Le Programme d’alimentation en eau potable de Yaoundé à partir du fleuve Sanaga (PAEPYS), fleuron de la coopération public-privé, est présenté comme une réponse concrète aux défis urbains, par le Dr Blaise MOUSSA, Directeur Général de la CAMWATER et président de l’Association Africaine de l’Eau et de l’Assainissement (AAEA).
Les réhabilitations des réseaux de Douala, la mise en service de nouveaux châteaux d’eau, l’extension des bornes-fontaines : autant de preuves que le Cameroun transforme ses défis en opportunités industrielles et sociales.
En ouvrant les travaux au nom du Président Paul BIYA, Sous le thème « Eau et assainissement pour tous : des actions fortes pour l’Afrique », le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, a exhorté l’Afrique à dépasser les « réponses fragmentées » pour bâtir des stratégies intégrées.
« L’eau ne connaît ni les frontières politiques, ni les agendas institutionnels. Elle répond à nos choix, pas à nos discours. » La mise en garde, cinglante, est signée Olivier Gosso, directeur exécutif de l’Association africaine de l’eau et de l’assainissement (AAEA). Ce lundi 9 février 2026, au Palais des Congrès de Yaoundé, elle agit comme un électrochoc sur les 3 000 participants venus de 52 pays. Pendant cinq jours, la capitale camerounaise ne sera pas seulement le théâtre d’un énième colloque continental. Sous l’impulsion du Cameroun, elle entend devenir le point de départ d’une « rupture » – le mot est martelé par tous les orateurs – dans la gouvernance hydrique de l’Afrique. Le diagnostic est implacable : plus de 400 millions d’Africains n’ont toujours pas accès à une eau potable sécurisée. Près de 800 millions vivent sans services d’assainissement de base. À quatre ans de l’échéance des Objectifs de développement durable (ODD), l’ODD 6 – l’accès universel à l’eau et à l’assainissement – apparaît plus que jamais comme un horizon inaccessible.
Mais le Cameroun, hôte de cette 23e édition, a choisi de ne pas se résigner. En ouvrant les travaux au nom du président Paul Biya, le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, a posé le préalable : « L’Afrique ne peut plus se contenter de réponses fragmentées ou ponctuelles. Elle doit bâtir des stratégies cohérentes, intégrées et résolument tournées vers l’avenir. » Un appel à l’audace qui place le pays au cœur de la refondation du secteur.
Blaise Moussa, l’homme qui veut faire de l’eau une cause nationale et continentale
Au centre de cette ambition, un homme incarne la volonté de transformation. Le Dr Blaise Moussa, directeur général de la Cameroon Water Utilities Corporation (CAMWATER) depuis octobre 2022 et président de l’AAEA depuis 2025, porte ce congrès comme un testament politique. Ancien inspecteur principal des impôts formé à l’ENAM, titulaire d’un PhD, cet homme de rigueur, élevé au grade de Chevalier de l’Ordre national de la valeur, a imposé un style : celui de l’action, pas des incantations. « L’accès effectif à l’eau potable exige des décisions audacieuses, a-t-il lancé. L’Afrique ne peut plus subir passivement ses défis hydriques. Elle doit les anticiper, les financer et les exécuter à grande échelle. » Son plaidoyer est clair : faire de l’AAEA le « bras opérationnel » de l’Union africaine sur les questions d’eau et d’assainissement, une organisation observatrice auprès des instances panafricaines, capable d’harmoniser les politiques et de porter une voix unique. Mais le Dr Moussa ne se contente pas de discours. Sous sa houlette, le Cameroun expose ses réalisations. Le Programme d’alimentation en eau potable de Yaoundé à partir du fleuve Sanaga (PAEPYS), fleuron de la coopération public-privé, est présenté comme une réponse concrète aux défis urbains. Les réhabilitations des réseaux de Douala, la mise en service de nouveaux châteaux d’eau, l’extension des bornes-fontaines : autant de preuves que le Cameroun transforme ses défis en opportunités industrielles et sociales.
Le Sénégal et le Cameroun, moteurs d’une Afrique qui innove
L’expérience camerounaise n’est pas isolée. Le Sénégal, invité de marque, fait figure de laboratoire. Ndiaya Diop, directeur de la communication de Sen’Eau, détaille une transformation qui force le respect : « Nous sommes totalement digitalisés depuis cinq ans. Notre taux de recouvrement atteint 98,5 %, notre rendement réseau 79 %. Nous visons 85 % d’ici deux ans. » Des performances qui placent la société sénégalaise parmi les leaders continentaux et suscitent des vocations. À quelques stands de là, Mamadou Dramane présente des équipements couplés à l’intelligence artificielle et à l’internet des objets. « Nous détectons les flux d’eau, nous optimisons la production en temps réel. Ce n’est plus de la science-fiction, c’est une réalité opérationnelle », explique-t-il. Une démonstration que le Cameroun regarde avec intérêt, lui qui mise sur la modernisation de ses outils de gestion.
Quand l’Europe choisit le Cameroun pour son hub africain
Preuve que la dynamique camerounaise séduit au-delà du continent : le fabricant allemand Börger, spécialiste des pompes pour eaux usées et lutte contre les inondations, a choisi le congrès pour annoncer l’ouverture imminente d’une filiale au Cameroun. « Notre objectif est de livrer nos pompes, de former la jeunesse camerounaise, de transférer la technologie et les compétences, déclare son représentant. Nous ne voulons pas enrichir l’Europe qui a déjà suffisamment de moyens. Nous voulons que les Africains s’approprient le matériel et le développent eux-mêmes. » Une décision qui n’a rien d’anodin. Le Cameroun devient ainsi une porte d’entrée stratégique pour les technologies hydrauliques en Afrique centrale, confortant sa position de hub régional. À travers CAMWATER, le pays a déjà noué des partenariats solides avec des fournisseurs internationaux. La société TMS-CA, par exemple, a réalisé vingt marchés de fournitures de pompes avec la société publique camerounaise, réhabilitant notamment les stations de Golf à Yaoundé et de Bamendjou à l’Ouest.
Former la relève : le pari de l’intelligence
Mais le Cameroun ne mise pas que sur les équipements. Le 11 février, une signature historique est intervenue dans les allées du Palais des Congrès : l’AAEA et AgroParisTech, grande école française d’excellence, ont scellé un protocole de collaboration stratégique. Objectif : développer des programmes de formation spécialisés, concevoir des modules numériques adaptés aux réalités africaines, et former les cadres dont le continent a besoin. Pour le Dr Blaise Moussa, ce partenariat est essentiel. « La performance des services d’eau passe d’abord par la compétence des hommes et des femmes qui les animent », a-t-il souligné. Une vision partagée par le Forum des femmes du secteur WASH, qui s’est tenu en marge du congrès, réunissant des professionnelles déterminées à « transformer durablement le secteur par le leadership féminin ».
Financer autrement : l’appel du Cameroun aux institutions panafricaines
Car le nerf de la guerre reste le financement. Avec des besoins annuels estimés à plus de 50 milliards de dollars pour atteindre l’ODD 6, les modèles traditionnels montrent leurs limites. Le Dr Blaise Moussa a lancé un plaidoyer appuyé auprès de l’Union africaine, des chefs d’État, de la Banque africaine de développement et d’Afreximbank. Son message est sans ambiguïté : « Nous devons mettre en place des mécanismes de financement plus assidus et adaptés aux réalités africaines. »
Le Cameroun, par la voix de son ministre de l’Eau, a appuyé cette requête. Gaston Eloundou Essomba a rappelé que « l’accès à l’eau est devenu un enjeu sanitaire, social et économique », et que « sa disponibilité conditionne la stabilité de nos sociétés ». Un argumentaire qui a trouvé un écho favorable auprès de Cheikh Tidiane Dièye, ministre sénégalais de l’Hydraulique et président du Conseil des ministres africains de l’eau (AMCOW), pour qui la gestion de l’eau est désormais « un impératif de sécurité nationale ».
2026-2063 : le Cameroun veut inscrire l’eau dans la durée
Alors que les travaux se poursuivent jusqu’au 13 février, une conviction s’impose : le Cameroun ne veut pas de ce congrès une simple parenthèse protocolaire. En accueillant cette édition placée sous le signe des « actions fortes pour l’Afrique », le pays assume une ambition : devenir le laboratoire d’une nouvelle gouvernance hydrique. Le Dr Blaise Moussa résume cette aspiration : « Faire de l’eau un droit garanti et non un privilège. » Une formule qui, au-delà des discours, engage le Cameroun sur le chemin exigeant de la Vision africaine de l’eau 2063. À Yaoundé, en cette semaine de février, l’eau cesse d’être une ressource. Elle devient un héritage.













































































































































































































































































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