Grâce à l’adoption des nouveaux schémas thérapeutiques entièrement oraux BPaL et BPaLM, recommandés par l’OMS depuis 2022, les patients peuvent désormais guérir en seulement six mois avec un taux de succès avoisinant les 90%, contre 18 à 24 mois de traitement douloureux auparavant.
Une avancée thérapeutique majeure transforme en profondeur la prise en charge de la tuberculose multirésistante (TB-MR) au Cameroun. Fini le temps des injections douloureuses et des traitements s’étendant sur 18 à 24 mois. Grâce à l’adoption des nouveaux schémas thérapeutiques entièrement oraux BPaL et BPaLM, les patients peuvent désormais guérir en seulement six mois, avec un taux de succès avoisinant les 90%. Le Programme National de Lutte contre la Tuberculose (PNLT), en étroite collaboration avec l’ONG FIS Cameroun et ses partenaires, engage une course contre la montre pour traquer les cas manquants et offrir une seconde chance à ceux que le système de santé peine encore à atteindre.
Les chiffres de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) pour 2024 sont implacables. Sur les 650 cas incidents de tuberculose multirésistante estimés au Cameroun, seuls 188 ont été diagnostiqués, soit à peine 29%. Plus préoccupant encore, seulement 133 patients ont effectivement été mis sous traitement. Cela signifie qu’un fossé béant de 79,5% sépare les cas attendus des patients pris en charge, un gap de notification dramatique qui laisse entrevoir une catastrophe sanitaire silencieuse.
Pendant ce temps, le pays comptabilisait 25 705 cas de tuberculose toutes formes confondues en 2023, avec un angle mort tout aussi préoccupant : la tuberculose pédiatrique, qui ne représente que 6,7% des cas notifiés contre 12% attendus. C’est pour colmater ces brèches que l’ONG FIS Cameroun, sous la direction de son Directeur exécutif Bertrand KAMPOER, veut passer de la théorie à l’action pour traquer les 517 cas manquants. « La TB-MR est méconnue, mystifiée. Les taux de notification inférieurs à 40% montrent qu’il faut continuer à démystifier », explique-t-il, conscient que chaque cas non détecté est une chaîne de transmission qui se perpétue.
La révolution thérapeutique : comprendre le protocole BPaL/M
Au cœur de cette transformation, le schéma BPaL/M représente une avancée scientifique majeure. Ce traitement 100% oral de six mois, recommandé par l’OMS depuis 2022, associe plusieurs molécules de dernière génération. Le Dr Danielle MAKONDI, Chef de l’unité TB-MR au PNLT, détaille cette innovation : La lutte contre la tuberculose multirésistante franchit une étape décisive grâce au régime révolutionnaire BPaLM, dont la composition repose sur l’association de la Bédaquiline (B), du Prétomanide (Pa), du Linézolide (L) et, de manière optionnelle, de la Moxifloxacine (M). Cette stratégie thérapeutique se décline en deux options distinctes selon le profil de résistance du patient.
D’une part, le schéma BPaLM (incluant la moxifloxacine) s’impose comme le traitement de première intention pour les patients de 15 ans et plus atteints de tuberculose multirésistante ou résistante à la rifampicine, à condition qu’ils n’aient jamais été exposés aux autres molécules du régime. D’autre part, si une résistance aux fluoroquinolones est documentée (cas de tuberculose pré-XDR), le protocole bascule alors vers le schéma BPaL, lequel se limite aux trois médicaments de base. En somme, cette flexibilité permet d’adapter la puissance du traitement à la souche bactérienne pour briser efficacement la chaîne de transmission.
Les bénéfices de ce nouveau protocole sont multiples et spectaculaires : Sur le plan de l’efficacité d’abord : L’essai clinique TB-PRACTECAL, mené par Médecins Sans Frontières (MSF), a démontré un taux de succès thérapeutique atteignant jusqu’à 89% avec le schéma BPaLM, contre moins de 60% avec les anciens traitements standard. En matière de tolérance ensuite : Fini l’époque des injections quotidiennes douloureuses responsables de pertes d’audition irréversibles chez près de 20% des patients.
L’essai ZeNix, publié dans le New England Journal of Medicine en septembre 2022, a permis d’optimiser la dose de linézolide (600 mg) pour améliorer la tolérabilité et la sécurité du traitement sans compromettre son efficacité. L’aspect économique n’est pas en reste : Une étude publiée dans PLOS Global Public Health a révélé que le coût par personne achevant le traitement avait chuté de 50 à 80% dans trois pays différents par rapport aux anciens schémas thérapeutiques. Une économie substantielle qui pourrait permettre aux gouvernements d’économiser jusqu’à 740 millions de dollars américains par an à l’échelle mondiale.
Le Cameroun à l’heure de l’innovation thérapeutique
Depuis 2021, le Cameroun a résolument adopté cette révolution. Actuellement, 7% des patients bénéficient déjà de ce protocole qui redonne liberté et dignité. Le parcours de soins s’en trouve radicalement simplifié : seulement deux mois d’hospitalisation, contre 18 à 24 mois auparavant. Les résultats 2025, bien que partiels, sont encourageants : 174 cas de TB-MR ont été dépistés, dont 148 mis sous traitement, soit une réduction significative du gap entre diagnostics et mises sous traitement, passé de 30% à 15%. Le pays compte désormais 12 sites spécialisés TB-MR (au moins un par région) et 387 centres de diagnostic et de traitement pour les formes sensibles. Surtout, le taux de succès thérapeutique pour la TB-MR atteint désormais 83%, prouvant que la guérison est non seulement possible mais probable. « Tout le monde peut attraper la tuberculose multirésistante, mais on en guérit », affirme avec conviction le Dr Makondi.
Les arguments pour accélérer le déploiement
Face aux éventuelles réticences ou aux lenteurs administratives, les acteurs de la lutte disposent d’arguments solides pour plaider en faveur d’une généralisation accélérée du BPaL/M : Premièrement, l’OMS a publié dès mai 2022 une communication rapide recommandant l’utilisation programmée du BPaL/M, suivie par le Fonds mondial qui encourage également l’intensification de ce schéma thérapeutique. Attendre les directives officielles définitives serait une perte de temps précieux. Deuxièmement, l’expérience de la COVID-19 a démontré que les directives cliniques nationales et les nouveaux traitements peuvent être adoptés beaucoup plus rapidement lorsqu’il existe une volonté politique. Comme le souligne le guide de plaidoyer pour le Fonds mondial : « Nous pouvons et devons faire de même en lançant rapidement de nouveaux traitements contre la tuberculose comme le BPaL/M dès maintenant. » Troisièmement, si des projets pilotes sont nécessaires, ils doivent être conçus comme des tremplins vers une mise à l’échelle programmatique, en s’inspirant des expériences réussies de pays comme l’Afrique du Sud, l’Ukraine et le Kirghizistan, qui ont déjà mis en œuvre le BPaL à l’échelle nationale.
Le diagnostic ultra-rapide : la porte d’entrée du traitement
Parallèlement à cette révolution thérapeutique, le Cameroun s’est doté d’un arsenal diagnostique de pointe : 85 appareils GeneXpert et 25 Truenat déployés sur l’ensemble du territoire. Ces technologies de dernière génération sont capables de détecter l’ADN du bacille tuberculeux et la résistance à la rifampicine en seulement deux heures. Un atout majeur: les tests de sensibilité aux fluoroquinolones sont fortement encouragés pour orienter le choix entre BPaL et BPaLM, mais ils ne doivent pas retarder le début du traitement. Comme le précise la communication rapide de l’OMS, les examens ne doivent pas faire obstacle à une mise sous traitement rapide.
L’ONG FIS Cameroun : l’innovation au service des populations
L’ONG FIS Cameroun ne se contente pas de former ; elle révolutionne les approches sur le terrain. Sa prouesse la plus remarquable réside dans la vulgarisation du diagnostic par examen de selles. Une innovation simple mais radicale qui a permis d’augmenter de 50% le taux de diagnostic de la tuberculose chez l’enfant en seulement six mois. « Nous avons constaté que les enfants étaient sous-diagnostiqués parce qu’on ne pouvait pas obtenir de crachats », explique Bertrand KAMPOER. « L’examen des selles contourne cet obstacle. Nous visons désormais 90% des diagnostics pédiatriques par cette méthode. » Par ailleurs, dans le cadre du projet TB-PEC@2.0, l’ONG a démontré que la lutte contre la tuberculose passe aussi par la lutte contre la précarité. 46 familles d’enfants tuberculeux ont reçu un kit alimentaire complet (25 kg de riz, 5L d’huile, lait, bouillie enrichie et sucre), garantissant une meilleure observance du traitement en améliorant l’état nutritionnel des patients.
Autre innovation majeure : le déploiement de l’application “One Impact” dans 7 districts de santé des régions du Centre et du Sud. Développée avec l’appui de Stop TB Partnership, cette plateforme numérique permet aux patients de signaler en temps réel les obstacles rencontrés : stigmatisation, difficultés d’accès aux soins, problèmes de transport. Les agents de santé communautaires y remontent également les défis terrain, créant ainsi un système d’alerte précoce participatif.
Les relais communautaires : sentinelles de l’ombre et accompagnateurs thérapeutiques
Entre les structures de santé et les populations, un maillon essentiel manquait : la communauté. C’est désormais chose faite avec l’implication active des associations de malades. Joséphine MANEFOUE, Présidente de la Chambre Administrative de TB People Cameroun, incarne cette dynamique : « Nous multiplions les causeries éducatives dans les communautés pour identifier les personnes éligibles et les orienter vers les soins. Récemment, nous avons déjà pu référer un cas à l’hôpital Jamot. » Ces relais communautaires, souvent d’anciens patients guéris, accomplissent un travail de fourmi : démystifier la maladie, lutter contre la stigmatisation, encourager le dépistage précoce et accompagner l’observance thérapeutique. Leur rôle est d’autant plus crucial que le poids psychologique de la maladie est lourd. Le Dr Laure Menguene, psychiatre au ministère de la Santé publique, alerte : « Le rejet peut mener à la dépression, voire à des idées suicidaires, compromettant l’observance. Le soutien par les pairs devient alors un bouclier contre la détresse. »
Les défis persistants : itinéraires thérapeutiques et stigmatisation
Malgré ces avancées, des obstacles structurels persistent. Une étude menée au CDT de Baleng, dans la région de l’Ouest-Cameroun, révèle que les patients atteints de tuberculose pulmonaire empruntent des itinéraires thérapeutiques complexes avant d’atteindre un centre spécialisé. La plupart ne sont pas référés conformément à la politique nationale, visitant plusieurs formations sanitaires avant un diagnostic correct, retardant d’autant la mise sous traitement et favorisant la transmission. Le Dr Makondi met en garde : « Si on rate son traitement pour la TB-MR, on bascule vers des formes pré-ultra-résistantes avec jusqu’à 25 comprimés par jour. » Un scénario que les nouvelles options thérapeutiques permettent justement d’éviter.
Une attention particulière pour les enfants
Si le schéma BPaL/M n’est pas encore recommandé pour les enfants de moins de 15 ans, des études sont en cours pour évaluer sa sécurité dans cette population. En attendant, le Fonds mondial peut soutenir des programmes visant à administrer d’autres schémas thérapeutiques plus courts, entièrement oraux, recommandés par l’OMS pour le traitement des enfants atteints de TB-MR. La communication rapide de l’OMS est claire : « Alors que les travaux se poursuivent pour optimiser le traitement des enfants, les personnes âgées de 15 ans et plus ne doivent pas se voir refuser l’accès à des schémas thérapeutiques plus courts. »
Vers l’élimination de la tuberculose au Cameroun ?
Le partenariat PNLT-ONG FIS a révolutionné la lutte contre la tuberculose au Cameroun à travers plusieurs avancées majeures. Côté thérapeutique, le protocole BPaL/M 100% oral a remplacé les injections douloureuses, ramenant la durée de traitement à six mois avec 83% de guérison pour les formes résistantes. Côté diagnostic, le déploiement de 85 appareils GeneXpert et l’innovation pédiatrique par examen de selles ont considérablement amélioré la détection. Enfin, l’implication communautaire via l’application “One Impact” et le soutien nutritionnel aux familles vulnérables ont humanisé et renforcé l’efficacité de la réponse.
En conclusion, le Cameroun est résolument engagé dans une dynamique vertueuse. Portée par la science (GeneXpert, BPaL/M), l’humanisme (soutien alimentaire, accompagnement psychosocial) et l’engagement de tous les acteurs (PNLT, ONG FIS, relais communautaires, partenaires techniques comme CHAI et Stop TB Partnership), cette dynamique ambitionne de ramener à la vie ces 517 invisibles. Pour que l’ultime recours ne soit plus jamais une fatalité, mais une seconde chance.
Bertrand KAMPOER conclut avec détermination : « Nous avons les outils, nous avons la volonté, nous avons les preuves de l’efficacité. Il ne nous reste plus qu’à atteindre chaque patient, chaque famille, chaque communauté. La tuberculose multirésistante n’est plus une condamnation. C’est une maladie qui se guérit, en six mois, sans injection, avec dignité. »
Pour en savoir plus : Les données scientifiques à l’appui du traitement BPaL/M ont été recueillies dans le cadre de l’essai Nix-TB de TB Alliance, complétées par l’essai ZeNix (septembre 2022) et l’essai TB-PRACTECAL de MSF, dont les résultats finaux ont été présentés lors de la conférence de l’Union en 2022.












































































































































































































































































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