L’un des axes majeurs de ce congrès a porté sur la Couverture santé universelle (CSU), considérée comme un levier essentiel pour améliorer l’accès aux soins oncologiques.
Les discussions ont mis en lumière les inégalités persistantes en matière de prise en charge, mais aussi des initiatives porteuses et des modèles inspirants. Pour les participants, la lutte contre le cancer ne peut plus reposer uniquement sur les spécialistes. Elle doit s’inscrire dans une politique de santé plus inclusive, plus accessible et mieux structurée.
Ces contributions ont permis d’aborder les réalités cliniques, les innovations thérapeutiques, les défis organisationnels et les contraintes systémiques liés à la lutte contre le cancer sur le continent, avec des délégations venues de Belgique, France, Inde, Burkina Faso, Congo-Brazzaville, République démocratique du Congo, Côte d’Ivoire, Tchad, Guinée et Mali.
Pendant 3 jours donc, les médecins te les chercheurs ont cerné les contours des « défis de la prise en charge des cancers et couverture santé universelle en Afrique ». Un thème bien choisi pour lutter contre un mal qui continue de faire des ravages au Monde et en Afrique. Le Cameroun compte 20 mille nouveaux cas de cancers. Et dans le Littoral, les informations recueillies parlent des « zones dans la région où l’on retrouve plus de cancers féminins. il s’agit du district de santé de Deido, du district se santé de Logbaba, et du district de santé d’Edéa », avons-nous appris.
A Douala donc, les oncologues se sont retrouvés pour partager mutuellement les expériences cliniques et scientifiques dans le domaine de l’oncologie et présenter toutes les innovations. Et en restant dans les défis. Florence Zeh Kakanouva se poser plusieurs questions que devraient se poser les oncologues : « Est-ce que nous voulons adopter un langage scientifique pour pouvoir les envoyer ou bien un langage qui peut nous permettre d’adhérer aux soins, d’adhérer aux conseils ? Est-ce que c’est un langage convaincant ? Ça, c’est un défi très important », va déclarer la secrétaire permanente du comité nation de lutter contre le cancer au Cameroun.
Communication entre les collègues
C’est pour évoquer la dimension communication. Un nodule présenté par le Pr. Paul Ndom qui a captivé son attention : « Le professeur a parlé parce que dans le cadre de la promotion qui est un gros chapitre dans la santé, on a la communication interpersonnelle, la communication entre les collègues, comment est-ce que nous puissions nous échanger et la communication aussi sur le plan global. Ça veut dire lors des campagnes comme le professeur l’a dit, quel est le message que nous communiquons? Est-ce que nous adaptons le message en fonction des zones spécifiques, en fonction de notre problème culturel? Je crois que la problématique du cancer doit être abordée en fonction des contextes », dit-elle et avec raison. Puisque « ce que l’on pense du cancer à l’Extrême-Nord, ici au Cameroun, ce n’est pas la même manière que ce que l’on pense du cancer au Sud-Ouest », dit-elle.
Autre défi, la participation de la population : « Parce que vous luttez contre le cancer, est-ce que nous avons demandé la vie de la population? Comment est-ce que nous pourrons mieux l’accompagner? Est-ce que nous avons fait ce que l’on appelle les focus groupes communautaires, les approches communautaires, afin de pouvoir contextualiser leurs propositions? Je crois que ça, c’est une des voies qui pourra nous aider. L’un des défis aussi, c’est les soins palliatifs. On a pris les soins palliatifs pour quelque chose d’accompagner, quelqu’un pour nourrir. On a oublié que les soins palliatifs ont plusieurs piliers, et les soins palliatifs commencent à partir du premier jour quand on voit le malheur. Même quand il y a une consultation, parce qu’il y a l’aspect psychologique, cette approche qui est très importante. Et je crois que si nous pensons que les soins palliatifs doivent faire partie de tout le parcours du soin, nous aurons gagné quelque chose ».
Convaincre le malade à guérir
Pour elle encore, il n’est pas facile de convaincre le malade à guérir. « On prend du temps. La partie éducation thérapeutique a été un peu omise dans le parcours du soin du patient. C’est le médecin ou l’oncologue ou le chirurgien qui va appuyer le côté familial, le côté entourage, le côté confident». Pourtant « Chaque malade a un rôle. Chaque malade a quelqu’un où il le fera plus oublier par rapport à la personne qu’il a amenée à l’hôpital en premier lieu. Tout ça, ce sont des choses sur lesquelles nous devons plancher ensemble. L’autre défi, c’est qu’on a mis la prise en charge du cancer au niveau des formations sanitaires de première catégorie. On a oublié la communauté des soins de santé primaires, les centres de santé intégrés. Et c’est pour cela que ces patients sont découverts tardivement. Comment est-ce que nous pouvons développer certaines interventions qui feront partie du paquet minimal d’activités de la communauté, des centres de santé intégrés, des CMA et comment développer, cette référence et contre-référence. On sait qu’avant, il y avait un grand système de référence et de contre-référence. Mais la verticalisation des prises en charge a tué ce système de contre-référence. On refait encore les mêmes examens pour les mêmes résultats. Donc ça, ce sont des choses sur lesquelles nous devons plus pencher et c’est ça qui va réduire les coûts. Et je crois que ça, c’est l’un des points qui doit entrer dans la médecine santé universelle »
Et justement pour le volet couverture santé universelle, les congressistes ont suggéré l’enrôlement des cancers dans le panier des soins de la couverture santé universelle en cours au Cameroun puis que, « le pays a lancé la CSU et le cancer n’est pas encore dans le pipe. Mais en prélude à son intégration dans Cdu camerounaise, on voulait voir les défis lancés par les autres pays, ce qu’ils ont trouvé comme solutions et de pouvoir se préparer pour viabiliser les malades camerounais qui souffrent de cancer », avons-mous suivi dans la salle des travaux
Caractère individualiste des oncologues
Et pour finir, les experts ont parlé du caractère individualiste des oncologues au Cameroun : « En cancérologie et autres, il y a trop d’individualistes, il y a trop d’égos. Nous ne pouvons pas avancer si nous ne nous tenons pas à la main. L’oncologue ne peut pas être un bon s’il n’est pas associé avec un chirurgien oncologue. Le chirurgien oncologue ne peut pas avoir de place s’il n’y a pas le médecin généraliste, s’il n’y a pas le biologiste, s’il n’y a pas le radiologue. Toutes ces personnes sont importantes. Dans beaucoup de pays, il y a des études de recherche qui sont plurielles et c’est ça qui montre la visibilité d’un pays et la force d’un pays », a dit Florence Zeh Kakanou.
Ciscon 1, un grand moment de partage et de réflexion. Tout a été dit pour mener la lutter contre le cancer en Afrique. On a vu la participation de quelques pays africains. On peut citer entre autres le Bénin, la Rdc, le Gabon. Le prochain congrès est annoncé en mars 2028 et c’est la ville Bafoussam qui a été choisie pour les travaux.
Alphonse Jènè
Réactions
« Il y a deux piliers de la lutte contre le cancer. Il y a la communication et l’accueil »

Pr Paul Ndom est professeur titulaire et pilier de la lutte contre le cancer au Cameroun. Présent au congrès, il a accepté revenir sur sa présentation qui a porté sur l’accueil et la communication comme piliers de prise en charge du cancer.
Vous dites que l’accueil et la communication sont des piliers d’une bonne prise en charge, on veut bien comprendre cela.
. Avec plusieurs années d’exercice, j’ai compris que… Il y a deux piliers de la lutte contre le cancer. Il y a la communication et l’accueil. Ce sont les deux piliers de la lutte contre le cancer. Quand vous accueillez bien les malades du cancer, vous ne savez pas ce que vous lui faites. Vous commencez à le traiter. Parce que les malades du cancer se sentent souvent abandonnés. Et si vous les accueillez de bonne manière, vous les remontez le moral. Donc il y a cet accueil. Quand vous les recevez dans de bonnes conditions, le moral est ressorti J’ai connu des malades qui, à la fin d’un bon accueil vous disent qu’ils se sentent guéris. Vous serrez la main à un malade. Vous lui parlez. Vous l’écoutez. Vous l’écoutez. Le malade se sent soulagé. Il sent que la douleur a diminué à cause de cet accueil-là. Donc pour moi c’est des piliers importants dans la lutte contre le cancer. Quand vous écoutez un malade, vous l’écoutez avec deux oreilles. Vous êtes attentif. Vous leur parlez. Et ça fait beurre pour le moral. Ça les remonte.
Vous dites que le patient a le droit à la vérité sur sa maladie.
Ce n’est pas seulement dire au malade que vous avez un cancer. C’est expliquer au malade ce qu’il a. Lui expliquer exactement comment se passe sa maladie. Comment ça se manifeste. Ce sont ces éléments-là qui remontent le malade. Ce n’est pas parler cancer. Le cancer ne veut rien dire. Mais expliquer au malade ce qui lui arrive. Comment on va le soigner. Ce sont ces éléments qui comptent pour le malade. Ce n’est pas le mot cancer. Le mot cancer ne veut rien dire. Il ne faut même pas utiliser ça. Il faut lui expliquer comment se manifeste son cancer. Que de lui dire que vous avez le cancer. C’est ça qui explique que le malade se sent remonté.
Quand vous lui avez expliqué l’importance de sa maladie.
On vous a longuement suivi insister sur la solidarité entre les soignants. Ç’est dire qu’il y a un problème ?
Oui il y a un problème. Certains médecins ne communiquent pas entre eux. Ils ne s’ouvrent pas. Et ça ce n’est pas bien. Il faut que les médecins se parlent, se communiquent. Il y a des choses qu’il faut se dire. Pour que les malades soient rassurés.
Vous avez dit que « Seul nous allons vite, mais ensemble nous allons très loin…»
Ça ne vient pas seulement de moi seul. C’est une vérité qu’il faut continuer à dire dans la société. Il faut qu’on soit ensemble pour mener ce combat qui est important. Et on ne pourra pas gagner ce combat contre le cancer en le faisant seul. Il faut qu’on soit ensemble pour qu’on puisse en sortir. On va en sortir par la professeure.
Vous avez insisté en disant que l’accueil et la communication ne sont pas seulement des accessoires. Ce ne sont pas du tout des accessoires. L’accueil est un pilier important de la lutte contre le cancer. C’est un pilier parce que les malades du cancer, souvent, ne sont pas bien accueillis. Il faut les accueillir, leur serrer la main, et leur montrer que vous êtes là pour les soutenir. C’est ça que je voulais dire.
Il y a un congressiste congolais, qui s’est plaint en disant qu’ils ont parfois peur d’envoyer les malades chez d’autres confrères qui remettent en cause le protocole commencé. Et vous avez dissipé ce malentendu.
Oui, c’est vraiment un malentendu. Parce que vous devez expliquer aux malades qu’il faut dire aux malades qu’on est ensemble dans la lutte contre le cancer. C’est ça qu’il faut que les uns et les autres comprennent. Et c’est ça que je voudrais que nous comprenions, que nous devons communiquer ouvertement et franchement dans la lutte contre le cancer.
Alors professeur, est-ce que vous pensez à la relève pour qu’il y ait des médecins de qualité comme vous l’exigez ?
Si vous me posez cette question, c’est que vous ne voyez pas ce qu’il y a autour de moi. Tout ce qu’il y a autour de moi, ce sont mes élèves. Et quand vous les voyez un peu partout dans les villes maintenant du Cameroun, vous comprenez qu’il y a la relève. Et ils sont efficaces. Je les vois, j’entends parler d’eux. Pas en mal, mais en bien. Ils sont efficaces.
Un message aux oncologues ?
Le message, c’est celui que j’évoque tous les jours. Il faut soutenir les malades du cancer, malgré les difficultés qu’il y a dans la prise en charge du cancer. Il faut que les oncologues comprennent qu’ils doivent se battre, qu’ils doivent être solidaires pour lutter contre le cancer.
« Des rencontres comme celle-ci apportent déjà d’abord la sensibilisation et l’éducation au niveau social et même sous régional »

Dr Ambroise Ntama est chirurgien oncologue. Il officie à l’hôpital militaire régional numéro 2 et par ailleurs enseignant à la faculté de médecine et des sciences pharmaceutiques de l’université de Douala.
Des rencontres comme celle-ci, qu’est-ce que ça peut apporter dans la prise en charge du cancer au Cameroun ?
Des rencontres comme celle-ci apportent déjà d’abord la sensibilisation et l’éducation au niveau social et même sous régional. Puisque c’est une rencontre internationale. Donc il faut en parler, il faut parler du cancer. Parce que le cancer reste comme un tabou. C’est une maladie qui n’est pas connue. Et c’est cette maladie qui évolue à bas bruit. Et donc la prise en charge peut être extrêmement chère. Donc il faut des rencontres comme ça pour pouvoir sensibiliser et éduquer la population. Même le personnel, la santé. Et cela nous permet aussi de faire la promotion de la recherche dans le domaine de l’oncologie.
Les maîtres ont parlé de la solidarité du corps. Qu’est-ce qui fait problème ? Pourquoi les médecins ne s’accordent pas sur les protocoles de soins ?
Non ! Ce n’est pas que le personnel médical en charge de la prise en charge du cancer ne s’accorde pas. Mais c’est qu’en fait nous n’avons pas des documents locaux qui sont définis.De telle manière que si moi je suis ici à Douala, j’ai un cas de cancer peut-être du sein. La prise en charge doit être la même qu’à Yaoundé, que ce soit au nord. Il faut établir ce genre de documents qui puissent nous permettre d’évoluer, de parler en un seul mot.
Le Pr Ndom a parlé de l’accueil et de la communication qui sont les fondamentaux pour la prise en charge. Un commentaire ?
Oui, en fait ce problème a été soulevé, le problème du dispositif d’annonce diagnostique ou d’annonce même du traitement. En principe ça devait se faire dans un cadre multidisciplinaire. Où l’on retrouve pratiquement tous les spécialistes et surtout l’une des pièces qui m’intéresse c’est l’onco-psychologue. C’est ce spécialiste de la psychologie et de l’oncologie qui doit faire partie de cette équipe. Il y a une manière d’annoncer que ce soit le diagnostic, que ce soit le traitement. On ne l’annonce pas de façon brutale. Il y a toutes les étapes à suivre pour le faire. Vous savez l’annonce même est déjà une thérapie. Telle que vous annoncez, c’est une thérapie, ça donne espoir, ça peut encourager, ça peut entraîner l’abandon.
Et qu’est-ce qui bloque la recherche ? Parce qu’on a l’impression que les médecins, les oncologues au Cameroun ne font pas de recherche.
Vous voyez déjà cette rencontre, c’est une rencontre où chacun vient démontrer les résultats de sa recherche. C’est ça la rencontre qu’il y a eu. C’est la rencontre du fluide, la recherche. Mais c’est vrai que ce n’est pas suffisant, mais quand même nous avons décollé.
Il y a le problème du financement de la recherche. Il y a un problème de formation. Il faut des formations de qualité pour avoir de bons résultats.
Alors docteur quelle est la place aujourd’hui du Cameroun dans la prise en charge du cancer, dans le concert des nations mondiales ?
Le Cameroun a une place de choix. Le Cameroun a un plateau technique, même déjà dans la sous-région sub-saharienne. Le Cameroun a des ressources.
On forme les oncologues médicaux au Cameroun, on forme les spécialistes on forme les chirurgiens au Cameroun, on forme les oncologues radiothérapeutes au Cameroun. Le Cameroun dispose de trois centres de radiothérapie, dont deux centres d’État et un centre privé. Bien que celui du Yaoundé ait connu des petits soucis, mais qui est en réhabilitation.
Nous avons eu un centre de médecine nucléaire avec une gamme à caméra. Donc vous voyez que le Cameroun était déjà en avance. Il faut maintenir pour aller au-delà.
Le Cameroun a une place de choix. Il faut juste organiser ses compétences pour pouvoir avoir de meilleurs résultats.
« La prise en charge du cancer coûte trop cher en Afrique »

Loriot Mudisu Kayinga est doctorant, chargé des travaux à l’Institut supérieur de technique médicale de Lubumbashi. Il est spécialiste en soins palliatifs en oncologie.
Qu’est-ce qui vous fait venir à Douala
J’ai vu l’offre du premier congrès international de la société camerounaise d’oncologie étant doctorant, j’ai postulé à travers l’abstract que j’avais envoyé au comité d’organisation. Cet abstract a attiré la curiosité des scientifiques qui ont analysé ça et qui ont accepté que je vienne. Sous le leadership de notre directeur général, le professeur Oscar Luboyanumbi, qui fait de son mieux pour que l’Institut Lubumbashi soit représenté dans toutes les rencontres internationales scientifiques. En plus, avec ses encouragements, il a mis les moyens afin que nous puissions nous déplacer de Lubumbashi jusqu’ici pour prendre part à cette grande cérémonie scientifique sur les défis sur la prise en charge du cancer dans les contextes africains.
Vous avez pris la route et non l’avion. Quelle est la raison de courir les risques ?
La raison, c’est parce que je suis partisan de la lutte contre le cancer, plus précisément le cancer du sein, dans les contextes de la ville-province de Kinshasa et de Lubumbashi, en République démocratique du Congo.
Qu’est-ce que vous avez appris là-dedans ?
Nous avons appris beaucoup de choses, mais comme l’indique le thème du congrès, les défis dans la prise en charge du cancer et la couverture santé universelle.
Nous avons appris beaucoup de choses. On a appris les différents défis que les professionnels de santé rencontrent dans la prise en charge des patients qui souffrent du cancer. Et ces défis ont été classifiés en trois grands défis. Il y a les défis organisationnels d’abord. Il y a peu de structures sanitaires en Afrique et en République démocratique du Congo qui organisent les services d’oncologie. Il y a les ressources.
Autre défi, il y a les ressources limitées dans le contexte de la prise en charge des malades en cancérologie. Nous parlons des ressources humaines en santé. Il y a peu de médecins oncologues, peu d’infirmiers spécialistes en soins en oncologie. C’est ce qui fait que la prise en charge ne soit pas de bonne qualité. Il y a aussi les défis culturels. Vous êtes sans oublier qu’en Afrique, le cancer n’est pas une maladie d’origine africaine.
Pour preuve, dans toutes les langues traditionnelles africaines, il est difficile de poser la question à une personne qui te dise le nom du cancer dans sa langue maternelle. Cela n’existe pas. C’est une maladie importée de l’Europe suite au changement de mode de vie que nous avons opté pour devenir Européens. Comme c’est une maladie chronique, la prise en charge doit se faire par la chimiothérapie, les soins palliatifs, la radiothérapie. Nos pays africains, d’abord, sont confrontés à ces défis-là. Nous n’avons pas de radiothérapeute.
Nous n’avons pas même la machine de radiothérapie. La chimiothérapie coûte cher. Nous sommes dans le contexte des pays à ressources limitées. Les finances aussi. La prise en charge du cancer coûte trop cher en Afrique. Tout cela constitue les différents défis que nous avons.
Au cours de cette conférence du Congrès international, nous avons formulé des recommandations afin que les gouvernements africains puissent s’approprier de la lutte contre le cancer.
Est-ce qu’on peut revenir sur quelques-unes que vous avez faites ?
Oui, parmi les recommandations, tant d’autres. Nous avons d’abord demandé à ce que chaque gouvernement des pays africains puisse intégrer le programme national de lutte contre le cancer et qu’il puisse le financer.
Et, en plus, intégrer les soins palliatifs dans les paquets minimum d’activité au niveau des centres de santé. Que les soins palliatifs, les soins d’oncologie soient intégrés dans les paquets minimum d’activité au niveau périphérique et opérationnel. Comme ça, toutes les informations qui seront recueillies par les infirmiers titulaires dans des zones de santé, centres de santé, seront remontées au niveau des hôpitaux généraux de référence et hôpitaux tertiaires. Ainsi, le peu d’oncologues que nous avons au pays peuvent facilement prendre en charge ces gens-là.
Vous avez suivi le professeur Ndom, qui a parlé de la solidarité entre les soignants. Comment ça se passe en RDC ?
Nous avons suivi la présentation du grand professeur Paul Ndom, qui est l’ex-président de la société camerounaise d’oncologie. Sa présentation sur l’accueil et la communication. Il a vraiment insisté à ce que les malades soient bien accueillis dès la première réception et que la communication soit sincère. Qu’on puisse dire la vérité aux malades de sa maladie.
Il doit connaître sa maladie. Parce que plusieurs soignants non formés, soit faisant ignorance, ont même la difficulté d’annoncer les diagnostics de l’incurabilité auprès du malade. Et le professeur a insisté que nous devons bien accueillir les malades et puis on doit lui dire la vérité avec amour, avec sérénité, pour qu’il puisse accepter sa maladie.
Et il a évoqué aussi la référence et la contre-référence. Parce que généralement, pour des raisons pécuniaires, les médecins puissants de santé qui consultent et qui constatent que les malades ont un cancer, au lieu de l’envoyer dans une structure appropriée pour la prise en charge du malade, non, ils le gardent. Et soit s’il l’envoie, il n’y a pas la contre-référence.
Et puis c’est comme ça. Cela n’impacte pas la solidarité dans la prise en soin des patients.
Et comment ça se passe au Congo ? Est-ce que les médecins s’entendent?
En République démocratique du Congo, la collaboration entre les médecins, les infirmiers, plus particulièrement notre ville de Lubumbashi, qui est la deuxième ville du pays capitale économique, se passe très bien entre toutes les parties prenantes au soin.
Alors, surtout dans le domaine des soins palliatifs, au niveau national, nous avons l’Association nationale des soins palliatifs, qui est pilotée par le professeur Machinda et l’École de santé publique de l’Université de Kinshasa. A travers cet organe, tout ce qui est soins palliatifs, soins oncologiques est régulé. Et nous avons aussi le Centre national de lutte contre le cancer, piloté par le professeur Bienvenu Leboise.
C’est à travers les deux organisations que la prise en charge du cancer se fait au pays. Jusque-là, nous n’avons qu’un centre hospitalier universel du niveau tertiaire, qui est le Centre hospitalier Nganda, piloté par le professeur Dr Soulbasseb, qui a une radiothérapie et puis qui a un oncologue radiothérapeute. Tous les malades qui ont besoin de la radiothérapie, de la chimiothérapie dans les différentes provinces de la RDC sont renvoyés au Centre hospitalier Nganda, qui est un centre tertiaire, dont la prise en charge se fait gratuitement.
Sous le leadership de notre Président de la République, Félix Etienne Tsisekedi, ils ont mis un paquet important d’argent pour la prise en charge des personnes atteintes du cancer. Et ces gens-là sont pris en charge par le Centre national de lutte contre le cancer, à travers le Centre hospitalier Nganda, qui s’en occupe à Kinshasa.
Quelles sont les statistiques sur le cancer aujourd’hui en RDC ?
Pour des raisons d’honnêteté scientifique, je n’ai pas pu consulter les statistiques actuelles. Mais nous avons une base de données au niveau du Centre national de lutte contre le cancer, où dans toutes les formations, congrès, parce qu’on a identiquement le cinquième congrès de soins palliatifs en RDC, les statistiques présentées par le Centre national de lutte contre le cancer montrent que le taux d’incidence du cancer en RDC est en hausse.
Et on a formulé des recommandations pour que tous les partis prenants puissent s’impliquer vers d’abord la sensibilisation. On doit lutter en amont. Parce que généralement, quand nous allons dans des journées scientifiques, on parle toujours de la prise en charge.
Or, dans la prise en charge d’une maladie, nous avons la prise en charge préventive, nous avons la prise en charge curative et nous avons la prise en charge promotionnelle. Et la promotion vaut plus que le traitement, que la prise en charge curative. Ainsi, nous devons commencer par la sensibilisation de la population, qu’ils connaissent ce qu’est le cancer et quels sont les mécanismes de prise en charge, par quelles structures sanitaires faut-il se faire soigner.
Et quand ils sont informés, et informés sur la prévention, sur le tabagisme, l’alcoolisme. Vous êtes sans ignorer que le tabagisme est parmi les facteurs favorisant le cancer à 20%. Il faut que la jeunesse, les adultes, toutes les parties prenantes puissent s’abstenir à tous les facteurs favorisant cette maladie.
Quels sont les cancers les plus fréquents en RDC ?
Les cancers les plus fréquents à la ville-province de Kinshasa, c’est le cancer du sein. Et à la ville de Lubumbashi, c’est le cancer du col de l’utérus qui est plus fréquent.
Un message pour l’Afrique !!
Le message que nous pouvons lancer pour toutes les populations africaines est que le cancer est une réalité en Afrique, et surtout en Afrique francophone. Et nous devons tous prendre conscience de cette réalité. Et en prenant conscience, nous devons tous nous mettre dans la lutte contre le cancer par la sensibilisation de la population dans la lutte promotionnelle, la lutte curative, la prise en charge des maladies, équiper les structures de santé, les hôpitaux généraux de référence, les hôpitaux tertiaires de radiothérapie, les médicaments pour faire la chimiothérapie, et former d’abord, parce qu’il y a un sérieux problème de formation.
Nous avons peu de médecins spécialistes en oncologie en Afrique, plus particulièrement en RDC, peu d’infirmiers chirurgiens en oncologie, et peu de chirurgiens, peu d’infirmiers, et cela n’arrive pas à répondre aux besoins de la population sur la lutte contre le cancer.
Vous rentrez avec un prix. Qu’est-ce que ça représente pour vous ?
C’est une surprise, c’est une joie immense. On m’a décerné le prix du meilleur voyage de la science par le comité organisateur, parce que nous avons traversé trois pays pour arriver à Douala, et puis ce n’est pas la première fois. Nous avons été l’année passée avec le docteur Esther Dina Bell, que j’ai remercié du passage, à Gaborone, parce qu’on a fait Johannesburg et puis Gaborone aux conférences internationales sur les soins palliatifs, organisées par l’association africaine des soins palliatifs. Nous avons présenté là-bas et on a fait encore des efforts de venir présenter à Douala. Et aujourd’hui, les fruits de tous ces sacrifices-là…
Propos recueillis par Alphonse Jènè












































































































































































































































































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