Pendant près de 40 ans, il a exercé avec brio dans un secteur jonché d’embûches et malgré les défis, il a persisté. Il recommande aux jeunes oncologues de travailler avec le cœur et de mettre l’accent sur l’accueil des patients pour un traitement efficace.
Sourire aux lèvres, regard chaleureux, des rides sur le visage, cheveux blancs de plusieurs jours qui témoignent de son ancienneté, le Professeur Paul Ndom, oncologue médical à la retraite porte sur ses épaules une longue histoire avec la médecine particulièrement avec la spécialité oncologie au Cameroun.
Rencontré lundi 26 janvier 2026 à Douala, le Professeur Paul Ndom malgré le poids de l’âge et sa démarche lente et précise est bien content de son parcours. C’est dans un cabinet médical à Douala, qu’il permet aux reporters du groupe Echos santé de se remémorer ses débuts dans le métier.
Alors, tout commence en 1983 à Yaoundé, Capitale politique du Cameroun. A cette époque, le Pr Paul Ndom, déjà médecin généraliste, va pour la première fois être confronté à une situation majeure. Il est alors témoin des injustices que subissent les malades atteints de cancer. « J’ai vu les malades du cancer abandonnés, on n’osait pas s’approcher de ces malades, d’abord parce que c’est une maladie qui à l’époque n’étaient pas bien connue, d’autre part c’est une maladie grave qui n’avait pas un traitement évident, donc on n’osait pas s’intéresser à cette médecine », relate-t-il.
C’est cette aversion pour les malades atteints du cancer qui a suscité l’engouement du brillant médecin, tout juste diplômé du Centre Universitaire de Sciences de la Santé (CUSS) avant de poursuivre à la Faculté de médecine et de sciences biomédicales.
En outre, à l’époque, contrairement aux autres spécialités, celle-ci étaient moins sollicitées par les médecins, faute de gain. « C’est une médecine qui ne donne pas l’argent comme les autres maladies dont on n’aime pas aller travailler là où on n’a pas d’argent », lâche le professeur sans réserve.
Sa détermination étant plus forte que l’appât du gain, il décide alors de devenir Oncologue. Une spécialité qui sonne aux oreilles de ses confrères et de l’administration comme un mythe. Après deux ans de pratique sur le terrain, et en étant près de ces malades abandonnés « involontairement », il cherche alors à se spécialiser.
Convaincre les Français
« C’est pendant cette période que j’ai eu l’opportunité de découvrir l’oncologie, qui n’était même pas connue au Cameroun et même à l’étranger », nous fait-il savoir, en ajoutant. « J’ai joué sur cette carte pour convaincre les Français qui m’ont donné la bourse pour aller en France. Ils voulaient que j’aille faire la cancérologie, je leur ai dit que non, Ce n’est pas la cancérologie que je veux, je veux l’oncologie. Comme ils ne comprenaient pas la différence entre l’oncologie et la cancérologie, ils m’ont donné le diplôme, ils ont écrit l’oncologie médicale alors qu’il y avait une bourse pour la cancérologie. Donc, il y avait une différence de deux ans. Parce que pour la cancérologie, la formation c’était deux ans, l’oncologie médicale c’était quatre ans. Donc je suis parti pour quatre ans et arrivé là-bas, j’ai trouvé qu’il y avait d’autres opportunités. J’ai poussé trois ans de plus pour mériter bien ma formation, pour travailler avec eux et ils ne voulaient pas me lâcher parce qu’ils ont compris que moi-même que j’étais apte à cette discipline. Donc ils m’ont gardé deux ans de plus ».
Malgré les offres et opportunités alléchantes qui se sont présentées après sa formation, le Pr Paul Ndom, natif de Yingui dans le département du Nkam, région du Littoral, n’a pas flanché. Le poids des injustices des malades de cancer au Cameroun, l’incompréhension autour de cette maladie, le manque de ressources humaines, l’ont poussé à retourner aux sources afin de prêter main forte à la pratique de la médecine locale, donner de l’espoir et sauver des vies.
Malgré la motivation, le retour aux sources n’a guère été facile. Les défis se sont succédé. « Du premier jour jusqu’à présent, on a fait face à des défis. Lorsque vous êtes motivé, une réelle motivation, ce défi, vous le balayez d’un revers de main », argumente-t-il, avec sourire.
Aujourd’hui, de nombreux changements sont visibles. Le département d’Oncologie dans les hôpitaux publics comprend au moins un ou deux spécialistes et des infirmiers. « A l’époque il n’y en avait pas. J’ai moi-même formé les infirmiers et les assistants », se souvient le Pr Ndom.
Après son retour au pays, il a travaillé sans relâche malgré les ressources limitées. Étant marqué par le traitement réservé aux malades du cancer, il a mis un point d’honneur au respect du patient et de l’accueil. Et c’est ce même message qu’il transmet aux jeunes oncologues aujourd’hui.
Professeur titulaire d’Oncologie, Paul Ndom a été en service à l’hôpital général de Yaoundé. Il est fondateur de l’association Solidarité Chimiothérapie (Sochimio), une association de lutte contre le cancer, qui existe depuis plus de 25 ans. Après 38 ans de dur labeur, le Pr Paul Ndom a pris sa retraite il y a quatre ans. Mais, il continue d’être sollicité pour partager son savoir et ses connaissances lors de grandes rencontres.












































































































































































































































































Comments are closed