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Maladies tropicales négligées en Afrique : stratégie 2026-2030 de l’OMS

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Alors que les maladies tropicales négligées continuent de piéger des millions de personnes dans la pauvreté et la maladie, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), à travers le Projet spécial élargi pour l’élimination des maladies tropicales négligées (ESPEN), lance une nouvelle stratégie ambitieuse pour la période 2026-2030. Objectif : accélérer l’élimination de cinq maladies évitables en Afrique, dans un contexte mondial de financements en net recul.

Les maladies tropicales négligées (MTN) touchent encore près de 1,5 milliard de personnes dans le monde, dont une part disproportionnée vit en Afrique. En 2024, 35 % des personnes nécessitant un traitement contre les MTN se trouvaient dans la Région africaine de l’OMS, où la pauvreté, le manque d’eau potable, l’insuffisance des services de santé et le changement climatique favorisent leur propagation.

Parmi ces maladies, cinq sont particulièrement répandues et peuvent être combattues par la chimiothérapie préventive : l’onchocercose (cécité des rivières),la filariose lymphatique, la schistosomiase, les géohelminthiases, et le trachome.

À elles seules, ces cinq maladies représentent 90 % de la charge totale des MTN en Afrique, entraînant des handicaps physiques, des déficiences visuelles, une stigmatisation sociale et des pertes économiques estimées à 33 milliards de dollars par an pour les ménages touchés.

ESPEN, pilier de la riposte africaine contre les MTN

Créé par le Bureau régional de l’OMS pour l’Afrique, ESPEN est un partenariat public-privé qui soutient les pays africains dans l’élimination des MTN à travers l’assistance technique, la coordination des dons de médicaments, le renforcement des capacités nationales et l’exploitation des données sanitaires.

En 2024 seulement, ESPEN a permis : à 52,6 millions de personnes d’accéder à un traitement, la distribution de près de 1,2 milliard de comprimés, la formation de plus de 580 cadres nationaux, et le traitement de plus de 130 000 échantillons entomologiques.

Ces efforts ont déjà porté leurs fruits : l’élimination du trachome a été validée dans sept pays africains, la filariose lymphatique au Malawi et au Togo, et l’interruption de la transmission de l’onchocercose au Niger.

Une stratégie 2026-2030 face à un tournant critique

Malgré ces avancées, les MTN pour lesquelles une chimiothérapie préventive existe ne sont pas encore sur la bonne trajectoire pour atteindre les objectifs de 2030. La situation est aggravée par la réduction drastique des financements internationaux, notamment l’arrêt du soutien de l’USAID en 2025, qui représentait environ 40 % des financements des MTN.

C’est dans ce contexte que l’OMS lance la stratégie ESPEN 2026-2030, décrite par le Dr Mohamed Yakub Janabi, Directeur régional de l’OMS pour l’Afrique, comme « un appel à l’action collective, fondé sur le leadership des pays, l’équité et l’innovation ».

Six piliers pour éliminer les MTN d’ici 2030

La stratégie s’articule autour de six piliers complémentaires : Renforcer le leadership et les capacités techniques des pays, en soutenant les laboratoires, les enquêtes épidémiologiques et les plans nationaux d’élimination.Garantir l’accès équitable aux médicaments et aux outils de diagnostic, grâce à une meilleure planification et gestion des chaînes d’approvisionnement.Exploiter l’intelligence artificielle et les données, pour améliorer la surveillance, la planification et la prise de décision.Renforcer les partenariats régionaux, afin de mutualiser les ressources et harmoniser les interventions.Intégrer les MTN dans les systèmes de santé, notamment les soins de santé primaires et la couverture sanitaire universelle.Et, promouvoir l’équité de genre et l’inclusion sociale, en ciblant les populations marginalisées et en soutenant le leadership féminin, notamment à travers le programme de mentorat Mwele Malecela.

Un investissement rentable pour la santé publique

Selon l’OMS, la mise en œuvre de cette stratégie pourrait permettre d’éviter environ 18 millions d’années de vie ajustées sur l’incapacité (AVCI) d’ici 2030, pour un coût estimé entre 35 et 60 dollars par AVCI, faisant des interventions contre les MTN parmi les plus rentables en santé publique.

Chaque dollar investi pourrait générer jusqu’à 25 dollars de bénéfices pour les communautés, tout en renforçant durablement les systèmes de santé nationaux.

Une course contre la montre

Alors que la Déclaration de Kigali sur les MTN a déjà été endossée par 84 partenaires, l’OMS insiste sur l’urgence d’un engagement politique fort et d’un financement durable. Sans cela, les progrès réalisés risquent d’être compromis, notamment dans les zones rurales, enclavées ou touchées par les conflits.

Plus qu’une simple feuille de route, la stratégie ESPEN 2026-2030 se veut un levier pour bâtir une Afrique libérée des maladies tropicales négligées, où plus aucune communauté ne serait laissée pour compte.

Mireille Siapje

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