En six mois à Ebolowa, la couverture vaccinale est passée de 63,7% à 85,2%, protégeant 3 930 enfants supplémentaires. À Kousseri, 97,8% des enfants “zéro dose” identifiés ont été vaccinés grâce aux acteurs communautaires. Dans le Sud-Ouest, l’intervention a porté la confiance dans les vaccins à près de 99%.
Au Cameroun, malgré une couverture vaccinale en amélioration, des milliers d’enfants échappent encore aux vaccins essentiels chaque année, demeurant exposés à des maladies mortelles mais évitables. Pourquoi ces enfants, dits « zéro dose » ou « sous-vaccinés », restent-ils dans l’angle mort du système de santé ? C’est pour répondre à cette question et proposer des solutions ancrées dans la réalité du terrain que le projet « Mainstream Cameroun » a été lancé. Ce 15 janvier 2026 à Yaoundé, chercheurs, décideurs et acteurs de santé se sont réunis lors d’un atelier de dissémination pour présenter des résultats probants, issus de cinq études menées dans diverses régions du pays. L’initiative, pilotée par le Centre pour le développement des bonnes pratiques en santé (CDBPS) de l’hôpital central de Yaoundé, visait à institutionnaliser l’apprentissage par la recherche opérationnelle au sein même du programme élargi de vaccination (PEV). « Il s’agissait de mettre en relation les personnes dont le métier est la recherche avec celles qui font la mise en œuvre et les décideurs, de telle sorte que le projet puisse bénéficier immédiatement aux populations », a expliqué d’emblée le Dr Tchokfe Shalom Ndoula, secrétaire permanent du PEV.
Les résultats présentés démontrent l’efficacité de cette approche collaborative. Dans la région du Sud, l’équipe « PEV SUD » a testé avec succès l’application OpenEMR et des rappels SMS à Ebolowa. Cette innovation a fait bondir la proportion d’enfants vaccinés de 63,7% à 85,2% en six mois. Grâce à ces outils, 93% des parents ont respecté les rendez-vous de vaccination, permettant de rattraper près de 2 000 enfants « zéro dose » et 1 300 enfants sous-vaccinés, soit un impact global de 3 930 enfants protégés.
Dans l’Extrême-Nord, à Kousseri, l’étude « M.A SANTÉ » a misé sur le capital de confiance des accoucheuses traditionnelles et des agents de santé communautaires. Cette stratégie a permis de vacciner 176 enfants « zéro dose » sur les 180 identifiés, soit un taux de réussite de 97,8%. Au total, 5 480 personnes ont été touchées par les sensibilisations dans 8 aires de santé, et la satisfaction des populations a atteint 90%.
À l’autre bout du pays, dans la région du Sud-Ouest, l’équipe « RURAL DOCTORS » a mesuré l’impact des récits convaincants des agents de santé communautaires. Leur intervention a renversé les perceptions : la confiance dans la sécurité et les bénéfices des vaccins a grimpé à près de 99%, et plus de 98% des personnes interrogées ont jugé ces agents plus convaincants que les canaux traditionnels. La volonté de vacciner les enfants a ainsi atteint 95,7%.
Ces succès, pourtant, ne masquent pas des défis persistants et différenciés. En milieu urbain, comme l’a révélé l’étude FAIR menée à Nkolndongo à Yaoundé, c’est le manque de temps des femmes qui constitue une barrière majeure. « Nos résultats suggèrent que les services de santé devraient peut-être être plus adaptés aux femmes, car elles travaillent beaucoup et se plaignent du manque de temps », a souligné le Pr Suzanne SAP Ngo Um, pédiatre et chef de cette étude. Elle pointe également la défiance née de la pandémie : « Après la Covid-19, beaucoup de rumeurs ont entraîné une peur de la vaccination chez la plupart de ces femmes. »
En zone rurale, l’enclavement reste un obstacle physique de taille. « Il y a des endroits où même les motos ne peuvent pas accéder. Y mener une campagne est un défi énorme », a témoigné la Pr SAP. Face à ces difficultés, les experts présents ont lancé un message d’apaisement aux parents encore réticents. S’adressant à eux, la Pr SAP a rappelé une évidence : « En regardant leur bras gauche, ils verront qu’ils ont reçu le vaccin BCG quand ils étaient jeunes et qu’ils sont toujours en vie. La vaccination n’est pas là pour tuer. (…) « C’est un élément clé pour éviter que les enfants ne meurent de maladies infectieuses. »
Au-delà des chiffres, l’atelier de Yaoundé marque une étape vers un changement de paradigme : ne plus imposer des solutions depuis un bureau, mais les co-construire à partir des réalités du terrain. La synthèse des bonnes pratiques – l’implication des acteurs communautaires, l’innovation numérique, l’adaptation des services aux contraintes des femmes – est désormais entre les mains des décideurs pour transformer durablement la couverture vaccinale nationale et protéger chaque enfant.
Elvis Serge NSAA












































































































































































































































































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