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MTN – le Bénin montre la voie : L’Afrique peut réussir, à condition que…

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Trois maladies déjà éliminées, une quatrième en passe de l’être. Le Bénin affiche des progrès remarquables contre les maladies tropicales négligées. Mais au Forum des médias, une question revient avec insistance : comment maintenir l’élan face à la baisse des financements ?

État des lieux et défis des MTN

Alors que l’Afrique a enregistré des avancées notables dans la lutte contre les maladies tropicales négligées (MTN), les échanges tenus lors du premier panel du Forum des médias ont mis en lumière une réalité contrastée : des succès historiques côtoient encore de profondes fragilités structurelles, financières et communautaires.

Des avancées significatives au niveau régional

Selon les experts de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la région africaine a connu d’importants succès ces dernières années. À ce jour, plus de 22 pays africains ont éliminé au moins une MTN, et certains en ont éliminé plusieurs. Ces progrès sont le fruit d’années de traitements de masse, de surveillance épidémiologique renforcée et d’un engagement politique progressif.

Toutefois, comme l’a souligné Dr Raoul Saizonou, conseiller régional (OMS), des millions de personnes restent encore exposées, notamment dans les zones reculées, pauvres ou touchées par des crises humanitaires. Les MTN demeurent marquées par de fortes inégalités géographiques, parfois même à l’intérieur d’un même pays.

Dr Raoul Saizonou, (OMS),

Le Bénin, un exemple d’engagement et de résultats

Le Bénin s’illustre comme l’un des pays moteurs dans la lutte contre les MTN. Le pays a déjà éliminé la dracunculose, la trypanosomiase humaine africaine (THA) et a récemment soumis son dossier à l’OMS pour l’arrêt de la transmission de la THA. D’ici juin 2026, un nouveau dossier sera déposé pour l’élimination de la filariose lymphatique comme problème de santé publique.

Ces résultats sont intégrés dans les politiques nationales, notamment le Plan national de développement sanitaire (PNDES), la politique sanitaire nationale et le Programme d’action du gouvernement. Deux programmes nationaux dédiés assurent aujourd’hui la coordination de la lutte contre les MTN, avec un ancrage communautaire renforcé grâce aux relais communautaires.

Un défi majeur : la mobilisation et la pérennité des ressources

Malgré ces progrès, la question du financement reste le principal talon d’Achille. La réduction, voire le retrait de certains partenaires techniques et financiers a créé un vide important. Au Bénin, la part de financement de l’État demeure stable, sans toutefois compenser les pertes enregistrées.

Au Parlement béninois, les champions politiques se mobilisent. Grâce au plaidoyer du caucus parlementaire, les ressources allouées à certaines maladies sont passées de 1 milliard à 4 milliards de FCFA. Un signal fort, mais qui reste insuffisant face aux besoins spécifiques des MTN, souvent perçues comme des « maladies des pauvres ».

La coordonnatrice nationale du programme de lutte contre les MTN ne mâche pas ses mots : malgré les avancées, le budget reste maigre. « Grâce aux plaidoyers intenses, nous sommes passés de 1 à 4 milliards FCFA pour certaines lignes budgétaires. Mais pour les MTN, nous ne réclamons qu’1 milliard supplémentaire ! » Avec ces fonds, les campagnes de traitement de masse, de sensibilisation et de dépistage pourraient s’intensifier.

L’honorable Constant Nahum, champion parlementaire de la lutte contre les MTN, confirme : « Le Parlement béninois est à pied d’œuvre ! Nous scrutons chaque budget du ministère de la Santé pour y injecter plus de moyens. Nous avons besoin des médias pour amplifier ces combats menés dans l’ombre et faire connaître ces victoires au grand public. »

Le poids de la stigmatisation et de la désinformation

Au-delà des ressources financières, les barrières socioculturelles freinent encore la lutte. Dans de nombreuses communautés, les MTN sont assimilées à la sorcellerie ou à des malédictions. Cette perception entraîne un retard de recours aux soins et renforce la stigmatisation des personnes atteintes.

Les campagnes de traitement de masse, menées parfois depuis plusieurs décennies, suscitent également une lassitude communautaire. D’où l’importance d’un renforcement constant de la sensibilisation, adapté aux réalités locales, et d’une meilleure communication sur les résultats obtenus.

Les médias contribuent à briser les tabous, influencer les décideurs et maintenir la pression pour une mobilisation durable.

Le rôle central de la société civile et des médias

Les organisations de la société civile (OSC), réunies notamment au sein de la coalition OMTN, jouent un rôle clé. Avec l’appui du ministère de la Santé et de partenaires comme Speak Up Africa, elles mènent des activités de plaidoyer, de sensibilisation et de renforcement des capacités, aussi bien au niveau communautaire qu’institutionnel.

Les médias, quant à eux, sont appelés à devenir de véritables acteurs de changement. En mettant en lumière des maladies longtemps restées dans l’ombre, ils contribuent à briser les tabous, influencer les décideurs et maintenir la pression pour une mobilisation durable.

Cap sur l’Agenda 2030 : préserver les acquis et innover

À l’horizon 2030, les experts appellent à une priorité claire : préserver les acquis pour éviter toute résurgence. Dans un contexte de raréfaction des financements, l’accent doit être mis sur l’intégration des services de santé, l’optimisation des ressources existantes et le renforcement des systèmes de surveillance et de données.

L’engagement politique, l’appropriation locale, l’implication du secteur privé et l’investissement dans le capital humain apparaissent comme des leviers indispensables pour accélérer l’élimination des MTN.

Christian Martins, coordinateur de la « Coalition OMTN » lance un cri du cœur : « La société civile est prête à contribuer massivement ! Nous menons des activités de plaidoyer, de sensibilisation et de renforcement des capacités. Aux partenaires techniques et financiers : nous sommes disponibles pour accompagner la lutte au Bénin ! »

Un combat collectif à poursuivre

Le panel du Forum des médias l’a rappelé avec force : la lutte contre les maladies tropicales négligées est multisectorielle et collective. États, parlementaires, partenaires techniques, société civile, secteur privé et médias doivent avancer ensemble pour que ces maladies, évitables et curables, cessent définitivement de peser sur les populations les plus vulnérables du continent.

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SIAPJE MIREILLE

Rédacteur en Chef

Journaliste multimédia, rédactrice en chef du groupe de presse Échos Santé. Spécialisée en santé publique, droits humains et environnement. S’exprime en français et en anglais. Lauréate du Prix Médiation Press Trophies 2014 et du Prix Michel Sidibé 2024.

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