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Tuberculose pédiatrique et multirésistante :  L’ONG FIS Cameroun outille 35 formations sanitaires à Yaoundé

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Face aux 650 cas incidents de TB-MR estimés par l’OMS, seuls 188 ont été diagnostiqués et 133 mis sous traitement. L’enjeu pour les cliniciens formés est de traquer ces cas cachés et réduire le gap de notification inférieur à 40%.

Pour démystifier une tuberculose multirésistante méconnue et entourée de croyances, l’ONG FIS Cameroun forme 35 structures sanitaires aux nouvelles techniques (GeneXpert, microscopie à fluorescence) et associe les communautés au dépistage.

Organisé le 24 février 2026 à Yaoundé par l’ONG FIS Cameroun, sous la direction de son Directeur exécutif Bertrand KAMPOER, l’atelier vise à combler le sous-diagnostic pédiatrique (6,7% des cas notifiés contre 12% attendus), grâce à l’examen des selles qui a déjà amélioré de 50% la détection.

« Éliminer la tuberculose pédiatrique, ce n’est pas seulement traiter des enfants malades, c’est offrir à tout un pays la chance de grandir sans ce fardeau. Un enfant sauvé, c’est une génération qui construit l’avenir », Bertrand KAMPOER, Directeur exécutif de l’ONG FIS Cameroun. Alors que le Cameroun enregistrait 25 705 cas de tuberculose en 2023, deux angles morts persistent dans la lutte nationale : les enfants et les formes multirésistantes de la maladie. Les statistiques sont implacables : la tuberculose pédiatrique ne représentait que 6,7% des cas notifiés en 2024, loin de la cible nationale de 12% recommandée par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Pire encore, sur les 650 cas incidents de tuberculose multirésistante (TB-MR) estimés par l’OMS pour la même période, seules 188 personnes ont été diagnostiquées, et seulement133 ont effectivement été mises sous traitement.

C’est pour combler ces lacunes que l’ONG FIS Cameroun a réuni, ce 24 février 2026 à Yaoundé, les principaux cliniciens de la ville aux sept collines autour d’une master-class de haute facture dédiée au diagnostic clinique et à la prise en charge de ces formes critiques de la tuberculose. Bertrand KAMPOER, Directeur exécutif de l’ONG FIS Cameroun, plante le décor avec une détermination palpable : « La deuxième édition de cette maste-rclass vise à accélérer le diagnostic de la tuberculose clinique chez l’enfant et à améliorer les résultats nationaux en ce qui concerne la tuberculose multirésistante. Nous avons constaté au cours des trois dernières années que les enfants étaient sous-diagnostiqués parce que la tuberculose n’était pas recherchée avec une nouvelle méthode telle que le diagnostic par examen de selles. Au cours des six derniers mois, nous avons observé dans le centre de l’UNDE une amélioration du taux de diagnostic de près de 50%, grâce à la première master-class. »

L’objectif affiché est désormais plus ambitieux : atteindre 90% des enfants diagnostiqués par l’examen de selles, se rapprocher des objectifs nationaux concernant le gap de notification de la tuberculose multirésistante, démystifier la TB-MR, encore trop méconnue et entourée de croyances populaires. « La TB-MR existe, elle est méconnue, elle est mystifiée. Cet atelier participe également à cette œuvre de démystification. Comme je le disais, nous avons des taux de notification inférieurs à 40% pour la TB-MR. Nous espérons que les cliniciens seront suffisamment outillés et qu’à la fin de cette année, nous n’ayons plus de cas de tuberculose multirésistante non diagnostiqués », confie Bertrand KAMPOER.

Les formations sanitaires de la région du centre en première ligne

La mobilisation est sans précédent : 35 formations sanitaires de la ville de Yaoundé participent activement à cette master-class. « Notre cible, ce sont les formations sanitaires de la ville de Yaoundé, et aujourd’hui, nous avons la chance d’avoir tous les cliniciens des sites majeurs, comme l’hôpital Jamot, que vous connaissez », confie Bertrand KAMPOER.  Parmi les établissements représentés, on retrouve : l’Hôpital Jamot de Yaoundé – Site de référence nationale, les districts de santé de la région du Centre et les formations sanitaires publiques et privées conventionnées et ces structures constituent l’épine dorsale de la prise en charge de la tuberculose dans la région la plus peuplée du Cameroun. Le parallèle entre tuberculose sensible et multirésistante : un lien essentiel. Le Dr MAKONDI Danielle Épse NKOA, Chef d’unité Tuberculose Multirésistante au Programme National de Lutte contre la Tuberculose (PNLT) et Point focal du projet RESPECT au sein de l’ONG FIS, apporte un éclairage scientifique crucial : « Il faut savoir que la tuberculose multirésistante a toujours été complexifiée, elle a toujours été mystifiée. Mais nous voulons établir un parallèle entre la tuberculose sensible et la tuberculose multirésistante. La tuberculose sensible, quand elle est mal traitée, quand elle n’est pas bien observée, quand elle n’est pas accompagnée, on dérive vers la tuberculose multirésistante. » Ce constat conduit à une approche intégrée : « Donc, pour aborder la question de la TB-MR avec pertinence, il faut commencer par traiter correctement la tuberculose sensible. Aujourd’hui, nous voulons également faire ce lien pour demander aux cliniciens, avec les dernières recommandations de l’OMS de novembre 2025, d’appliquer les directives nationales. Cela contribuera à réduire le nombre de personnes qui pourraient développer une TB-MR, mais aussi à prendre rapidement en charge les cas de TB-MR qui existent déjà dans notre communauté et dans nos formations sanitaires », explique le Dr MAKONDI Danielle.

Les symptômes et manifestations de la tuberculose pédiatrique

La tuberculose chez l’enfant présente des particularités cliniques qui rendent son diagnostic complexe. Contrairement à l’adulte, l’enfant développe rarement une tuberculose pulmonaire “ouverte” avec une bacilloscopie positive. Les manifestations sont souvent plus discrètes mais tout aussi graves : signes cliniques évocateurs chez l’enfant : Toux persistante durant plus de 2 semaines, parfois associée à une respiration sifflante, sueurs nocturnes abondantes, amaigrissement ou stagnation pondérale malgré un appétit conservé, asthénie (fatigue intense) et baisse des activités ludiques, adénopathies (ganglions) cervicales non douloureuses, douleurs abdominales en cas de forme digestive, troubles neurologiques (convulsions, coma) dans les formes méningées, les plus redoutables. La particularité chez le nourrisson et le jeune enfant réside dans la rapidité d’évolution vers des formes graves, d’où l’urgence d’un diagnostic précoce.

Les nouveaux outils diagnostiques : une révolution silencieuse

L’un des acquis majeurs de cette master-class réside dans la vulgarisation des nouvelles technologies diagnostiques, adaptées au contexte pédiatrique et aux ressources limitées. Le diagnostic par examen de selles, l’innovation majeure présentée par Bertrand KAMPOER. « Nous avons constaté au cours des trois dernières années que les enfants étaient sous-diagnostiqués parce que la tuberculose n’était pas recherchée avec une nouvelle méthode telle que le diagnostic par examen de selles. » Cette technique révolutionnaire permet de contourner la difficulté majeure du diagnostic pédiatrique : l’obtention d’expectorations de qualité chez l’enfant. Les selles, plus faciles à recueillir, sont analysées par microscopie à fluorescence ou tests moléculaires (GeneXpert), offrant une sensibilité comparable à l’examen des crachats.

Le GeneXpert et les tests moléculaires

Ces technologies de pointe permettent de : détecter l’ADN du bacille tuberculeux en quelques heures, identifier simultanément les résistances à la rifampicine (principal marqueur de TB-MR), obtenir des résultats fiables même avec de faibles charges bacillaires (fréquent chez l’enfant). La microscopie à fluorescence :  déjà expérimentée avec succès, elle a permis d’améliorer le taux de diagnostic pédiatrique de près de 50% en seulement six mois.

La capacitation des professionnels de santé : le cœur de la stratégie

Le choix des participants n’est pas anodin : exclusivement des médecins prescripteurs exerçant dans les formations sanitaires et travaillant en collaboration avec le Programme National de Lutte contre la Tuberculose. Le Dr MAKONDI Danielle explique la plus-value de cette approche ciblée : « La plus-value de cette formation est considérable. Nous sommes dans un contexte de financements limités, avec le retrait de certains partenaires historiques. La prise en charge des patients commence à être difficile, les ateliers et les formations se raréfient. La collaboration que nous avons avec FIS nous permet de continuer à atteindre les populations vulnérables. » Les objectifs pédagogiques de la formation : Actualiser les connaissances épidémiologiques des participants, se familiariser avec les dernières directives nationales et les algorithmes OMS 2022 pour le diagnostic clinique et bactériologique, maîtriser l’identification précoce des cas présumés de tuberculose pédiatrique, distinguer correctement les formes sévères et non sévères de la maladie, prendre en charge les co-infections TB-VIH, maîtriser les nouveaux schémas thérapeutiques TB-MR, notamment les schémas courts préconisés par l’OMS, utiliser de manière appropriée les techniques biologiques modernes (examen des selles, GeneXpert, tests moléculaires). « Cette formation permet le renforcement des capacités des personnels de santé. Quand ils rentreront dans leurs formations sanitaires respectives, ils pourront mettre en place les nouvelles technologies et les nouvelles techniques de diagnostic que le PNLT a développées pour aider les populations », explique le Dr MAKONDI Danielle.

Le partage d’expériences en contexte de ressources limitées

L’un des aspects les plus enrichissants de cette maste-rclass réside dans les échanges entre pairs. Dans un contexte où les financements se raréfient, où certains partenaires historiques se retirent, la mutualisation des expériences devient une ressource précieuse. Les défis partagés par les cliniciens : l’insécurité diagnostique face aux formes paucibacillaires chez l’enfant, la sous-utilisation des algorithmes cliniques de l’OMS par méconnaissance ou manque de formation, faible recours à la radiographie (indisponibilité, coût, interprétation difficile), retards dans la mise sous traitement liés aux difficultés diagnostiques, faible littératie thérapeutique des patients et de leurs familles, stigmatisation sociale freinant le dépistage et l’observance, méconnaissance des dimensions psychosociales et de genre dans la prise en charge.

Les solutions innovantes partagées :

L’éducation thérapeutique centrée sur la personne : intégrer pleinement les dimensions cliniques, psychosociales, de genre et de droits humains dans la prise en charge. L’application OneImpact : plateforme numérique développée dans le cadre du projet TB-PEC@2.0, permettant aux patients de signaler en temps réel les obstacles rencontrés (stigmatisation, difficultés d’accès, problèmes de transport, coûts indirects). Les causeries éducatives communautaires : animées par les associations de malades pour identifier les personnes éligibles et les orienter vers les soins.

La parole aux communautés : l’apport indispensable des associations de malades

Joséphine MANEFOUE, Présidente de la Chambre Administrative de TB People Cameroun (Tuberculose pédiatrique et multirésistante), incarne cette voix essentielle des communautés : « Nous allons multiplier les causeries éducatives dans les communautés pour identifier les personnes éligibles et les orienter vers les soins. Récemment, nous avons déjà pu référer un cas à l’hôpital Jamot. Chaque vie sauvée compte. » Son optimisme repose sur une conviction profonde : l’implication des pairs est un levier thérapeutique puissant. Les personnes ayant vécu la maladie, guéries et formées, deviennent des relais crédibles auprès des communautés, capables de : démystifier la maladie, lutter contre la stigmatisation, encourager le dépistage précoce, accompagner l’observance thérapeutique et référer les cas suspects vers les formations sanitaires.

Malgré les défis, des signaux positifs émergent. Dr MAKONDI Danielle apporte une note d’espoir : « Avec un taux de succès thérapeutique de 83% pour la TB-MR, le Cameroun démontre que lorsque le diagnostic est posé à temps et que le traitement est suivi correctement, la guérison est non seulement possible mais probable. » Elle insiste sur l’urgence de la démystification : « Il faut démystifier la tuberculose multirésistante. Trop de patients se tournent encore vers la pharmacopée traditionnelle par méconnaissance, alors que les médicaments existent et sont gratuits. Notre défi est d’atteindre 100% des patients diagnostiqués et de les accompagner jusqu’à la guérison. »

Les attendus de la formation : une feuille de route claire

À l’issue de cette maste-rclass, des résultats concrets sont attendus : l’Amélioration de la notification des cas de TB-MR, aujourd’hui largement sous-estimée, la Mise en application des nouvelles techniques diagnostiques dans les formations sanitaires respectives, intégration systématique de l’examen des selles dans le diagnostic pédiatrique, réduction du gap de notification entre les cas estimés et les cas diagnostiqués, utilisation des pré-tests et post-tests pour mesurer l’acquisition des connaissances, élaboration d’une synthèse des recommandations formulées collectivement pour guider les actions futures. « À la fin de cette formation, nous attendons du personnel médical invité qu’il mette en application tout ce qui a été présenté durant cette session. Cela nous aidera à améliorer la notification des cas de TB-MR, qui reste aujourd’hui très basse. L’OMS nous parle d’une sous-notification des cas de TB-MR qui sont présents dans la communauté et que nous n’arrivons pas toujours à tracer », explique le Dr MAKONDI Danielle.

Alors que le Cameroun s’est fixé l’objectif ambitieux d’éliminer la tuberculose à l’horizon 2035, ces initiatives de formation continue apparaissent comme des maillons essentiels de la chaîne de lutte. La stratégie nationale repose désormais sur plusieurs piliers : le renforcement des capacités des professionnels de santé (comme cette master-class), l’’introduction de nouvelles technologies diagnostiques adaptées aux populations vulnérables, l’implication des communautés et des associations de malades, la gratuité des médicaments pour toutes les formes de tuberculose, l’application des directives nationales conformément aux recommandations OMS. La tuberculose pédiatrique et multirésistante, longtemps restées dans l’ombre, sont désormais placées sous les projecteurs de l’action sanitaire prioritaire.

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Elvis Serges NSA'A DJOUFFO TALLA

Rédacteur en Chef Adjoint

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