sincèrement Monsieur le ministre de la Santé publique pour toute l’aide apportée jusqu’ici, et bien sûr pour solliciter un soutien encore accru afin que cet hôpital atteigne tout le potentiel qu’il est capable d’offrir à nos patients.
Monsieur le Directeur, l’hôpital est implanté dans un quartier résidentiel mais est aussi entouré de quartiers populaires. Répond-il aux exigences de toute cette population mixte ?
Oui, absolument. L’hôpital de la Cité Verte est ouvert à tous les patients, qu’ils soient issus de couches aisées ou de classes plus défavorisées. Nous recevons tout le monde. Nous appliquons même le principe de prise en charge des indigents : ils sont soignés en priorité et ne reçoivent leur facture qu’après. Pour les patients plus aisés, nous essayons, malgré l’exiguïté de nos locaux, de mettre à disposition des chambres un peu plus confortables.
Peut-on dire que l’hôpital est facilement accessible, tant géographiquement que financièrement, pour ces populations ?
Concernant l’accessibilité physique, je pense que cet hôpital est largement accessible. Nous sommes en plein centre-ville, desservi par toutes les routes. Les patients viennent en taxi, en moto-taxi, ou même à pied, puisque nous sommes bordés par le grand marché de Mokolo et des quartiers populaires comme Tsinga, Madagascar ou Carrière. L’accessibilité financière est également un point fort par rapport à d’autres hôpitaux de district : la consultation avec un médecin généraliste est à 1000 francs, ce qui inclut les accessoires de base. Pour les spécialistes, les tarifs varient entre 3000 et 5000 francs.
En termes de besoins urgents à soumettre aux autorités, que diriez-vous à Monsieur le ministre de la Santé publique concernant l’amélioration du statut technique et des effectifs ?
Une fois encore, je voudrais remercier le ministre pour l’intérêt constant qu’il porte à notre hôpital, intérêt qui se traduit par des affectations de personnel et un appui pour l’équipement. Cependant, comme vous pouvez le constater, ces efforts, bien que précieux, restent largement insuffisants au regard des besoins structurels. Le besoin fondamental est la construction d’un nouveau bâtiment de type R+2, voire R+3. Nous avons besoin d’une architecture moderne, sur plusieurs niveaux, pour répondre de manière plus efficace, plus hygiénique et plus adaptée aux besoins croissants de la population. La satisfaction des patients entraîne un afflux toujours plus grand, et seule une construction neuve et adaptée nous permettra d’y faire face correctement.
Cette nécessaire modernisation passe-t-elle par une délocalisation de l’hôpital ?
Je ne le pense pas. L’emplacement actuel est excellent, au cœur de la population qu’il dessert. Le problème n’est pas le site, mais le fait que les constructions actuelles ne sont plus adaptées. Il suffirait de démolir les structures obsolètes et de construire un bâtiment moderne à plusieurs étages sur le même terrain pour régler durablement la question.
Pourriez-vous nous donner quelques chiffres sur la fréquentation et les effectifs du personnel ?
Pour les chiffres précis de fréquentation, je vous invite à vous entretenir avec notre conseiller médical qui pourra vous fournir des données détaillées. En ce qui concerne les effectifs, nous avons environ 200 personnes, tous grades confondus, qui travaillent ici. Cela inclut une trentaine de médecins, généralistes et spécialistes toutes disciplines confondues, ainsi qu’un nombre important d’infirmiers, d’aides-soignants et de sages-femmes. Mais encore une fois, pour des données opérationnelles précises, le conseiller médical est la personne la plus indiquée.
Merci, Monsieur le Directeur. Avant de clore votre partie, avez-vous un dernier message à ajouter ?
Je voudrais simplement insister sur le fait que le principal défi reste l’investissement. Il faut investir massivement dans cet hôpital pour qu’il puisse continuer à servir sa population et réaliser son plein potentiel. C’est un enjeu crucial pour la santé publique dans notre secteur.
Propos recueillis par Elvis Serge NSAA
« Le gardien de la discipline et de l’excellence à la Cité Verte »

À la tête des équipes soignantes de l’hôpital de district de la Cité Verte, MPEYOU SANI Mohamed incarne une philosophie de leadership exigeante et humaine. Ancien anesthésiste-réanimateur devenu surveillant général, il mise sur la rigueur disciplinaire, la formation continue et l’esprit d’équipe pour garantir des soins de qualité. Dans cet entretien, il dévoile les coulisses de la gestion hospitalière, du fonctionnement des services à l’accueil inclusif des patients, et réaffirme avec conviction : « Ici, le patient est roi. »
Bonjour Monsieur le Surveillant général. Pourriez-vous vous présenter à votre tour ?
Je me nomme MPEYOU SANI Mohamed. Je suis de formation anesthésiste-réanimateur, et j’occupe le poste de surveillant général. J’ai été muté et affecté ici le 22 avril 2025.
Est-ce votre première expérience en tant que surveillant général ?
Non, je viens d’une autre formation sanitaire où j’occupais déjà cette fonction. Le ministère a jugé bon de me muter ici pour apporter mon expérience.
Quelles sont les missions quotidiennes principales d’un surveillant général dans un hôpital comme celui-ci ?
La mission centrale consiste à superviser l’aspect disciplinaire et à piloter la formation continue du personnel. Concrètement, cela implique de veiller à la rigueur dans le comportement professionnel, d’organiser les plannings de soins et la répartition du personnel soignant. Au-delà du contrôle, c’est aussi beaucoup d’échanges, de manière professionnelle, éthique et conviviale, avec l’ensemble des équipes pour maintenir un climat de travail sain et efficace.
Justement, concernant la discipline, quels sont les écarts les plus fréquents que vous relevez et comment procédez-vous pour y remédier ?
Merci pour cette question. Ma philosophie de base est qu’il faut prêcher par l’exemple. Je m’efforce d’être toujours présent très tôt, par exemple aujourd’hui j’étais là à 5 h 40. Cette présence matinale me permet de faire un état des lieux des gardes de nuit, de vérifier que tout le personnel est bien en poste, d’assister à la passation entre les équipes. Tous les matins, nous tenons un staff où nous faisons le point sur la nuit et où nous pouvons aussi aborder des thèmes de formation continue. Pour ce qui est des manquements, comme les retards légers mais répétés, la démarche est progressive : d’abord un échange et un avertissement verbal. En cas de récidive, nous engageons une procédure de demande d’explications écrites. Dans tous les cas, nous suivons scrupuleusement la procédure disciplinaire prévue par la réglementation en vigueur.
Comment parvenez-vous à manager et à faire respecter votre autorité auprès de personnels parfois plus âgés ou plus expérimentés que vous ?
Déjà, à mon installation, j’ai posé un principe : il ne faut pas voir en moi seulement MPEYOU SANI Mohamed, mais avant tout la fonction de surveillant général. Si l’autorité m’a confié cette responsabilité, c’est qu’elle a estimé que j’avais les compétences nécessaires pour la mener à bien. Ensuite, je base mon management sur la compétence, qui se décline en trois piliers : le savoir (les connaissances académiques), le savoir-faire (la capacité à exécuter les gestes et procédures) et le savoir-être (l’attitude et l’intégration dans une équipe). À l’hôpital, nous sommes condamnés à travailler en équipe ; l’individualisme n’a pas sa place. Mon rôle est de m’assurer que chaque membre du personnel allie ces trois dimensions. Nous avons des protocoles et un manuel de procédures très clairs. Si un agent s’en écarte, mon devoir est de l’interpeller et de le ramener dans le cadre défini, qu’il soit ancien ou jeune. Le respect est mutuel et basé sur le professionnalisme, pas sur l’ancienneté.
En parlant des services, lequel selon vous fonctionne le mieux et pourquoi ?
Je vais répondre en citant un auteur, Ludwig von Bertalanffy, biologiste autrichien, a fondé la Théorie Générale des Systèmes (TGS) dès les années 1930-1940. L’hôpital de la Cité Verte est un système, un tout. Et tout cela est supérieur à la simple somme de ses parties. Si je vous dis que le service de pédiatrie est le meilleur, je sépare artificiellement un élément de l’ensemble, et l’ensemble perd de sa force et de sa signification. Tous les services sont interdépendants. Pour faire une tasse de café le matin, vous avez besoin de la tasse, de l’eau, du café, de l’énergie… Aucun de ces éléments n’est « supérieur » à l’autre ; ils sont tous indispensables. C’est la même philosophie ici. Statistiquement, certains services peuvent avoir un volume d’activité plus important, mais cela ne les rend pas plus importants que les autres dans le fonctionnement global de l’hôpital.
Avez-vous des chiffres sur la fréquentation globale de l’hôpital ?
Nous enregistrons plus de 32 000 consultations par an. C’est une formation sanitaire très fréquentée. Le service qui enregistre le plus grand flux est naturellement les urgences, car c’est la porte d’entrée principale. Nous avons d’ailleurs mis en place un service de triage dédié aux urgences, ce qui fluidifie considérablement l’accueil et l’orientation des patients.
Qu’en est-il de l’activité de la maternité et des indicateurs liés ?
Nous réalisons entre 30 et 50 accouchements par mois. Nous avons une activité prénatale suivie, un service de vaccination actif et nous sommes bien pourvus en paquets mère-enfant. Avec l’avènement de la Couverture santé universelle (CSU), qui est une réalité tangible ici, les femmes enceintes et les enfants bénéficient de nombreux services gratuits ou pris en charge.
Comment la formation continue est-elle organisée pour maintenir et améliorer la qualité des soins ?
La formation continue est centrale. Nous organisons des sessions tous les mercredis, avec des thèmes choisis pour leur aspect pratique. La théorie, le personnel la connaît souvent. L’enjeu est de savoir l’appliquer. Par exemple, avoir un défibrillateur ne sert à rien si le personnel n’est pas formé à son utilisation. Nous travaillons en étroite collaboration avec la coordonnatrice des soins pour planifier ces thèmes de façon mensuelle. L’objectif est que tout le personnel, de l’accueil au chevet du patient, parle le même langage et suive les mêmes protocoles de prise en charge.
Pourriez-vous rappeler les principales spécialités et soins complexes disponibles ici ?
Nous avons un plateau technique assez complet : un service d’endocrinologie (très important pour le diabète), de gastro-entérologie, de chirurgie dentaire, un bloc opératoire fonctionnel, un service de chirurgie viscérale (chirurgie générale), un service de kinésithérapie… Vous voyez, c’est nettement fourni. L’hôpital est donc parfaitement équipé pour recevoir non seulement la population du quartier Cité Verte, mais aussi tous les Camerounais qui recherchent des soins de qualité dans ces spécialités.
Existe-t-il des soins entièrement gratuits dans cet établissement ?
Bien sûr. Je l’ai évoqué avec la CSU : les enfants de 0 à 5 ans bénéficient de la gratuité pour la prise en charge du paludisme. Les femmes enceintes ont accès à de nombreux services gratuits. De plus, pour les personnes indigentes ou en situation de grande vulnérabilité, nous avons un service social. Des enquêtes sociales sont menées, et sur avis favorable du directeur, des patients peuvent bénéficier d’une prise en charge totalement gratuite.
Pour terminer, avez-vous un message à adresser à la population ?
Je voudrais d’abord remercier chaleureusement la population des communes de Yaoundé II et d’ailleurs qui nous fait confiance et fréquente notre hôpital. Mon message est simple : continuez à nous faire confiance. Les portes de l’hôpital de la Cité Verte restent grandes ouvertes à tous, sans aucune distinction. Ici, le patient est roi. C’est pour eux que nous nous levons chaque matin, c’est pour leur offrir des soins holistiques et de qualité que nous sommes là. Sans patients, notre mission n’aurait pas de sens. Nous nous engageons à continuer à œuvrer pour leur bien-être global.











































































































































































































































































