Dans les rues, les bars ou certains hôtels, l’insalubrité des lieux d’aisance expose les femmes à des infections parfois graves. Un phénomène répandu au Cameroun, qui appelle à plus de vigilance et de prévention.
Le phénomène est récurrent et observable dans plusieurs villes du Cameroun. Faute de toilettes publiques adéquates ou face à des installations mal entretenues, certaines femmes se résolvent à uriner à l’air libre, dans un coin de rue ou derrière un bâtiment. Sur place, l’insalubrité est souvent totale, entre autres sol souillé, eaux stagnantes, déchets divers.
Dans cette posture accroupie, l’appareil urinaire se retrouve à proximité directe d’un environnement potentiellement contaminé. Cette exposition favorise la contraction d’infections, notamment des infections urinaires et vaginales d’origine bactérienne, parfois virale ou fongique. Les germes présents sur le sol ou sur des surfaces sales peuvent facilement entrer en contact avec les parties intimes et provoquer irritations, démangeaisons ou douleurs.
Au-delà des espaces à ciel ouvert, les toilettes publiques ou privées mal entretenues constituent également un danger. Les cuvettes non désinfectées, les sols humides et les poignées contaminées sont autant de vecteurs de microbes. « J’ai une fois été infectée ainsi. J’ai utilisé les toilettes d’un hôtel. Après deux jours, je ressentais des démangeaisons au niveau de mon appareil génital. C’est après consultation que le médecin m’a expliqué de quoi je souffrais. Après un traitement de quelques jours, j’ai retrouvé la santé. » raconte une jeune femme, habitante la ville de Garoua. A la suite de celle-ci, une autre femme toujours ayant requis l’anonymat partage : « J’étais dans un bar. Après avoir fait un tour aux toilettes, j’avais des douleurs au niveau du vagin. »
Comme ces deux femmes, plusieurs autres ont été victimes d’infections liées à l’insalubrité des lieux d’aisance. Malheureusement, toutes ne consultent pas rapidement un professionnel de santé. Certaines recourent à l’automédication ou ignorent les premiers symptômes. Résultat, l’infection peut s’aggraver et entraîner des complications telles que des infections pelviennes, des douleurs chroniques, voire des problèmes de fertilité dans les cas les plus sévères.
Les spécialistes de la santé rappellent que l’appareil génital féminin est particulièrement sensible aux agressions extérieures. La proximité entre l’urètre, le vagin et l’anus facilite la migration des bactéries, notamment en cas d’hygiène défaillante. Les infections urinaires, fréquentes chez les femmes, se manifestent par des brûlures à la miction, des envies fréquentes d’uriner ou des douleurs pelviennes. Les mycoses vaginales, quant à elles, provoquent démangeaisons, pertes inhabituelles et inconfort.
Face à cette réalité, la prévention reste la meilleure arme. Les femmes sont appelées à faire preuve de prudence lorsqu’elles doivent utiliser des toilettes dont elles ne maîtrisent pas l’entretien. Il est conseillé d’éviter le contact direct avec des surfaces visiblement sales, d’utiliser du papier hygiénique pour couvrir la cuvette si nécessaire, ou encore de privilégier la position semi-accroupie sans contact. Se laver soigneusement les mains avant et après usage est également essentiel.
Interview
« Nous devons avoir une très bonne hygiène intime »

Dr, quelles sont les infections urinaires susceptibles de menacer la santé des femmes lorsqu’elles urinent à des endroits insalubres ?
J’aimerais dire ici que beaucoup de gens pensent effectivement que le fait d’utiliser les toilettes insalubres provoque automatiquement une infection urinaire. J’ai envie de dire que la vérité est toute autre. Parce que quand bien même ces toilettes insalubres leur donnent ça, c’est parce que le risque vient en premier du manque de nettoyage, mais aussi du contact de vos mains. Vous imaginez quelqu’un qui finit de faire les selles et ne lave pas ses mains. Les mêmes mains encore vont se déposer sur la région intime de la femme. Et on sait que la communication entre le vagin et le méat urinaire, qui est le lieu par lequel les urines arrivent, c’est très rapproché. Donc du coup, si vous touchez les parties intimes avec les mains qui n’ont pas été lavées, mais vous êtes à risque d’avoir une grosse infection urinaire. Également le fait de ne pas s’essuyer correctement. Vous savez que la femme doit faire une toilette intime de l’avant vers l’arrière, ça veut dire du vagin en allant vers l’anus. Quand ceci est fait, dans le sens contraire, vous portez les germes de l’anus et vous les amenez vers le méat urinaire ou alors vers le vagin. Vous êtes à même de développer une infection urinaire. Comme j’avais dit déjà avant, le manque d’hygiène des mains, ça veut dire le manque de lavage des mains est également un gros facteur de risque. Donc si je dois répondre à vos questions de façon brève, je dirais que les femmes ne prennent pas ça directement sur la rue comme ça. Non, c’est parce que les mains ont été en contact, alors on ne les a pas lavées, on portait des germes et les germes sont revenus au niveau de la zone intime.
Quelles sont les infections les plus courantes dans ces cas particuliers?
Je vais commencer par vous dire à peu près à quoi ressemble l’appareil urinaire. L’appareil urinaire commence par l’urètre, qui est la dernière zone sur laquelle les urines sortent. L’urètre abouche directement sur la vessie. La vessie a les uretères et les uretères abouchent directement sur les reins. Donc, les infections urinaires qu’on rencontre le plus, c’est en fonction de ces différentes parties-là. Vous aurez les urétrites, qui sont un peu comme, si vous voulez, pour parler dans le langage vague, le tuyau par lequel les urines arrivent. Les cystites, qui sont les infections de la vessie. Et puis maintenant, les pyélonéphrites, qui sont les infections, j’ai envie de dire des reins. Parce que là, on parle de différents appareils. Les différentes zones dans lesquelles les urines séjournent avant que vous ne voyez le produit fini. Donc, les reins servent à sécréter l’urine. L’urine traverse les reins, est stockée au niveau de la vessie, et la vessie est transportée vers l’extérieur par l’urètre. À chaque portion de la femme, il y a effectivement une infection urinaire qui peut arriver. Et en fonction de ça, on peut appeler urétrites, cystites ou alors pyélonéphrites.
Quelles sont les manifestations de ces différentes infections ?
Alors, pour ce qui est des manifestations de ces différentes infections, je crois que ça va également avec les différentes parties qui sont atteintes. Il faut savoir que lorsque nous avons des brûlures en urinant, ça c’est généralement un signe qu’on a une infection urinaire. Lorsque nous avons les envies fréquentes d’uriner, lorsque nous avons les douleurs aux bas ventres et lorsque nous avons même les urines qui sont malodorantes, tout ceci, ce sont des choses qui peuvent amener à penser que nous avons une infection urinaire. Maintenant, on a également des écoulements anormaux qui sont également là, qui peuvent également venir de l’urètre, ça peut également être le pus. La dernière chose que j’aimerais mentionner, c’est par exemple dans le cas d’une pyélonéphrite. Généralement, on a des fortes fièvres, des frissons, des douleurs intenses, généralement au niveau des deux flancs, mais aussi une fatigue importante.
Quels sont les niveaux de complication au cas où la prise en charge n’est pas faite à temps ou encore si l’infection est maltraité ?
Déjà il faut savoir que les infections urinaires, notamment quand ça se complique par la pyélonéphrite, vous pouvez avoir une condition qui est très sévère. Ça s’appelle, je ne vais pas parler en langue vague. c’est le choc, et le choc peut conduire à la mort d’une personne donnée. Maintenant, il y a également même les choses associées aux signes et symptômes. Si le pus s’accumule au niveau de l’urètre, vous aurez une rétention aiguë d’urine. Ça, c’est des choses qui font très mal et que personne ne souhaite avoir. Nous avons également même la fièvre. Personne, je ne pense pas qu’il y a quelqu’un dans ce monde qui soit à l’aise à avoir une fièvre. Donc, c’est des choses qui peuvent également gêner même la qualité de la vie. Parce que même lorsque vous avez des douleurs au bas-ventre, c’est des choses qui vous gênent également la qualité de la vie. Donc, c’est ce que je peux mentionner de façon sommaire. Comme complication également, vous avez les écoulements qui peuvent être purillants. Si vous êtes enceinte, c’est des choses qui peuvent vous conduire à des menaces d’accouchement, à des menaces d’avortement, à des morts fœtales in utero. Donc, c’est autant de choses qu’une infection urinaire peut entraîner. Et ça empêche même la qualité de vie. Parce que lorsque vous avez une infection urinaire, même la douleur du bas-ventre peut vous empêcher d’avoir des rapports sexuels si vous êtes marié, bien entendu, d’avoir des rapports avec votre conjoint. Et ceci peut même altérer les activités sociales.
En cas d’infection, que doit faire la victime ?
Nous sommes à l’ère où l’antibiorésistance est un problème de santé publique. Je crois que tout praticien, qu’il soit infirmier, aide-soignant, médecin généraliste, gynécologue comme nous, sages-femmes, est à même de pouvoir reconnaître une infection urinaire. Donc, mon seul conseil, et je pense que s’il y a quelque chose à retenir de tout ce que j’ai dit, c’est que si vous avez un signe ou alors un symptôme parmi tous ceux-là que j’ai cités, veuillez-vous rendre à l’hôpital pour qu’un praticien hospitalier puisse vous examiner, puisse vous donner des examens à faire s’il y en a et puisse vous soigner parce que vous demandez de prendre les antibiotiques à la va-vite. Si vous avez une fièvre, vous avez une douleur lombaire, vous avez les urines qui sont malodorantes, vous avez le sang dans les urines, vous avez des douleurs intenses, veuillez-vous rendre à l’hôpital pour qu’on puisse dépister une infection urinaire.
Quelles sont les mesures préventives que vous pouvez recommander aux femmes afin d’éviter les infections urinaires ?
En anglais on dit souvent, prevention is always better than cure. Je crois qu’il y a des choses à ne pas faire. Il faut pouvoir bien se hydrater, ça veut dire boire beaucoup d’eau. Nous devons bien nous laver les mains, nous devons éviter les contacts avec la région intime. Nous devons avoir une très bonne hygiène intime. Je l’ai dit tout à l’heure, lorsque nous nous nettoyons, je crois que les mamans sont également championnes pour enseigner les jeunes filles dès le bas âge. Nous devons nettoyer de l’avant vers l’arrière et non par le contraire. Nous devons éviter de nous retenir d’aller uriner. Lorsque nous nettoyons, nous devons utiliser des papiers ou alors des tissus qui sont propres et nous devons avoir une bonne hygiène intime. Sans oublier le port des sous-vêtements qui doit également être propre. J’insiste là-dessus parce que si nous avons des sous-vêtements sales, c’est un gros facteur de risque également pour des infections urinaires.













































































































































































































































































Comments are closed