Chaque année, le Cameroun dépense des centaines de milliards de francs CFA pour importer du poisson congelé, alors que son potentiel hydraulique en fait un terreau idéal pour la pisciculture.
Le Cameroun regorge de lacs, de fleuves et de nappes phréatiques qui lui valent un potentiel hydraulique parmi les mieux dotés d’Afrique centrale. Pourtant, chaque année, le pays dépense des centaines de milliards de francs CFA pour s’approvisionner en poisson congelé à l’étranger. Entre avril et juin 2025, les ports de Douala et Kribi ont déchargé 113 158 tonnes de poissons surgelés, soit une envolée de 87,8 % par rapport à la même période en 2024. Une situation paradoxale qui interroge : pourquoi un pays aux ressources aquatiques aussi généreuses reste-t-il accro aux importations, et comment expliquer que la pisciculture, pourtant pourvoyeuse d’emplois, peine encore à séduire la jeunesse ?
Les chiffres des douanes sont sans équivoque. En 2017, le Cameroun avait importé 181 678 tonnes de poissons surgelés pour une facture de 114,3 milliards de FCFA. Si cette année-là marquait une légère baisse, la tendance s’est inversée ces derniers mois. Au deuxième trimestre 2025, la facture des importations de poisson congelé a atteint 76,8 milliards FCFA (valeur FOB), soit une hausse de près de 90 % en volume en un an. Aujourd’hui, ce produit représente 7 % de la valeur totale des importations du pays. Les principaux fournisseurs restent les marchés africain (50,6 %), asiatique (19,6 %) et européen (12,9 %), selon les données sectorielles.
Face à ce flux massif, une question revient sans cesse : pourquoi ne pas produire localement ce que l’on importe ? Le Cameroun dispose pourtant d’un réseau hydrographique dense, de zones humides et d’un climat favorable à la pisciculture. Mais les obstacles structurels sont nombreux : insuffisance d’infrastructures de conservation, chaîne du froid défaillante, faible organisation des filières locales et, surtout, une préférence marquée des consommateurs pour les poissons marins congelés jugés plus accessibles.
La pisciculture, un vivier d’emplois encore sous-exploité
Le paradoxe ne s’arrête pas à l’économie : il concerne aussi l’emploi des jeunes. Alors que le chômage frappe durement les villes, l’aquaculture pourrait offrir des milliers de postes, de l’élevage à la transformation en passant par la commercialisation. Pourtant, force est de constater que les jeunes boudent encore ce secteur. Plusieurs facteurs expliquent cette défiance. D’abord, un manque de vulgarisation : beaucoup de Camerounais ignorent les techniques modernes d’élevage piscicole et les opportunités de financement. Ensuite, l’accès au foncier et aux intrants (alevins de qualité, aliments) reste difficile pour les porteurs de projets débutants. Enfin, la concurrence des produits importés, souvent vendus à bas prix, décourage les investissements locaux.
Des jeunes du Littoral montrent la voie
Pourtant, des initiatives prometteuses émergent. Dans la région du Littoral, un collectif de jeunes a décidé de se lancer dans la pisciculture, transformant des espaces jusqu’alors inexploités en fermes aquacoles. Pour eux, il s’agit d’une véritable lutte contre le chômage. « Nous avons compris qu’on ne peut pas attendre les emplois publics, explique l’un d’eux. Avec des étangs bien gérés, on peut nourrir la ville et créer des revenus stables. » Mais ces pionniers appellent à un accompagnement accru. « Beaucoup de jeunes ne mesurent pas le potentiel de la pisciculture. Il faut une vulgarisation massive, des formations accessibles et des lignes de crédit adaptées », ajoute un membre du collectif. Pour eux, l’État et les collectivités locales ont un rôle clé à jouer : faciliter l’accès aux parcelles, subventionner les alevins et organiser les circuits de commercialisation.
Un enjeu de souveraineté alimentaire
Au-delà de l’emploi, c’est la souveraineté alimentaire du Cameroun qui est en jeu. Avec une demande intérieure en protéines animales qui ne cesse de croître, réduire la facture des importations de poisson deviendra une nécessité dans les années à venir. Les jeunes du Littoral le montrent : la pisciculture peut être une alternative rentable et durable. Encore faut-il que l’information circule et que les pouvoirs publics soutiennent massivement cette filière d’avenir. En attendant, les ports de Douala et Kribi continuent de voir passer des milliers de tonnes de poisson congelé, symboles d’une richesse nationale qui dort encore au fond de nos rivières.













































































































































































































































































Comments are closed