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Recrutement du personnel de santé : 920 postes, mais aucun infirmier

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L’absence totale d’infirmiers dans ce contingent, pourtant essentiels sur le terrain, est pointée du doigt par les syndicats qui dénoncent un « problème de casting » et un chiffre insuffisant face aux besoins criants du système.

À N’Djaména, Khartoum ou Bamako, la nouvelle aurait peut-être été saluée comme une avancée majeure. À Yaoundé, l’annonce par le Ministre de la Fonction Publique, Joseph LE, du recrutement de 920 personnels de santé, suscite un mélange de scepticisme et d’exaspération chez les acteurs de première ligne. Si le communiqué officiel vante une « bouffée d’oxygène » et l’exécution des « Très Hautes Instructions », le syndicat CAP Santé, par la voix de son président Sylvain Nga Onana, y voit plutôt un « problème de casting » et un écran de fumée.

En apparence, la machinerie étatique fonctionne. Trois arrêtés ministériels répartissent 920 postes entre médecins généralistes (250), pharmaciens (90), sages-femmes (200) ou ingénieurs biomédicaux (45). Le processus se veut transparent et décentralisé, les candidats étant invités à déposer leurs dossiers dans les délégations régionales. « Cette initiative s’inscrit dans la stricte exécution des Très Hautes Instructions du Président de la République et vise à renforcer notre système sanitaire », peut-on lire dans la communication du ministère.

Le syndicat démonte la mise en scène

Toutefois, cette narrative officielle est vivement contestée. « C’est un problème de casting. Qui a monté ce dossier ? », lance Sylvain Nga Onana. Son amertume est ciblée : l’absence criarde des infirmiers dans ce recrutement. « On connaît leur rôle essentiel à l’hôpital, et pourtant, les conseillers ont proposé un recrutement sans eux. On recrute des ingénieurs biomédicaux que nous ne formons pas assez, tandis qu’on ignore les corps de métier en tension permanente. » Pour lui, cette logique est incompréhensible et détachée des besoins réels des formations sanitaires.

Un rendez-vous manqué avec les besoins réels

Plus fondamentalement, ce recrutement relance le débat sur la planification et la sincérité des engagements. L’analyste Richard Tchapda pose une question brutale : « Quel est ce pays où rien ne se fait sans “hautes instructions” ? Le recrutement devrait relever d’une planification rationnelle, tenant compte des besoins et du budget. Ce spectacle n’est avantageux que pour ceux qui l’organisent. » Il rappelle aussi la promesse d’un recrutement spécial de 9 944 agents sur cinq ans, toujours attendu. « Recruter moins de 1 000 personnels quand les besoins se chiffrent en dizaines de milliers, est-ce un événement ? », interroge-t-il.

En outre, le président du CAP Santé alerte sur le risque de créer des « déserts médicaux » malgré les infrastructures neuves. « Tous les hôpitaux construits doivent avoir du personnel dédié. Sinon, ils resteront vides. » Il évoque aussi les milliers de travailleurs de santé déjà dans les hôpitaux, souvent précaires et attendent une intégration.

En définitive, cette annonce, plutôt que d’apaiser les tensions, semble avoir jeté une lumière crue sur le fossé séparant la communication politique de la réalité administrative et des urgences du terrain. D’un côté, un gouvernement qui met en avant une action concrète ; de l’autre, des syndicats qui y voient une diversion insuffisante et mal conçue. La « bouffée d’oxygène » promise se heurte au sentiment d’une respiration toujours aussi difficile pour un système de santé à bout de souffle. L’enjeu dépasse maintenant les 920 postes : il s’agit de restaurer la confiance par une planification claire, inclusive et à la hauteur des défis colossaux qui persistent. Dans son allocution du 31 décembre 2024 à la nation, le président de la République du Cameroun Paul Biya annonçait le recrutement de 9 944 personnels de santé, sur une période de cinq ans.

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Elvis Serge NSAA DJOUFFO TALLA est un journaliste camerounais spécialisé en santé et enquêtes de terrain, actuellement rédacteur en chef adjoint au groupe Echos-Santé. Lauréat de plusieurs prix nationaux pour ses reportages sur la tuberculose et le VIH, il allie rigueur factuelle et engagement pour les droits humains, notamment à travers des enquêtes sur l’accaparement des terres, la mortalité minière ou l’accès aux soins. Sa démarche s’appuie sur une expertise vérifiée, renforcée par une formation en vérification des faits et un engagement continu pour un journalisme porteur de changement social.

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