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INSIDE HOSPITAL

Alerte : l’hôpital de district de Messamena agonise dans le noir

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À l’est du Cameroun, le tableau de l’hôpital de district de Messamena est aussi héroïque que révoltant. Entre des murs encore solides, une équipe médicale réduite au dévouement absolu livre un combat quotidien contre la mort, avec pour seules armes leur courage et la faible lueur des lampes torches. Plongée au cœur d’une urgence sanitaire et électrique qui défie le XXI siècle.

Comment peut-on opérer, donner la vie et soigner dignement dans l’obscurité totale ? Cette question, le Dr Ange Mboah Mboke et son équipe ne se la posent plus : ils y répondent chaque nuit par l’action. À Messamena, la médecine ne relève plus seulement de la science, mais du miracle permanent.

Un géant de béton dans le néant électrique

L’infrastructure impose pourtant le respect. Fondé en 1940, cet ancien fleuron de la santé, autrefois grande maternité de référence, compte aujourd’hui 20 bâtiments en bon état. Mais derrière ces façades se cache une réalité moyenâgeuse : 19 de ces édifices sont totalement privés d’électricité. Un seul bâtiment survit grâce à une unique plaque solaire. Le reste du complexe est plongé dans le néant dès la tombée du jour.

Plus grave encore, l’absence d’adduction d’eau courante vient paralyser les protocoles d’hygiène les plus élémentaires. Des équipements modernes de radiologie et de laboratoire, pourtant présents, dorment sous la poussière, inutilisables faute d’énergie. C’est le paradoxe cruel de Messamena : un hôpital équipé, mais réduit à l’impuissance technique.

L’héroïsme au bout de la lampe torche

Pourtant, les chiffres forcent l’admiration. En 2025, près de 40 opérations chirurgicales ont été réalisées. Ici, les césariennes se pratiquent parfois à la lueur des téléphones portables. Malgré ces conditions extrêmes, l’hôpital a accueilli son premier nouveau-né prématuré de l’année, symbole d’une vie qui s’accroche malgré l’obscurité.

L’équipe, constituée de 8 fonctionnaires et 15 bénévoles, fait preuve d’une abnégation qui confine au sacrifice. « Ils n’ont pratiquement pas dormi de la nuit, nous réconfortant sans cesse », témoigne Guy Roger Ntse Bidoung, fils d’un patient victime d’un AVC. Pour maintenir son père en vie jusqu’à son évacuation vers Yaoundé, le personnel a dû batailler avec un groupe électrogène de fortune, palliant le manque de moyens par une présence humaine de chaque instant.

Même constat pour Joseph Medangbot, un autre rescapé d’AVC, qui loue la qualité du suivi médical : « C’est le traitement prescrit ici qui me maintient jusqu’à présent. » À Messamena, le diagnostic est sûr, mais sa mise en œuvre est un parcours du combattant.

Une gestion de proximité pour une population démunie

Face à l’adversité, l’organisation interne est une leçon de résilience. Lucie Flore Mbo, l’économe de l’hôpital, décrit une gestion de crise permanente. Chaque mois, l’inventaire de la pharmacie est refait avec rigueur pour servir une population démunie. « Nous avons un registre pour les indigents qui ne paient pas leurs médicaments », précise-t-elle.

Grâce aux motivations régulières versées par le directeur au personnel bénévole, l’hôpital continue de tourner. Mais la volonté humaine a ses limites. Le cri de cœur de l’économe est sans équivoque : « Si la hiérarchie nous procure de l’énergie, nous pourrons enfin utiliser nos appareils et mieux mettre notre travail en valeur. »

L’urgence d’un réveil institutionnel

L’hôpital de district de Messamena n’est pas une structure à l’abandon, c’est une structure en attente de vie. La demande de la population est forte, les bâtiments sont là, le personnel est jeune et volontaire. Il ne manque que l’étincelle au sens propre comme au figuré pour transformer ce mouroir potentiel en un pôle de santé d’excellence pour la région de l’Est.

En attendant que les lignes électriques atteignent enfin ces 19 bâtiments isolés, les « soldats en blouse blanche » de Messamena continuent de veiller dans la pénombre. Jusqu’à quand la bravoure pourra-t-elle supplanter l’absence d’électricité ? L’urgence n’est plus médicale, elle est politique.

Interview

« Notre difficulté majeure est l’indisponibilité du courant électrique »

Dr Ange Mboah Mboke, directeur de l’hôpital de district de Messamena.

Comment se porte l’hôpital de district de Messamena ?

L’hôpital des districts de Messamena se porte plutôt bien. Il parvient à fonctionner tous les jours 24 heures sur 24 et à apporter un service de qualité en temps réel aux populations de Messamena.

Qu’est-ce que vous menez comme activités au sein de cette formation sanitaire ?

Nous intervenons dans beaucoup d’aspects dans cet hôpital, notamment en termes de consultation, en termes d’examens complémentaires. On a une large gamme d’examens complémentaires qu’on propose à nos patients, que ce soit sur le plan de l’imagerie médicale, avec des échographies que nous faisons. Et nous faisons beaucoup d’échographies par mois. Nous avons remarqué qu’au moins 35 % de nos échographies sont des chèques santé, donc sont gratuites pour les patients. Au niveau des analyses médicales, nous couvrons tous les aspects, jusqu’à la virologie, pour la quantification des charges virales chez les patients vivant avec le VIH, et même l’électrophorèse des patients pour les futurs mariés.

Pouvez-vous nous faire une présentation de l’hôpital ?

L’hôpital du district de Messamena est un hôpital de quatrième catégorie. C’est un bijou que l’État du Cameroun, à travers le ministère de la Santé, a remis aux populations de Messamena. Il est constitué de 20 bâtiments qui sont bien construits et qui ont des équipements de choix, bien que certains soient déjà vétustes. Et dans ces bâtiments qui sont bien répartis, on a plusieurs services, notamment l’accueil, l’urgence, qui nous permet de déchoquer et de stabiliser les malades qui ont un danger de mort.

Ensuite, nous avons le service de pharmacie, qui est achalandé avec des médicaments génériques essentiels qui sont toujours disponibles. Nous avons un service de laboratoire qui a l’hématologie, la parasitologie, il y a un peu de virologie, nous faisons de l’électrophorèse, nous faisons des comptes hématologiques avec les lignées de sang et nous avons même une banque de sang qui va être fonctionnelle d’ici peu de temps. Nous nous occupons aussi des patients vivant avec le VIH.

Nous avons un centre de diagnostic et de traitement pour les patients tuberculeux. Nous avons un service d’imagerie médicale aussi et bien d’autres services, y compris la maternité, le bloc opératoire, qui sont nos services les plus actifs.

Quel est le taux de fréquentation de l’hôpital ?

Le taux de fréquentation de l’hôpital varie entre 50 et 65 %. Nous pouvons recevoir environ entre 150 et 200 patients par mois.

Vous avez combien de lits en termes de capacité d’accueil ?

En termes de capacité d’accueil, nous avons un peu plus de 15 lits qui sont fonctionnels à plein temps.

Et vous avez combien de personnels et quel type de personnel vous avez ?

L’hôpital est d’ici deux mois maintenant à environ 23 personnels. Nous avons six personnels fonctionnaires, un médecin, une sage-femme, des aides-soignants, un technicien d’hygiène sanitaire. Nous avons 12 personnels en situation précaire, des infirmiers diplômés d’État, des personnels de laboratoire, des pharmaciens et les autres, ce sont des personnels sous contrat GTSIDA.

Quelles sont les difficultés que vous rencontrez ?

Notre difficulté majeure est l’indisponibilité du courant électrique. Ensuite même la difficulté à avoir de l’eau courante. Nous sommes aidés ici par la commune qui nous fournit de l’eau courante au maximum trois fois par semaine et pendant un intervalle de temps assez réduit. Une des difficultés majeures que nous avons aussi, c’est en termes de mobilité. L’hôpital de district de Messamena ne dispose pas d’une ambulance, encore moins de motos, pour parcourir les différentes zones que nous devons couvrir. Par ailleurs, il y a certains équipements dont l’hôpital a vraiment besoin pour parfaire notre service d’imagerie médicale, en l’occurrence une radiographie numérique. Si possible une morgue aussi, parce que la plupart des corps sont gardés dans les morgues à de longues distances, ce qui fait que les coûts pour les populations d’ici sont encore plus lourds. Et ajouter le coût pour les déplacements de corps, d’abord pour aller les garder et maintenant pour revenir. Donc c’est une grosse charge pour les populations d’ici.

Que dire du bloc opératoire ?

Le bloc opératoire : on remercie déjà l’État d’avoir donné un bloc opératoire bâti selon les normes qui fait notre fierté. Maintenant c’est un bloc opératoire qui a du matériel, donc une bonne partie aussi va être juste et qui a notamment besoin d’énergie électrique pour fonctionner. Mais ce bloc opératoire nous permet de réaliser nos interventions et on n’a presque jamais eu de complications réelles en post-opératoire. Donc c’est déjà une fierté pour nous.

 Un message à l’endroit de l’élite locale et de votre hiérarchie ?

 Déjà, notre message au niveau de notre hiérarchie, le ministère de la Santé à travers le délégué régional, c’est un mot de remerciement pour tout ce qui est déjà accompli au jour le jour, toutes les dotations que nous avons reçues, tout l’accompagnement que nous recevons au jour le jour. Nous disons infiniment merci. Pour les élites, nous disons aussi merci pour leur accompagnement, parce que nous voyons des élites ça et là se mobiliser pour offrir des dons à l’hôpital. Une élite du coin nous a offert l’année passée des médicaments, des appareils, et envoie de nouveau construire un champ solaire. Donc maintenant, aux populations, nous les remercions, parce qu’ils sont nos ambassadeurs dans la communauté, et c’est grâce à eux que nous avons pu atteindre ce succès.

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Junior NTEPPE KASSI, 33 ans, est un journaliste scientifique camerounais au Groupe Échos Santé. Spécialiste de la médecine du sport, il met sa passion au service de l'information médicale de pointe.

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