Désormais, l’université ne se contente plus de former les esprits, elle s’engage à guérir les traumatismes et à briser le silence par une approche structurelle inédite.
Au Centre National de Supervision du Numérique Universitaire à Yaoundé, l’histoire a pris une inflexion décisive dans la lutte contre les violences faites aux femmes. En apposant leur signature au bas d’un accord de partenariat historique, le ministre d’État, ministre de l’Enseignement Supérieur, le Pr Jacques Fame Ndongo, et la ministre de la Promotion de la femme et de la famille, Marie-Thérèse Abena Ondoa, ont jeté les bases d’une alliance inédite entre la recherche académique et la protection des personnes vulnérables.
Sous le haut patronage de la représentante de la Première Dame, Madame Chantal Biya, et en présence des recteurs d’universités, des vice-chancelors et du CERAC, cette cérémonie a marqué un tournant conceptuel majeur. Il ne s’agit plus seulement de guérir les blessures visibles, mais de comprendre scientifiquement les mécanismes de la violence pour mieux les anticiper et les éradiquer.
Concrètement, cet accord vise à offrir un soutien psychologique de proximité aux femmes confrontées aux violences. Cependant, là où ce projet innove, c’est dans son approche structurelle. Désormais, les universités camerounaises ne seront plus de simples spectatrices des drames sociaux ; elles deviennent des actrices de premier plan dans la prévention.
D’une part, l’accord prévoit la création systématique de cellules d’écoute au sein des campus. Ces espaces sécurisés permettront aux étudiantes et au personnel féminin de briser le silence et de bénéficier d’une prise en charge immédiate. D’autre part, et c’est là la révolution silencieuse, les établissements d’enseignement supérieur s’engagent à développer des programmes de recherche scientifique dédiés. La lutte contre les violences basées sur le genre sera désormais adossée à des données probantes, à des études sociologiques et à des analyses psychologiques fines.
La recherche au service de l’action
En parallèle, les curricula pédagogiques seront adaptés pour intégrer des modules sur la protection de la femme et des personnes vulnérables. L’objectif est clair : former une génération d’étudiants, de chercheurs et de professionnels capables de comprendre, de dénoncer et de traiter ces violences avec une rigueur académique. Car, comme l’a souligné la ministre Abena Ondoa, il est impératif de passer de la théorie à l’action, et de la compassion individuelle à une réponse institutionnelle.
Placer la femme au cœur de l’université
« Il est important de placer la femme au cœur des préoccupations dans les universités camerounaises », a rappelé la représentante de la Première Dame, insistant sur la nécessité d’une éducation inclusive. En effet, ce partenariat ne se limite pas à la répression des violences ; il ambitionne de transformer le campus en un laboratoire d’égalité et de résilience.
En conclusion, par cette signature, le Cameroun franchit un pas de géant. En reliant la détresse psychologique à la recherche fondamentale, et l’écoute individuelle à la formation universitaire, cet accord pose les fondations d’une société où la femme, enfin, ne sera plus une victime silencieuse, mais une citoyenne pleinement protégée par le savoir et par la loi.
“Nos familles sont en détresse“

Les Nations Unies proposent toujours un thème pour la commémoration de la Journée internationale de la femme, et nous avons l’habitude de contextualiser ce thème par rapport à notre environnement. Qu’en est-il cette année ?
Il se trouve que cette année, nous n’avons pas touché au thème proposé. Pourquoi ? Parce que notre pays traverse un moment extrêmement difficile avec toute cette série de crimes d’atteinte à la vie des femmes et des enfants. Nos familles sont en détresse. Par rapport à ce contexte, nous n’avons pas jugé bon de le contextualiser davantage. Nous avons donc utilisé intégralement le thème proposé par les Nations Unies.
Je dois vous dire que ce thème comporte trois parties : il aborde les droits, la justice et l’action. Avant de développer davantage, je voudrais vous dire que le chef de l’État lui-même qualifie ces violences d’« incivilités ». Il a dit cela il y a plusieurs années, et vous savez qu’il a mis un accent particulier sur les femmes et les jeunes durant ce mandat.
Maintenant, par rapport à l’action. L’action, dans ce thème, signifie quoi ?
Cela signifie que tout le monde doit se sentir concerné. Nous avons un Code pénal révisé en juillet 2016 qui prévoit des sanctions contre les violences faites aux femmes et aux enfants. Mais l’action que nous recherchons, c’est que tout le monde se sente impliqué. Vous et moi, la société civile : que chacun se sente concerné lorsqu’il y a violence envers une femme ou un enfant.
Cela englobe toutes les femmes et les jeunes filles, sans distinction. Nous ne faisons pas de différence entre les personnes dites « normales » et celles qui vivent avec un handicap physique ou intellectuel. Toutes les femmes qui se retrouvent dans cette situation doivent être protégées. Nous devons dénoncer. Nous devons passer de la théorie à l’action pour qu’on puisse voir un impact sur les sanctions, sur les dénonciations, et surtout sur ce qui doit être fait au niveau des familles. Parce que ces violences portent atteinte à la famille. C’est un signe de dysfonctionnement de la famille que nous sommes en train de vivre. C’est un signe de dysfonctionnement au sein des communautés, car lorsqu’un crime survient — un féminicide, des infanticides — c’est la famille, c’est la communauté tout entière qui est atteinte. L’action, c’est que tout le monde se sente concerné pour qu’on puisse parler de ces violences au passé.
Comment va-t-on arriver à l’action ?
J’ai évoqué tout à l’heure l’existence du Code pénal révisé de juillet 2016, avec les sanctions qui s’y trouvent. Il faut que ces sanctions soient réellement appliquées lorsqu’on appréhende l’auteur d’un crime. Cette année, nous sommes allés un peu plus loin. Le ministère a pris l’initiative d’élaborer un projet de loi spécifique sur les violences. Nous travaillons main dans la main avec les autres administrations, plus particulièrement le ministère de la Justice, la société civile et les partenaires au développement. Nous collaborons étroitement depuis un certain temps déjà pour aboutir à ce projet de loi. Nous sommes suffisamment avancés et en phase avec le ministère de la Justice. Nous espérons progresser beaucoup plus vite pour que, d’ici quelque temps, ce projet de loi soit déposé sur la table du Parlement, afin que nous puissions disposer d’une loi spécifique réprimant les violences faites aux femmes, aux enfants et les violences basées sur le genre. Nous sommes suffisamment avancés et nous sommes optimistes. Nous pensons que nous sommes sur la bonne voie.
En ce qui concerne les droits : la femme doit jouir de ses droits. Il n’y a aucune indication discriminatoire dans notre Constitution. La femme doit connaître ses droits, et chacun doit tout mettre en œuvre pour qu’ils soient appliqués. La femme a droit à la vie. Chacun de nous adhère à une religion ; je pense que dans toutes les confessions, il est interdit d’ôter la vie. Il est interdit de tuer. La femme a droit à la vie, sa vie ne doit pas lui être ôtée. Il en va de même pour les enfants.
La femme a droit à l’éducation, droit à la santé. Elle a le droit de participer à toutes les activités lui permettant de s’épanouir, y compris la participation politique. Nous souhaitons une meilleure représentativité des femmes dans toutes les sphères de prise de décision.
Je voudrais rappeler également que l’Objectif de développement durable no 5 porte sur l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes. L’autonomisation des femmes est essentielle, car la précarité et la pauvreté conduisent à ces violences. Quand une femme doit tendre la main, il est plus facile d’abuser d’elle.
Voilà quelques aspects des droits. Il n’y a pas de discrimination dans notre Constitution, et je pense que nous avons l’obligation d’impliquer les femmes dans toutes les activités qui se déroulent dans notre pays. Nous souhaitons une meilleure représentation. Le chef de l’État a pris de nombreux engagements en ce sens. Nous avons déjà quelques avancées : nous avons la première femme procureure générale près la Cour suprême du Cameroun. C’est une première dans notre pays. Les choses avancent vite, et nous en attendons d’autres. Je pense que le chef de l’État a toujours dit qu’il souhaitait voir plus de femmes aux postes de décision, et il commence à tenir sa parole. Il fait ces promotions en tenant compte de la qualité, pas simplement pour nommer des femmes ou faire du remplissage.
Nous avons des lois qui répriment les violences, et nous devons vulgariser beaucoup mieux ces droits. Nous devons impliquer tout le monde. C’est dans ce cadre que le ministère, depuis quelques années, organise des formations avec des partenaires de tous bords : magistrats, forces de maintien de l’ordre. Parce que parfois, on exerce une violence sans s’en rendre compte. On peut être violent sans le savoir.
Le ministère organise donc des sessions de formation avec toutes ces personnes qui sont en position de faire respecter la loi. Il y a aussi la société civile. Ce partage d’informations permet à chacun de savoir ce qu’est une violence. Par exemple, si on crie trop souvent, si on refuse de donner l’argent pour les repas à la maison ou la pension alimentaire… Parce que le père dit : « Je n’ai pas d’argent », mais il ne sait pas que c’est une violence. Quand il ne donne pas l’argent pour l’alimentation, il ne se rend pas compte que c’est violent. Donc, nous expliquons aux gens ce qu’est la violence.
Nous travaillons avec tous ces partenaires pour faire connaître la justice. Nous avons également mis en place des plateformes régionales sur les violences. Cela permet, lorsqu’il y a un cas de violence, de le signaler. Il faut rompre le silence. La victime de violence doit elle-même parler. Les voisins doivent aussi parler. Car si on ne rompt pas le silence, on ne saura jamais qu’il y a eu violence. Il y a ce qu’on appelle le « cantonnement » : pour sauver l’image de la famille, on tait les violences. C’est cela qu’il faut combattre.












































































































































































































































































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