Avec près de 400 000 poches nécessaires chaque année et à peine 41,4 % collectées, le pays fait face à une pénurie critique. Dépendance aux dons familiaux (75 à 80 %), seulement 26,7 % de donneurs volontaires et jusqu’à 59 % des besoins non satisfaits : le système transfusionnel est sous pression.
Face à une pénurie préoccupante de sang dans plusieurs hôpitaux, dont l’Hôpital central, le Centre national de transfusion sanguine (CNTS) appelle à une mobilisation urgente. Derrière chaque poche manquante, rappellent les responsables, « il y a une vie en balance ».
Une crise silencieuse mais structurelle
La situation actuelle, qualifiée de « dérangement profond » par la directrice générale du CNTS, le Pr Dora Mbanya, met en lumière des failles persistantes du système transfusionnel camerounais. Les besoins nationaux sont estimés à près de 400 000 poches de sang par an, alors que moins de la moitié est effectivement collectée.
Dans les faits, le pays reste largement dépendant des dons familiaux de remplacement, qui représentent jusqu’à 75 à 80 % des collectes. Les dons volontaires, pourtant recommandés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à hauteur de 80 %, ne dépassent pas 26,7 %.
Résultat : des ruptures régulières, une pression accrue sur les familles et, parfois, des dérives. « Lorsque le produit devient rare, un marché parallèle se développe », alerte le Pr Tayou Tagny Claude, directeur médico-technique du CNTS, évoquant des risques de transfusions de mauvaise qualité et de contamination.

Des conséquences directes sur la mortalité
Le manque de sang n’est pas qu’un problème logistique. Il a des répercussions immédiates sur la santé publique. Les autorités sanitaires estiment que jusqu’à 56,8 % des décès maternels sont liés, directement ou indirectement, à une indisponibilité de produits sanguins.
Les enfants souffrant d’anémie sévère, les victimes d’accidents de la route, les patients atteints de cancer ou de maladies chroniques figurent parmi les premières victimes de cette pénurie.
Plus préoccupant encore : près de 59 % des besoins en produits sanguins ne sont pas couverts. Une situation qui fragilise l’ensemble du système de soins.
Un système encore fragmenté
Sur le terrain, l’organisation reste éclatée. Le Cameroun compte 759 structures pratiquant la transfusion sanguine, avec des niveaux d’équipement et de compétence très variables. Une étude menée dans 79 banques de sang révèle que plus de la moitié ne respecte pas les standards de qualité, et que certaines fonctionnent sans véritable système de gestion ou de planification.
Les défaillances sont multiples : absence de stratégie de collecte, faible collaboration entre structures, manque de formation, mais aussi gaspillage important, avec jusqu’à 30 % des poches de sang non utilisées.
À cela s’ajoute un coût élevé. La production d’une poche de sang est estimée à environ 60 000 FCFA, alors que les patients peuvent payer entre 12 000 et 50 000 FCFA, un prix souvent prohibitif au regard du revenu moyen, le SMIG étant de 43 969 FCFA au Cameroun.

Un opérateur national encore en construction
Créé en 2003 et réorganisé en 2019, le Centre National de Transfusion Sanguine ambitionne de devenir l’opérateur unique de la transfusion sanguine au Cameroun. Mais son déploiement reste progressif et limité par des ressources insuffisantes. Son budget actuel ne couvrirait qu’environ 4,5 % des besoins nationaux.
En attendant la mise en service complète des centres régionaux, notamment à Yaoundé et Garoua, la production repose encore largement sur les banques de sang hospitalières.
Des efforts en cours, mais insuffisants
Malgré ces contraintes, le CNTS multiplie les initiatives. En 2024, plus de 100 campagnes de sensibilisation ont été menées à Yaoundé, accompagnées de dizaines de collectes mobiles. Des formations ont été dispensées à plus de 400 personnels de santé, et des outils de qualité sont en cours de déploiement.
Parmi les mesures annoncées : la création d’un registre national des donneurs, le renforcement des collectes mobiles grâce à des véhicules adaptés, ou encore la mise en place de plateformes numériques pour mieux coordonner l’offre et la demande.
L’objectif est clair : fidéliser les donneurs et convertir les dons familiaux en dons volontaires réguliers.
Un appel à la responsabilité collective
Au-delà des réformes structurelles, les autorités insistent sur une réalité simple : le sang ne se fabrique pas. « Pour qu’il y ait du sang, il faut que quelqu’un donne », rappelle le Pr Tetanye Ekoe, président du Comité de Gestion du Centre National de Transfusion Sanguine.
Le défi est donc aussi culturel et citoyen. Entre réticences, tabous et manque d’information, le don volontaire peine encore à s’imposer.
Face à l’urgence, le message est sans ambiguïté : la sécurité transfusionnelle est l’affaire de tous. Sans un sursaut collectif et un financement par l’Etat, préviennent les experts, les pénuries actuelles pourraient devenir la norme.
Réaction :
« L’État doit faire de la transfusion sanguine une priorité nationale. »

La confection des poches de sang a un coût. Or, si le CNTS et les banques de sang ne disposent pas des ressources nécessaires, comment assurer la collecte, se déployer dans les zones rurales et urbaines, ou encore réaliser les tests indispensables pour garantir la qualité et la sécurité du sang ? Tout cela a un coût, et ce coût doit être pris en charge.
D’où la nécessité pour l’État de faire de la transfusion sanguine une priorité nationale.
Autrement dit, le gouvernement doit mettre en place des mécanismes de financement durables permettant au CNTS et aux banques de sang de couvrir l’ensemble des piliers du système transfusionnel : la collecte, la sensibilisation, la qualification et la distribution du sang.
Sans un engagement fort de l’État, il sera difficile de mobiliser les ressources nécessaires pour assurer un approvisionnement régulier et sécurisé en sang. L’expérience d’autres pays montre pourtant qu’avec une organisation efficace et un financement adéquat, il est possible de rendre le sang accessible et disponible pour les populations.












































































































































































































































































