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Sommet One Health de Lyon : l’Afrique veut peser dans l’agenda G7 de la santé mondiale

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Le 7 avril à Lyon, Emmanuel Macron réunit pour la première fois chefs d’État et ministres autour d’un sommet mondial One Health. L’Afrique, 70 % de la charge mondiale des épidémies, 80 % de ses médicaments importés, aurait pu arriver en suppliant. Elle arrive en exigeant. Réunie trois jours plus tôt par Galien Afrique et le REMAPSEN, la délégation africaine a une feuille de route, des modèles qui fonctionnent et un message sans ambiguïté : le continent a les solutions. Il veut désormais co-écrire les décisions.

L’Afrique produit moins de 20 % des médicaments qu’elle consomme. Le reste est importé de chaînes d’approvisionnement mondiales qui, comme la pandémie de Covid-19 l’a brutalement démontré, peuvent se rompre du jour au lendemain. Quand les frontières ferment et que les laboratoires du Nord réservent leurs stocks, c’est le continent africain, 1,4 milliard d’habitants, 70 % de la charge mondiale des maladies infectieuses, qui paie le prix le plus lourd. C’est pour ne plus jamais se retrouver dans cette position que la délégation africaine arrive à Lyon avec une exigence claire : ne plus être simplement invitée à la table, mais y décider.

Lyon, neuvième édition d’un sommet qui monte en puissance

Le One Health Summit de Lyon, c’est la neuvième édition du One Planet Summit, organisée dans le cadre de la présidence française du G7. Format inédit : pour la première fois, chefs d’État, ministres, scientifiques, secteur privé, société civile, jeunesse et femmes sont réunis autour d’une même table. Selon Caroline Comiti, conseillère régionale santé à l’Ambassade de France au Sénégal, 18 ministres et 60 délégations sont attendus. L’agenda couvre quatre axes : maladies zoonotiques, résistance aux antimicrobiens, systèmes alimentaires durables, exposition aux pollutions. Une déclaration finale commune est attendue. Le lendemain, 8 avril, 70 projets transdisciplinaires africains et mondiaux seront présentés au Centre international de recherche sur le cancer de l’OMS à Lyon.

Ce que l’Afrique apporte : le modèle sénégalais

Loin du cliché du continent en attente d’aide, l’Afrique présente des architectures institutionnelles opérationnelles. Le Sénégal en est l’illustration la plus avancée. Depuis 2017, le pays dispose d’un Haut Conseil National de Sécurité Sanitaire One Health placé sous la présidence du Premier ministre, avec un Secrétariat permanent multisectoriel, un Comité scientifique, et des comités régionaux déployés sur l’ensemble du territoire. Le modèle, présenté par le Dr Adjaratou Diakhou Ndiaye, Secrétaire Permanente, Haut Conseil national de la Sécurité sanitaire One Health au Sénégal, repose sur un principe simple : la sécurité sanitaire, c’est déjà One Health. Eau, assainissement, santé animale, biodiversité, sécurité alimentaire…tout est intégré dans un seul dispositif. Comme l’a résumé le Pr Ibrahima Seck, secrétaire général de Galien Africa : « On ne peut pas avoir une intersectorialité sans une coordination intrasectorielle forte.»

La bataille des données : briser les silos

Gerry Gimaiyo, directeur Santé pour l’Afrique à la Fondation Rockefeller, a posé le diagnostic : « Nos données sur la santé, le climat et l’environnement sont souvent assises dans des silos, ce qui limite notre capacité à agir rapidement. » L’exemple des maladies liées à la chaleur est édifiant : la mortalité par canicule est sous-mesurée, donc sous-financée, donc sous-traitée. Sa formule résume tout : « Ce que nous ne mesurons pas, nous ne finançons pas. Ce que nous ne finançons pas, nous ne pouvons pas résoudre.» Des pays comme le Kenya, le Rwanda et le Sénégal ont déjà des plateformes d’intégration météo-santé. Mais ces initiatives restent isolées et trop dépendantes des financements extérieurs.

Souveraineté sanitaire : concevoir, produire, réguler localement

Message le plus fort du webinaire, porté par la Pre Francine Ntoumi, présidente de la Fondation Congolaise pour la Recherche Médicale : « La souveraineté sanitaire ne se décrète pas. Elle se co-construit dans nos laboratoires, dans nos universités, dans nos politiques publiques. » Le constat est brutal : moins de 20 % de médicaments produits localement, moins de 1 % du PIB consacré à la recherche, des cerveaux qui fuient, des réglementations fragmentées. La riposte tient en quatre verbes, formulés par le Pr Issakha Diallo de l’Université Amadou Hampâté Bâ : concevoir, produire, réguler, former localement. Ce que le webinaire a baptisé « l’innovation frugale » : diagnostics portables, télémédecine mobile, intelligence artificielle sur données africaines. L’African Vaccine Manufacturing Accelerator et la ZLECAF sont identifiés comme leviers majeurs. L’horizon est fixé : « À 2040, l’Afrique peut devenir un pôle mondial d’innovation sanitaire frugale », a affirmé le Pr Diallo.

Communautés, femmes, jeunes : les vraies sentinelles

La Pre Salome Bukachi, antropologue, Directrice de l’Institut d’anthropologie, d’études sur le genre et d’études africaines à l’Université de Nairobi au Kenya, a rappelé une vérité que les grandes conférences oublient : One Health ne fonctionnera jamais sans les communautés. En 2006, lors de l’épidémie de fièvre de la Vallée du Rift au Kenya, le gouvernement avait demandé aux populations d’arrêter de consommer viande et lait. Elles ont continué non par ignorance, mais parce qu’aucune alternative ne leur était proposée. Quand les leaders communautaires ont été associés à la réponse, l’intervention a fonctionné. Leçon retenue : « Rien pour nous sans nous.» Les femmes, premières gardiennes de la santé familiale, restent sous-représentées dans les instances de décision. Les jeunes, 60 % de la population africaine, sont des vecteurs de transformation majeurs à condition qu’on leur en donne les moyens.

Ce que Lyon doit entendre

La délégation africaine arrive avec quatre blocs de recommandations. Sur la gouvernance : leadership politique au plus haut niveau, cadres institutionnels multisectoriels, systèmes d’alerte précoce. Sur les données : plateformes intégrées santé-climat-environnement, souveraineté numérique…les données africaines doivent être stockées et analysées en Afrique. Sur l’innovation : hubs régionaux pharmaceutiques, recherche au-delà de 1 % du PIB, achats publics au service des innovations locales. Sur l’inclusion : communautés, femmes et jeunes intégrés à la conception des politiques, savoirs traditionnels valorisés, programmes territorialisés.

La voix de l’Afrique doit compter

« Il ne s’agit pas d’aller simplement à Lyon », a martelé la Pre Awa Marie Coll Seck, présidente de Galien Afrique. « C’est d’aller poser les problèmes, transformer nos projets en programmes, parler d’innovation et d’action. Le temps n’est plus à la définition des termes. » Benoît Miribel, président de la Fondation Une Santé Durable pour Tous, a ajouté ce qui résonne comme un avertissement : « Le One Health est déjà plus une réalité en Afrique que sur notre continent européen. »

Le 7 avril 2026, sous les projecteurs de Lyon, la délégation africaine portera un message qui dépasse le continent : « les prochaines pandémies se prépareront ou se perdront en Afrique. Ce qui se décide à Lyon doit en tenir compte. »

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MIREILLE SIAPJE

Rédacteur en Chef

Journaliste multimédia, rédactrice en chef du groupe de presse Échos Santé. Spécialisée en santé publique, droits humains et environnement. S’exprime en français et en anglais. Lauréate du Prix Médiation Press Trophies 2014 et du Prix Michel Sidibé 2024.

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